La spondyloarthrite axiale en vie réelle : un délai moyen de diagnostic supérieur à 6 ans
Le retard de diagnostic ou le temps qui s’écoule entre les premiers symptômes et le moment où le diagnostic est posé, est un problème majeur dans la spondyloarthrite axiale. La littérature parle d’un délai moyen supérieur à 6 ans. Or c’est d’un dépistage précoce que va dépendre le pronostic de la maladie. Quelle est aujourd’hui la situation en vie réelle ? Les résultats d’une enquête menée auprès de plus de 4.000 patients suivis par 2.000 généralistes.
En médecine, tout retard dans la prise en charge est de façon générale synonyme d'aggravation de la maladie qu'elle soit infectieuse, oncologique, pulmonaire etc. La spondyloarthrite axiale (axSpA) n'échappe pas à la règle avec au fil du temps une détérioration de la clinique, l'apparition de co-morbidités et une qualité de vie de plus en plus altérée. L'arrivée du concept de axSpA en stade non radiographique et la généralisation de l'IRM ont déjà contribué à réduire ce délai. Où en sommes-nous aujourd'hui ? Cette étude a voulu identifier les "red flags" les plus significatifs pour les médecins de première ligne face à un patient qui se plaint de "mal de dos".
4.000 patients et 2.000 généralistes
L'étude rétrospective a inclus des patients atteints d'axSpA enregistrés entre janvier 2010 et août 2023 dans la base de données THIN (The Health Improvement Network) qui comprend les dossiers patients d'un échantillon représentatif de 2.000 médecins généralistes. Les patients devaient avoir consulté régulièrement pendant au moins 3 ans leur généraliste avant le diagnostic d'axSpA. Des douleurs dorsales documentées devaient figurer dans leurs antécédents médicaux. Les manifestations musculo-squelettiques, non musculo-squelettiques et les co-morbidités ont été évaluées 1) au moment d'apparition de la première douleur dorsale enregistrée par le généraliste et 2) au moment où le diagnostic d'axSpA est posé. Le délai avant le diagnostic a été défini comme le temps écoulé entre ces deux moments.
Un délai de diagnostic > 7 ans chez 38% des patients
L'analyse des dossiers de 4.402 patients révèle qu'il a fallu en moyenne 10,4 années (écart-type : 4,9 ans) avant de poser le diagnostic d'axSpA. Près de la moitié des patients (43%) étaient des hommes. L'âge moyen était de 40 ans (14) au moment du premier diagnostic de douleur dorsale et de 47 ans (14) au moment du diagnostic d'axSpA. Le poids des manifestations musculo-squelettiques, non musculo-squelettiques et des co-morbidités a augmenté entre le moment où la douleur dorsale a été notée pour la première fois et le moment où la maladie a été diagnostiquée avec un nombre de patients souffrant de co-morbidités multiples qui est passé de 32% à 60%. Les augmentations les plus importantes ont été observées pour l'enthésite, la fatigue, la dépression et l'anxiété. Le délai moyen entre le premier diagnostic de douleur dorsale noté par le médecin généraliste et le premier diagnostic d'axSpA était de 6,3 (4,5) années, 38 % des patiens ayant un délai de diagnostic > 7 ans. Aucune différence n'a été observée entre les hommes et les femmes. Les patients avaient un nombre médian de 3 épisodes de douleurs dorsales documentées avant le diagnostic d'axSpA, à l'origine de 26.857 consultations au cours de la période d'étude.
Mieux informer, mieux former les généralistes
Le retard diagnostique reste un défi majeur pour les patients atteints d'axSpA avec plusieurs consultations pour des douleurs dorsales en soins primaires avant le diagnostic et un délai moyen de diagnostic de plus de 6 ans après la première consultation pour douleur dorsale. Les douleurs pouvaient être bien antérieures à la consultation ce qui contribue à allonger encore plus le délai de diagnostic. Les auteurs plaident pour plus d'informations et de formations des médecins généralistes pour les aider à reconnaître les drapeaux rouges chez les patients avec des plaintes de douleurs dorsales chroniques qui pourraient bénéficier d'une orientation rapide vers un rhumatologue.
Sources :
- Dubreuil M, et al. Pharmacoepidemiol Drug Saf 2016 Apr;25(4):399-404. doi: 10.1002/pds.3952
- Prati C, et al. SFR 2024;#PE-Di.072