Vers un vaccin qui protège de tout ?
Via une étude publiée dans Science, une équipe américaine a révélé l’efficacité chez la souris d’un vaccin actif contre les virus, les bactéries et les allergènes, mais ne contenant aucun antigène. Ces travaux pourraient constituer un tournant dans la recherche d’un vaccin universel.
Vivants atténués, recombinants ou à ARNm, les vaccins reposent sur le même principe : il s'agit d'inoculer tout ou partie du pathogène, viral ou bactérien, afin de susciter une immunité contre la maladie dont il est responsable. Si ce système a largement fait ses preuves, il oblige, en raison de l'évolution constante des pathogènes, à revacciner régulièrement les personnes afin qu'elles restent protégées contre de nouveaux variants. Exemple, le Covid-19 et la grippe, dont les vaccins sont réactualisés chaque année.
Les vaccins reposent sur l'immunité acquise, qui peut être humorale (production d'anticorps) ou cellulaire. Elle constitue la base de la mémoire immunitaire, grâce à laquelle l'organisme se souvient avoir rencontré l'agent impliqué, et parvient à le combattre plus vite, plus efficacement, lorsqu'il y est de nouveau confronté.
À la différence de l'immunité acquise, l'immunité innée, première ligne de défense, n'agit pas de manière spécifique et ne dure que quelques jours. Plusieurs travaux ont toutefois montré qu'elle était responsable des bénéfices indirects liés aux vaccins vivants atténués (rougeole, BCG, fièvre jaune, etc.), qui confèrent une protection contre d'autres maladies que celles ciblées.
Des travaux menés sur le BCG ont révélé que l'immunité innée pouvait être prolongée jusqu'à plusieurs mois par des mécanismes décryptés en 2023 par l'équipe de Bali Pulendran, de la Stanford University School of Medicine (Californie) (1). L'équipe avait découvert que les lymphocytes T, impliqués dans l'immunité acquise, étaient capables de recruter d'autres cellules (cellules dendritiques, monocytes, macrophages), bras armés de l'immunité innée, sur le site infecté (en l'occurrence le poumon), où elles demeuraient actives pendant plusieurs mois et y détruisaient tout coronavirus.
C'est sur ce principe, celui d'un entrejeu entre immunités innée et acquise, que la même équipe a élaboré un « vaccin universel », testé avec succès chez la souris (2). Dénommé GLA-3M-052-LS+OVA, ce vaccin, administré par voie intranasale, comporte de l'ovalbumine, afin de recruter les lymphocytes T au niveau pulmonaire, ainsi que des agonistes de récepteurs TLR (Toll-Like Receptor), visant à activer les cellules de l'immunité innée. À la différence des vaccins classiques, il ne contient pas d'antigène vaccinal.
Ce vaccin s'est avéré protéger les souris contre le SARS-CoV-2 et d'autres coronavirus, mais aussi contre des bactéries telles que le staphylocoque doré et Acinetobacter baumannii, responsables d'infections nosocomiales. De plus, il était aussi actif contre des allergènes d'acariens.
Jusqu'alors, l'appellation de « vaccin universel » était réservée à ceux actifs contre une famille de virus, tels que les coronavirus ou les virus de la grippe, en ciblant des antigènes très conservés au sein de ces virus. Le GLA-3M-052-LS+OVA, qui repose sur un tout autre principe, pourrait donc constituer un tournant majeur dans la recherche vaccinale.
Les chercheurs espèrent le développer prochainement chez l'homme, d'abord par un essai de sécurité de phase I, puis lors d'essais d'efficacité, dans lesquels des volontaires vaccinés seraient exposés, de manière supervisée, à divers agents infectieux. Ce vaccin, qui pourrait prendre la forme d'un spray nasal à deux doses, constituerait un outil précieux contre de futures pandémies, tout en facilitant les campagnes annuelles de vaccination contre la grippe ou le Covid-19.
« Imaginez qu'on dispose d'un spray nasal, à administrer à l'automne, qui protège contre tous les virus respiratoires, dont le Covid-19, la grippe, le virus respiratoire syncytial [VRS] et le rhume hivernal, mais aussi contre les pneumonies bactériennes et les allergènes printaniers. Cela révolutionnerait la pratique médicale », estime Bali Pulendran.
Sources :
- BCG vaccination stimulates integrated organ immunity by feedback of the adaptive immune response to imprint prolonged innate antiviral resistance, Lee et al., Nat Immunol. 2024 Jan;25(1):41-53. doi: 10.1038/s41590-023-01700-0
- Mucosal vaccination in mice provides protection from diverse respiratory threats, Zhang et al., Science. 2026 Feb 19:eaea1260. doi: 10.1126/science.aea1260