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Cycle veille-sommeil absent chez 41 % des nouveau-nés en USIN

Le sommeil n’est pas un luxe chez le nouveau-né, mais une fonction neurologique vitale. Dans un large télénéuro-monitoring réalisé au sein d’une cohorte multicentrique brésilienne, le cycle veille–sommeil (« sleep–wake cycling », SWC) est systématiquement rapporté comme élément central de l’activité EEG de fond. Cela est pertinent pour le triage et la prise de décision en unité de soins intensifs néonatals (USIN).

Monitorage et structuration de la prise de décision

Cette cohorte rétrospective multicentrique, publiée dans The Lancet (1), inclut 79 unités de soins intensifs néonatals (USIN) au Brésil et s'est déroulée de juillet 2017 à juin 2024. Au total, 11 333 nouveau-nés ont été surveillés en temps réel par vidéo-aEEG/EEG (trois canaux), avec évaluation systématique de l'activité EEG de fond, y compris la présence ou l'absence de SWC.

Au total, 727 858 heures de monitorage ont été réalisées (médiane 49 h). Pour une partie des enregistrements, des mesures NIRS (« near-infrared spectroscopy ») et des paramètres vitaux ont été intégrés. Une équipe centrale d'experts disponible 24 h/24 et 7 j/7 fournissait toutes les six heures des rapports standardisés et des alertes intermédiaires en cas d'anomalie, ce qui structurait la décision clinique en USIN. L'analyse était descriptive et ciblait les indications de surveillance, la détection des crises épileptiques, les profils d'arrière-plan avec cotation du SWC, l'usage des antiépileptiques et la durée totale de la surveillance.

Interprétation multimodale

Les auteurs soulignent que l'absence de cycle veille–sommeil est « une constatation fréquente dans cette cohorte de nourrissons en état critique ». Chez 41,2 % (IC à 95 % 40,3–42,1), le SWC est resté absent pendant toute la surveillance. Un SWC perturbé ou absent signifie en pratique que le cerveau ne montre pas de rythme reconnaissable entre une activité de fond plus ou moins organisée. C'est un signal pour une vigilance clinique accrue, notamment en cas d'encéphalopathie hypoxique-ischémique (EHI) ou de suspicion de crise épileptique.

Le jeu de données montre aussi l'apport de l'interprétation multimodale : l'aEEG/EEG fournit la base (activité de fond, SWC, crises), tandis que la NIRS et les signes vitaux ajoutent le contexte (perfusion, oxygénation, hémodynamique) sur un seul écran synchronisé dans le temps.

Seuls 18,4 % (IC à 95 % 17,6–19,1) des cas cliniquement suspects présentaient des crises électrographiques confirmées, et inversement des crises purement électrographiques peuvent rester cliniquement invisibles. Les auteurs avertissent explicitement : « Un diagnostic erroné des crises peut avoir de graves conséquences. Sans vidéo-EEG ou aEEG, des crises purement électrographiques peuvent rester non traitées, tandis que des nourrissons sans activité électrographique peuvent être exposés inutilement à des médicaments. »

Cela plaide pour une surveillance cohérente et objective avec des rapports réguliers (toutes les 6 heures) et des alertes immédiates en cas de changement de l'activité de fond, de l'activité épileptique ou des tendances NIRS – exactement comme organisé dans ce modèle.

Sur le plan thérapeutique, la cohorte fournit des repères sur l'ordre des interventions, non sur les résultats. Dans 56,1 % des cas, l'administration d'un seul antiépileptique (anti-seizure medication, ASM) a suffi ; le phénobarbital était le choix de première ligne dans 97 % des cas. L'escalade s'est faite par paliers avec des options de deuxième ligne. Cela souligne l'utilité de protocoles et d'un langage commun entre l'équipe d'USIN et les spécialistes à distance.

Limites

La méthode de référence reste la vidéo-EEG en montage complet ; l'aEEG/EEG peut manquer des crises courtes, focales ou de faible amplitude, et cette technique n'est malheureusement pas disponible partout. Un biais de sélection est également probable. Aucune issue neurologique ou du développement n'a été rapportée, ce qui limite la valeur pronostique du statut SWC.

Équité des soins

La cotation du cycle veille–sommeil par télé-aEEG/EEG est évolutive et structure la décision en USIN. En rendant le monitorage avancé plus accessible, en reliant l'expertise en temps réel au lit du patient et en formant les équipes dans la durée, ce modèle réduit la variabilité des soins et promeut l'équité. Conformément à l'Objectif de développement durable (ODD) 3.2 des Nations Unies – mettre fin à la mortalité néonatale évitable et garantir l'accès universel à des soins de qualité pour les nouveau-nés – il contribue dès aujourd'hui, pas à pas, à offrir à davantage de bébés des chances plus égales au début de la vie.

Source :

  1. Variane, Gabriel Fernando Todeschi et al. "Digital neonatal neurocritical care in Brazil: a retrospective multicentre cohort study of over 11,000 remotely monitored infants." Lancet regional health. Americas vol. 51 101233. 19 Sep. 2025, doi:10.1016/j.lana.2025.101233
Digital neonatal neurocritical care in Brazil: a retrospective multicentre cohort study of over 11,000 remotely monitored infants

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