Technologie numérique dans le domaine de la santé pour les MICI : simple complément aux soins standards pour les MICI
Les applications pour smartphones, les outils en ligne et la télémédecine ne sont que quelques exemples de technologies numériques appliquées à la santé (digital health technology, DHT). Ils font également leur apparition dans les soins liés aux MICI. Mais sont-ils efficaces ? Une équipe de chercheurs (principalement) néerlandais, en collaboration avec quelques collègues britanniques, s'est penchée sur cette question en réalisant une synthèse des revues systématiques consacrées à ce sujet. La DHT ne contribue en tout cas pas à atteindre et à maintenir la rémission d'une MICI.
Placons-nous trop d'espoirs dans les applications DHT pour lutter contre les maladies chroniques ? Peut-être... peut-être pas. La DHT est de plus en plus utilisée dans les soins de santé, y compris dans le traitement des MICI. L'appel à utiliser davantage la DHT dans le traitement des MICI devrait non seulement améliorer l'accessibilité aux soins, mais aussi soulager le système de santé. Nous n'en sommes pas encore là. Malgré de nombreuses études sur la DHT dans le traitement des MICI, il est difficile de trouver des preuves de son efficacité clinique. C'est pourquoi cette revue globale a été mise en place. Au total, neuf revues systématiques ont été incluses, dont cinq méta-analyses. La publication des revues systématiques d'études contrôlées randomisées a eu lieu entre janvier 2012 et septembre 2014.
La population étudiée était composée de patients de tous âges atteints de la maladie de Crohn ou de colite ulcéreuse. Les applications DHT comprenaient la télémédecine, des outils en ligne, des applications pour smartphone destinées notamment au diagnostic, au soutien au traitement, à la surveillance et à l'autogestion. Les auteurs ont ensuite comparé ces applications aux soins standards prodigués aux patients atteints de MICI. Critères d'évaluation principaux : efficacité clinique (réponse/rémission, activité de la maladie, poussées/récidives) et qualité de vie. Les critères d'évaluation secondaires étaient l'observance du traitement médicamenteux, le nombre de consultations, l'implication des patients et la rentabilité.
Pas d'effets négatifs des applications de DHT
La conclusion principale est que la DHT n'a pas eu d'effet bénéfique immédiat sur l'obtention ou le maintien d'une rémission clinique dans les MICI. Tant les revues systématiques que les études randomisées contrôlées analysées ne montrent aucune supériorité de la DHT par rapport aux soins standards en ce qui concerne le maintien de la rémission des MICI et la réduction des taux de récidive. Les auteurs néerlandais et britanniques ont toutefois constaté, dans quatre études, un lien entre l'utilisation des applications DHT et une diminution du nombre d'hospitalisations et une augmentation de l'observance thérapeutique. Selon l'équipe, cela pourrait indiquer que la DHT a un rôle à jouer en complément des soins cliniques standards. Le tableau est moins clair en ce qui concerne la qualité de vie, car les résultats étaient très souvent variés, voire contradictoires, dans les différentes méta-analyses. Cela s'explique en partie par une hétérogénéité significative. Par rapport aux soins standards, les méta-analyses ont montré que la DHT n'avait pas d'effet significatif sur l'activité de la maladie. On a constaté une diminution générale des hospitalisations et des consultations ambulatoires.
L'observance thérapeutique s'est améliorée dans certaines revues systématiques, mais pas dans toutes. Bien que les auteurs aient souhaité mettre l'accent sur les avantages de la DHT (avantages qui se sont avérés moins importants que prévu), ils précisent également qu'aucune des études incluses ne fait état d'un effet négatif de la DHT. Au vu de ces conclusions, il apparaît clairement que la DHT peut avoir un impact sur les hospitalisations, les consultations ambulatoires et l'observance thérapeutique, même si les preuves disponibles ne sont pas très solides. Mais pour les auteurs, il est également clair que la tendance en faveur de la DHT sera inéluctable, peut-être même complétée par l'IA. Ils voient une autre possibilité dans laquelle la DHT pourrait être un outil précieux pour la collecte de données à long terme et le suivi de la progression de la maladie.
Source :
Efficacy of digital health technologies in the management of inflammatory bowel disease: an umbrella review. The Lancet Digital Health, Volume 0, Issue 0, 100843. https://www.thelancet.com/journals/landig/article/PIIS2589-7500(24)00290-5/fulltext