Curcumine dans les MICI : quel bénéfice sur l’anxiété et la dépression ?
Chez les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), l’anxiété et la dépression sont fréquentes et impactent l’adhérence thérapeutique ainsi que l’évolution clinique. Une revue systématique chinoise parue en août 2025 dans Frontiers in Pharmacology (1) s’est penchée sur la curcumine (Curcuma longa) comme adjuvant potentiel pour les symptômes dépressifs et anxieux, au croisement des voies anti-inflammatoires et de l’axe intestin-cerveau. Les signaux cliniques sont intéressants, mais le niveau de preuve spécifique aux MICI reste limité, appelant à une utilisation prudente et encadrée.
Des symptômes significativement réduits
Comme le rappellent Byrne et al. (2), les MICI s'accompagnent fréquemment de symptômes dépressifs et anxieux. Au-delà de la dégradation de la qualité de vie, ces comorbidités sont associées, en pratique, à une adhérence thérapeutique moindre et à des résultats cliniques moins favorables, ce qui complexifie la prise en charge.
Dans ce contexte, les auteurs de la revue (1) ont évalué la curcumine comme adjuvant contre les symptômes dépressifs et anxieux associés à des maladies chroniques. Quinze essais randomisés contrôlés, totalisant 1 123 adultes, ont été inclus. La méta-analyse met en évidence une réduction significative des symptômes dépressifs (différence moyenne standardisée −0,65 ; p = 0,01 ; IC à 95 % : -1,16 à -0,13 ; I² = 93 %) et, plus modestement, des symptômes anxieux (−0,22 ; p = 0,01 ; IC à 95 % : -0,40 à -0,05 ; I² = 0 %). Les auteurs soulignent néanmoins une hétérogénéité inter-études importante, la variabilité des formulations et des posologies, et un risque de biais non négligeable, invitant à la prudence dans l'interprétation.
Plusieurs mécanismes en jeu
Sur le plan mécanistique, l'ensemble des données précliniques et cliniques convergent vers plusieurs voies plausibles : inhibition de NF-κB et de l'inflammasome NLRP3, activation de la voie Keap1-Nrf2-ARE, modulation neurotrophique (BDNF/TrkB, ROS-ERK1/2), action sur les récepteurs GABAA, et remodelage du microbiote intestinal avec répercussions sur l'axe intestin-cerveau. Ce socle mécanistique fournit un cadre crédible pour expliquer des effets sur l'humeur dans des contextes de maladies chroniques.
Que retenir pour les MICI ?
Qu'en est-il du champ gastro-entérologique ? Dans le syndrome de l'intestin irritable (SII), des modèles animaux montrent que la curcumine atténue l'hypersensibilité viscérale et des comportements de type anxio-dépressif, avec une régulation différenciée de BDNF et de p-CREB entre hippocampe et côlon. Pour les MICI, des modèles murins de colite induite par le dextran sulfate de sodium (DSS) suggèrent une diminution de comportements anxieux parallèlement à la restauration de l'équilibre redox et à la baisse de cytokines pro-inflammatoires ; la modulation de familles bactériennes clés (notamment les Muribaculaceae) et d'intermédiaires lipidiques cérébraux a été avancée comme médiateurs possibles au sein de l'axe intestin-cerveau.
Toutefois, la transposition chez les patients atteints de MICI appelle à la prudence. Les essais cliniques inclus dans la méta-analyse concernent majoritairement des affections métaboliques (diabète de type 2, obésité) et cardiovasculaires, tandis que les données cliniques spécifiquement centrées sur des pathologies non métaboliques — dont les MICI — demeurent rares. La curcumine constitue donc une piste prometteuse pour atténuer des symptômes dépressifs et anxieux dans le contexte des maladies chroniques, via des mécanismes anti-inflammatoires, antioxydants et neuromodulateurs liés à l'axe intestin-cerveau. Cependant, des essais randomisés, de grande envergure et méthodologiquement robustes, utilisant des formulations bien caractérisées, sont nécessaires avant de préciser sa place aux côtés des thérapeutiques validées chez les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin.
Sources :
- Yuan J. et al., 2025 – Potential therapeutic benefits of curcumin in depression or anxiety induced by chronic diseases: a systematic review of mechanistic and clinical evidence – Frontiers in Pharmacology doi: 10.3389/fphar.2025.1638645
- Byrne G. et al., 2017 – Prevalence of Anxiety and Depression in Patients with Inflammatory Bowel Disease – Canadian Journal of Gastroenterology and Hepatology doi: 10.1155/2017/6496727