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Diagnostic sévère : le système de financement des hôpitaux est en phase terminale (opinion du CEO de la Clinique Saint-Jean)

BRUXELLES 26/11 - La crise Covid-19 a prouvé que notre pays dispose d'un excellent système de santé. Nos hôpitaux, et avant tout nos équipes, ont repoussé et écrasé les limites afin de fournir à chacun les soins nécessaires. Nous le faisons encore tous les jours, 24 heures sur 24. Et en respectant les mesures imposées, nous osons espérer un peu de répit, bientôt.

Mais au-dessus de ce même système de santé se trouve un gros nuage d'orage. La semaine dernière, Belfius a proposé une nouvelle étude sur la situation financière des hôpitaux. Le fait qu'elle ne présage rien de bon ne m'a pas surpris. Les comptes annuels de 2019 des hôpitaux généraux et universitaires montrent qu'un hôpital sur trois est déficitaire. Beaucoup d'hôpitaux ont trop peu de liquidités pour les futurs investissements. La marge de profit, qui pourrait permettre des investissements, était d'à peine 0,5% au niveau sectoriel en 2019. En comparaison, la marge moyenne des entreprises de services est en moyenne de 8%.

Et puis la crise COVID-19 est arrivée. Compte tenu de la situation, Belfius a complété l'analyse de 2019 par une estimation pour l'année 2020. La banque signale une perte totale de plus de 2 milliards d'euros. Aussi douloureux que soit ce diagnostic, il n'est pas surprenant. D'importantes sources de revenus ont été perdues cette année : en raison de l'arrêt des soins médicaux non urgents, il y a eu moins d'hospitalisations, d'interventions, de consultations et d'examens, et pas de recettes de pharmacie, de parking ou de cafétéria. En même temps, les frais pour les équipements de protection, les infrastructures et le personnel supplémentaire ont considérablement augmenté.

Le gouvernement a déjà fait une injection de capital, et a également indiqué que tous les coûts liés au Covid seront couverts. Néanmoins, selon les hypothèses actuelles, les hôpitaux se retrouvent avec une perte non couverte de près de 1,5%. Cet argent est nécessaire pour pouvoir continuer à investir afin de garantir à la fois la durabilité et la qualité des soins. A la Clinique Saint-Jean, nous avons déjà pris une décision consciente lors du premier pic pour poursuivre la mise en œuvre de notre plan stratégique ambitieux.

Le problème

Le système qui a servi pendant des décennies entraîne aujourd'hui des effets pervers.

  • Plus nous faisons des examens, plus nous gagnons ;  
  • L'attribution des soignants se fait par type de lit (occupé ou non) et non par patient ;  
  • Le même traitement fourni dans un hôpital de jour est moins financé que celui dans une hospitalisation classique.

Je reprends les mots du ministre Vandenbroucke dans Terzake le 19/11 : "Le secteur a heureusement une solide boussole morale, car l'abus financier est imminent ". Nous utilisons cette boussole morale tous les jours, au service de nos patients.

La solution

Il est évident que nous devons - enfin - faire éclater cette situation. L'ensemble du secteur aspire à un système plus efficace. Un système qui nous permet de nous concentrer sur la santé plutôt que sur la maladie, sur la prévention plutôt que sur le rétablissement. Dans lequel nous travaillons ensemble à partir des réseaux hospitaliers pour vraiment faire bouger les choses. Dans lequel nous simplifions et alignons la politique, les pouvoirs institutionnels et les règlements. Dans lequel nous considérons les hôpitaux comme des entreprises, où l'entrepreneuriat a également sa place et est récompensé, et où la flexibilité n'est pas une illusion lointaine. 

Je crois sincèrement que cette réforme en profondeur du système est possible. Après tout, les acteurs du secteur de la santé sont du même avis, le ministre en tête. On ne peut pas faire cela du jour au lendemain. Le gouvernement doit donc offrir une période de sécurité financière afin que nous puissions continuer à investir, d'une part, et aborder la transformation de notre système avec tous les acteurs, d'autre part.

Ma suggestion : geler le financement des hôpitaux au niveau de 2019 pour une période de cinq ans. Cela nous donnerait la possibilité de mettre en œuvre ce changement radical étape par étape et dans l'intervalle de continuer à réaliser des changements durables.  Et à court terme, veillez que la perte nette de 1,5% générée par la crise Covid soit compensée. C'est ce dont nous avons besoin, à la fois en tant qu'hôpitaux et en tant que société.

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Hadewig De Corte • LinkedIn, MediQuality