Pneumologie pédiatrique : seuil de recours à l’oxygène à 88 % et autres bonnes nouvelles.
Le domaine de la pneumologie pédiatrique est particulièrement dynamique. Au congrès annuel de l’European Respiratory Society, à Amsterdam en septembre 2025 (ERS 2025), 3 études qui vont faire changer les pratiques ont été présentées.
Détresse respiratoire : adopter le seuil de 88 % pour la supplémentation en oxygène chez l'enfant
Les travaux de Sam Louman et coll. (Hoofddorp, Pays-Bas) vont à coup sûr faire évoluer les pratiques en réanimation respiratoire pédiatrique. (1) Actuellement, les enfants passant sous les valeurs de saturation de 90 à 94 % (selon les pays) sont mis sous oxygène. Avec ce seuil, l'administration en O2 est prolongée, l'hospitalisation est longue, la détresse des enfants et des familles est nette et le coût des soins est important. Les auteurs ont voulu évaluer l'intérêt de réduire l'administration d'oxygène tout en réduisant le risque d'hypoxie, en choisissant un seuil de SpO₂ à 88 %.
L'essai multicentrique OxyKids a inclus 560 enfants âgés entre 6 semaines et 12 ans, hospitalisés pour une détresse respiratoire aiguë associée à une bronchiolite, une respiration sifflante (crise d'asthme exclue) ou une autre infection respiratoire basse, puis les ont randomisés en ouvert entre un seuil SpO₂ à 92 % et à 88 % de déclenchement d'une oxygénothérapie.
Le délai médian de sortie d'hospitalisation était de 27,6 heures pour les enfants dont le seuil de SpO₂ était fixé à 88 %, contre 46,6 heures pour ceux avec un seuil de SpO₂ à 92 %. En outre, près d'un quart (24,5 %) des enfants dont le seuil de SpO₂ était fixé à 88 % n'ont finalement pas eu besoin d'oxygénothérapie, contre 4,3 % pour ceux dont le seuil était à 92 %.
Sur le plan de la sécurité, le seuil de SpO₂ plus conservateur n'était pas associé à davantage de visites chez le médecin, de passages aux urgences ou de réhospitalisations dans les 28 jours suivant la sortie de l'hôpital.
Paracétamol et ibuprofène : risque d'eczéma ou de bronchiolite à 1 an identique
Au cours de la première année de vie, l'administration de paracétamol ou d'ibuprofène pour traiter de la fièvre ou des douleurs n'influe pas sur le risque de développer un eczéma ou une bronchiolite à l'âge de 1 an, selon une étude néo-zélandaise. (2)
Une étude publiée dans The Lancet en 2008 avait mis en évidence une association entre la prise de paracétamol au cours de la première année de vie et la présence d'un eczéma et/ou d'un asthme à 6 ans. Mais qu'en est-il vraiment puisque pendant la première année de vie, du fait d'infections respiratoires inéluctables, les enfants reçoivent des traitements contre la fièvre et les douleurs?
Dans l'étude multicentrique présentée à l'ERS 2025, 3 923 enfants de moins de deux mois ont été randomisés en ouvert entre le paracétamol à 15 mg/kg toutes les quatre à six heures suivant l'âge (avec un maximum de 60 mg/kg/j) et l'ibuprofène à 5 à 10 mg/kg toutes les six heures (avec un maximum selon l'âge 20 mg et 30 mg/kg/j) en cas de fièvre ou de douleur. Les données de suivi après un an étaient disponibles pour 99 % des enfants.
Il apparaît que la prévalence de l'eczéma chez les enfants à leur premier anniversaire était de 16,2 % pour ceux traités par paracétamol et de 15,4 % avec l'ibuprofène, soit une différence non statistiquement significative.
Les résultats étaient similaires pour la bronchiolite au cours de cette première année, avec une prévalence de respectivement 4,9 % et 4,3 %. Traiter la fièvre et les douleurs des moins de 1 an avec du paracétamol ou de l'ibuprofène ne modifie pas le risque de complications pneumologiques ou dermatologiques.
Prévention des crises d'asthme pédiatrique léger : budésonide + formotérol fait mieux que salbutamol
Chez des enfants et adolescents de 5 ans à 15 ans atteints d'asthme léger, l'association budésonide + formotérol en traitement de secours s'est montrée supérieure au salbutamol seul en prévention des crises, dans une étude académique australo-néo-zélandaise. (3) (4) 360 enfants et adolescents avec un asthme léger, utilisant uniquement un bronchodilatateur bêta-2 mimétique d'action courte (SABA), sur au moins trois jours consécutifs au cours des 12 derniers mois ont été inclus. Ils ont été randomisés en ouvert entre l'association fixe du CSI budésonide 50 µg et du LABA formotérol 3 µg d'un côté et le SABA salbutamol à 100 µg de l'autre, avec deux prises en cas de besoin, pendant un an.
Le critère principal d'évaluation a été atteint, avec un taux de crises d'asthme par patient et par an de 0,23 avec l'association budésonide + formotérol, contre 0,41 avec le salbutamol seul, soit un risque relatif (RR) de crises significativement réduit sur le plan statistique de 0,55. Dans les analyses par sous-groupes, il apparaît que la taille d'effet était plus importante chez les adolescents que chez les enfants (avec un RR de 0,06 vs 0,72) et chez les garçons que chez les filles (RR de 0,30 vs 0,94).
Sources :
- Louman S, Van Stralen K, Koppelman G et col. RCT Abstract - Conservative versus standard oxygen saturation thresholds in children with acute respiratory distress: a multicentre randomised controlled trial (OxyKids). Congrès annuel de l'European Respiratory Society (ERS 2025), Amsterdam (Pays-Bas), septembre 2025.
- Dalziel S, Tan E, Mckinlay C et coll. RCT Abstract - Paracetamol compared to ibuprofen as required for pain or fever: One-year outcomes for eczema and bronchiolitis in the PIPPA Tamariki RCT. Congrès annuel de l'European Respiratory Society (ERS 2025), Amsterdam (Pays-Bas), septembre 2025.
- Hatter L, Holliday M, Oldfield K et coll. RCT Abstract - Budesonide-formoterol versus salbutamol as reliever therapy in children with mild asthma (CARE): a 52-week, open-label, multicentre, superiority, randomised controlled trial. Congrès annuel de l'European Respiratory Society (ERS 2025), Amsterdam (Pays-Bas), septembre 2025.
- Hatter L, Holliday M, Oldfield K et coll. Budesonide-formoterol versus salbutamol as reliever therapy in children with mild asthma (CARE): a 52-week, open-label, multicentre, superiority, randomised controlled trial. Lancet. 2025 Oct https://doi.org/10.1016/s0140-6736(25)00861-x