VIH/sida et infections sexuellement transmissibles : le point en 2025 en Afrique et dans le monde
L’OMS a aujourd’hui développé des stratégies pour limiter les infections à VIH, les infections sexuellement transmissibles et les hépatites virales. Elles ont toutes le même objectif : mettre fin aux épidémies en tant que menaces pour la santé publique. Le fait que la 13th "International AIDS Society Conference on HIV Science" se tienne à Kigali (Rwanda) fournit l’opportunité de voir comment l’Afrique qui compte plus de 26 millions de personnes vivant avec le VIH, se situe dans la lutte contre le VIH et les IST comparé au reste du monde dans un contexte alarmant de restriction budgétaire. Le point avec le Pr A. Grulich (University of New South Wales, Sydney), expert en santé publique depuis plus de 30 ans (1).
De bons résultats pour le VIH en Afrique
Le dernier rapport ONUSIDA montre que les résultats sont assez bons à l'échelle de la planète avec une diminution globale de 40% des nouvelles infections entre 2010 et 2024, plus marquée en Afrique de l'Est et australe (-56%), en Afrique de l'Ouest et centrale (-55%) qu'en Asie-Pacifique (-21%) ou en Europe de l'Ouest / Amérique du Nord (-14%). Par contre le nombre de nouvelles infections est légèrement à la hausse en Europe de l'Est (+7%) et en Amérique latine (+13%) et plus dramatiquement au Moyen-Orient / Afrique du nord (+94%). Pour le Pr Grulich, "ces résultats sont à mettre en perspective avec l'objectif de 90 % en Afrique de l'Est et australe, ce qui signifie qu'avec une baisse de 56%, l'Afrique est sur la bonne voie. Mais les progrès sont très inégaux avec des régions du monde qui affichent des résultats exceptionnellement mauvais et d'autres qui ne connaissent que des baisses minimes voire infimes". On dénombre encore 1,3 millions de nouvelles infections en 2024 dont 50% en Afrique de l'Est et australe et 23% en Asie-Pacifique.
De mauvais résultats pour les IST dans le monde
Les estimations basées sur la charge mondiale de morbidité ne montrent aucune tendance à l'amélioration pour les 4 IST guérissables (syphilis, chlamydioses, gonorrhées, trichomonases), quelle que soit la région du monde. On note même en Europe une légère tendance à la hausse. Aux Etats-Unis, le nombre de cas de gonorrhées et de chlamydioses ne diminue pas mais en revanche le nombre de syphilis augmente très rapidement. Pour le Pr Grulich, "ces chiffres qui proviennent généralement de pays à revenus élevés dotés d'un bon système de surveillance, ne sont guère réjouissants. Dans de nombreux pays, qui avaient largement éliminé la transmission mère-enfant et la syphilis néonatale, on observe une remontée de la maladie. C'est notamment le cas en Australie où l'on ne constatait auparavant aucune syphilis congénitale alors que depuis environ cinq ans, on observe une résurgence majeure, notamment dans les communautés aborigènes isolées qui ne bénéficient pas des tests et des traitements nécessaires".

Un bilan très contrasté
- Pour le VIH, la bonne nouvelle est le succès engrangé par certains pays africains qui se rapprochent des objectifs OMS. Le problème est que ces actions sont largement dépendantes des financements de donateurs dont on sait combien ils sont aujourd'hui menacés. Dans le reste du monde, ils restent encore beaucoup de travail en particulier dans des populations cibles qui ne bénéficient pas d'un accès aux soins en raison du climat de discrimination et de stigmatisation qui règne dans certains pays.
- Pour les IST, on est loin des lueurs d'espoir que nous observons pour le VIH dues en grande partie aux nouvelles interventions remarquables mises en place ces vingt dernières années. La vigilance s'impose partout dans le monde, en particulier pour la syphilis, avec l'espoir qu'une prévention combinée, préservatif, dépistage, doxy-PrEP, arrive à inverser la tendance. Pour le Pr Grulich, "le succès de nos interventions ne peut venir que d'actions concertées centrées sur le PVVIH, ses attentes et ses droits en matière de sexualité et de reproduction.
Source :
- Grulich A. IAS 2025;plenary session. https://conference.ias2025.org/media-1106-2025-time-to-bring-hiv-sexual-and-reproductive-health-together-for-better-care