500 000 malades de longue durée : la législation actuelle sur la réinsertion est-elle bonne pour la poubelle ?
BRUXELLES 01/07 - Selon l'INAMI, en juin 2020, près de 460 000 travailleurs étaient en maladie de longue durée en Belgique : une augmentation de 24 % par rapport à 2015. À ce rythme, notre pays comptera un demi-million de malades de longue durée d'ici la fin 2021. Parallèlement, la réintégration de ces personnes sur le marché du travail s'avère difficile. C’est bien le problème. Nous ne gaspillons pas seulement du capital humain, nous gaspillons de l’argent public : les congés maladies de longue durée coûtent environ 9 milliards d'euros par an.
La législation sur la réintégration est-elle, dès lors, bonne pour la poubelle ? Non. Les recherches ont montré que le fait de pouvoir retravailler est important pour le processus de rétablissement et le bien-être général et la grande majorité des malades de longue durée demandent à pouvoir reprendre le travail. Mais après cinq ans d'application, notre législation a besoin d'être ajustée. Quelles sont les faiblesses de l'approche actuelle ? Et comment pouvons-nous l'améliorer ?
Nous savons que le taux de réussite de la réinsertion augmente à mesure que l'employé entre tôt en contact avec le médecin du travail. Après 3 mois d'absence, 50% des malades reprennent le travail, après un an seulement 20%. Et après deux ans, ils ne sont plus que 10%. Seul l'employé peut décider d'initier ce contact, de même que le docteur conseil de la mutualité (après 2 mois) ou l'employeur (après 4 mois). En pratique, les employés eux-mêmes ne recourent généralement à cette solution qu'après quelques mois.
Trop peu de médecins du travail
Dans le même temps, la pénurie de médecins du travail – qui décident si un travailleur est apte ou non à retourner au travail - complexifie cette problématique. Il existe de nombreuses limites à ce qui peut être fait pour décider si un employé est temporairement ou définitivement inapte à effectuer le même travail ou un travail adapté. Le fait que les petites entreprises, en particulier, ont plus de difficultés à réussir leur réintégration et que les employeurs sont trop peu incités à investir dans la réintégration constituent des obstacles supplémentaires.
Le débat politique pour rendre les règlements actuels sur la réintégration plus efficaces prend place, c'est bien. Les services externes de prévention et de protection au travail font des recommandations concrètes. Comme le dit l'adage : "mieux vaut prévenir que guérir". Cela signifie qu'il faut d'abord ralentir l'afflux de malades de longue durée. Une plus grande attention à la prévention peut contribuer à empêcher les congés maladie de longue durée.
Intervenir rapidement
En outre, le médecin du travail doit bénéficier d'une plus grande marge de manœuvre et d'un espace plus large pour intervenir rapidement. C'est pourquoi je plaide pour un contact obligatoire avec le médecin du travail dès quatre semaines de maladie. Dans le même temps, les tâches du médecin du travail doivent être réorganisées. Pourquoi des tâches spécifiques ne seraient-elles pas confiées aux infirmières de l'entreprise ? Il est nécessaire d'adopter une approche plus pluridisciplinaire : en impliquant les psychologues ou les ergonomes à un stade précoce du processus de réintégration, ils peuvent soutenir le médecin du travail.
Plus d'incitations
Il faut davantage d'incitations pour amener les employeurs à travailler activement à la prévention et à la réintégration. Une personne malade de longue durée sur trois est aux prises avec des difficultés psychosociales. Tout comme un secouriste doit être disponible partout pour les accidents physiques, les employeurs devraient également être en mesure de fournir les premiers secours en cas de problèmes de santé mentale, ainsi que déceler les signaux d'alarme avant-coureurs.
Enfin, le gouvernement pourrait fournir des incitations positives. Les cotisations sociales pour les employés réintégrés pourraient être réduites ou nous pourrions créer une compensation financière pour les employeurs lorsqu'ils lancent des projets de réintégration. Récompenser au lieu de punir, en somme. Grâce à ces ajustements, nous favoriserons la réintégration, la vie et le travail de près d'un demi-million de personnes aujourd'hui trop souvent mises de côté. Temporairement, ou définitivement.
A propos
Gretel Schrijvers, Directrice Générale de Mensura, le service de prévention et de protection au travail.
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