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Politique : soutiens financiers aux patients atteints de cancer et de maladies spécifiques

Quels types de politiques absorbent le mieux, de façon systémique, les complications financières ? Une scoping review récente regroupe sept leviers de santé qui protègent concrètement les patients atteints de cancer ou de maladies spécifiques contre leurs lourde conséquences financières.

Publiée dans Health Research Policy and Systems, cette scoping review identifie sept domaines stratégiques susceptibles de protéger financièrement les patients atteints de cancer ou de maladies spécifiques des « dépenses de santé catastrophiques » et du risque de pauvreté qui en découle.

Les auteurs ont inclus dix-sept études évaluées par des pairs, publiées en anglais ou en langue perse entre 2013 et 2024 via PubMed, ISI Web of Science, Scopus ainsi que Google et Google Scholar. Les mécanismes prépayés et des paniers de prestations bien conçus constituaient souvent la base, éventuellement complétés par d'autres leviers.

Sept leviers de politique de soins

Les mécanismes prépayés, qui réduisent les avances à charge du patient, étaient les plus fréquents (10 études sur 17) et diminuaient les dépenses de santé catastrophiques là où la couverture était obligatoire et suffisamment profonde (p. ex. Affordable Care Act/Medicaid). Leur effet était maximal lorsqu'ils étaient obligatoires, larges et solidement financés par la fiscalité. Des règles insuffisantes de partage des coûts (ticket modérateur, plafonds) limitaient la protection, y compris dans les pays à revenu élevé.

L'aide financière, incluant des dispenses, des subsides de transport/hébergement, des allocations (caritatives) et des prêts formalisés, atténuait surtout les coûts indirects, mais reposait souvent sur des ressources de courte durée et instables. Utile comme dispositif d'urgence, elle n'était pas durable sans intégration à un financement formel. Les prêts généraient en eux-mêmes une pression de remboursement.

Les paniers de prestations couvrant explicitement des traitements coûteux pour des maladies comme le cancer et la sclérose en plaques (chimiothérapie, chirurgie, réadaptation, …) réduisaient la pression financière. Le dépistage précoce était cité comme stratégie financière préventive. De tels paniers – lorsqu'ils étaient accessibles, bien conçus et financés – offraient un fort potentiel de protection, pour autant que l'implémentation et l'accessibilité financière soient garanties.

Le soutien économique en matière de sécurité sociale, de maintien dans l'emploi et d'aménagement du travail amortissait la perte de revenus lorsqu'il ne se limitait pas à un transfert monétaire passif mais s'inscrivait dans une approche intégrée : l'effet était maximal quand emploi, protection sociale et couverture des soins étaient activement articulés.

Les infrastructures et installations facilitant l'accès aux dispositifs de dialyse, aux centres de réadaptation, etc., réduisaient les coûts de déplacement et de productivité et évitaient les abandons de parcours de soins. L'investissement initial était élevé, mais la réduction des coûts indirects se prolongeait dans le temps, sous réserve d'un déploiement planifié et d'un suivi stratégique.

Les collaborations intersectorielles, par exemple avec des ONG, des pays voisins, la Croix-Rouge et des associations de patients, comblaient des déficits de financement/de capacité dans des pays à revenu intermédiaire inférieur. Elles fonctionnaient le mieux lorsqu'elles étaient institutionnalisées. Les initiatives ad hoc manquaient d'échelle et de continuité.

Les stratégies d'achat étaient peu évaluées (1 étude), mais elles peuvent orienter l'allocation financière. Ce levier est sous-utilisé, à impact potentiellement élevé, et doit être relié à la réforme des paniers de prestations et à l'amélioration de la qualité des soins.

Limites

Le format scoping n'incluait pas d'évaluation formelle de la qualité et englobait des contextes hétérogènes. Les sources non révisées par des pairs, telles que rapports gouvernementaux ou d'ONG, thèses et résumés de congrès, ont été exclues. L'efficacité rapportée dépend donc fortement du contexte et de l'implémentation. En outre, la langue de recherche et de publication était limitée à l'anglais et la langue perse, ce qui peut introduire des biais linguistiques et de publication et réduire davantage la généralisabilité.

Pas de solution miracle : la combinaison fait la force

Aucun instrument ne suffit isolément. La protection la plus robuste combine une couverture prépayée obligatoire et suffisamment profonde avec des paniers de prestations ciblés et un soutien économique, des infrastructures accessibles et des collaborations intersectorielles formalisées. Renforcée par des achats stratégiques, cette combinaison rend les conséquences financières lourdes non seulement gérables, mais progressivement réductibles.

Source :

  1. Makhtoomi, Vahid et al. "Strategies for financial protection for patients with cancer or special diseases in the health system: A scoping review." Health research policy and systems. vol. 23,1 121. 7 Oct. 2025, doi:10.1186/s12961-025-01372-2.
Strategies for financial protection for patients with cancer or special diseases in the health system: A scoping review

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