ERS 2025 : l’étonnant potentiel des fruits et de la pratique du chant.
Dans le très riche programme du congrès de l’European Respiratory Society, à Amsterdam en septembre 2025 (ERS 2025), deux présentations apportaient des résultats prometteurs d’approches plus inattendues mais fort bienvenues. Une étude britannique montrait en effet un potentiel effet protecteur d’une alimentation riche en fruits sur l’impact de la pollution atmosphérique sur la fonction respiratoire. (1) Un essai contrôlé randomisé australien mettait quant à lui en évidence un bénéfice de la pratique du chant chez des patients atteints de BPCO. (2)
Présentée dans le cadre d'une session consacrée au « Role of diet, obesity, physical activity, smoking and socioeconomic status in respiratory health » et menée par une équipe britannique (Leicester, Royaume-Uni), cette première étude se fixait pour objectif d'examiner si une alimentation saine permettait ou non de contrer les effets délétères de la pollution atmosphérique sur la fonction respiratoire. (1)
Les données étaient issues de la méga cohorte de l'UK Biobank et les critères principaux d'évaluation étaient les chiffres de FEV1 et de FVC (VEMS - Volume expiratoire maximal seconde et CVF - capacité vitale forcée).
Des fruits, des fruits, des fruits ?
L'analyse portait sur un total d'environ 150 000 personnes pour lesquelles on disposait de données très complètes sur leur alimentation, leur exposition à la pollution atmosphérique et leurs paramètres de fonction respiratoire, permettant ensuite d'ajuster ces données sur le sexe, l'âge, la taille, l'IMC, le niveau de revenus, le niveau de formation, la consommation d'alcool, le tabagisme passif, l'activité physique et l'ethnicité.
Le type d'alimentation était synthétisé sous forme d'un score d'alimentation saine (HDS – Healthy Diet Score). Les participants dans le tercile supérieur (alimentation très saine) affichaient un VEMS significativement plus élevé que ceux dans le tercile inférieur (alimentation la moins saine) : différence +41,7mL (IC à 95 % : 35,4-48,1).
L'analyse des interactions entre scores d'alimentation saine et pollution atmosphérique n'a pas établi d'association claire entre ces deux éléments, mais faisait cependant apparaître une association entre consommation totale de fruits et pollution atmosphérique. Les femmes exposées aux PM2,5 ayant une alimentation riche en fruits (≥ 4 fruits par jour) maintenaient une meilleure capacité respiratoire que celles en consommant peu. Les hommes consommaient de manière générale moins de fruits, ce qui pourrait expliquer que cet effet soit surtout visible du côté féminin. Si l'exposition aux PM2,5 réduisait la capacité respiratoire dans tous les groupes, cette perte était moins marquée dans le groupe consommant beaucoup de fruits. Il semble donc que la consommation de fruits limite les effets délétères des polluants atmosphériques. L'explication est peut-être liée en partie à une action antioxydante et anti-inflammatoire, mais de nouveaux travaux devront explorer les mécanismes en jeu et le rôle d'une alimentation saine dans les affections respiratoires.
Chanter pour mieux respirer ?
Une équipe australienne (Melbourne) a mis en place un intéressant essai contrôlé randomisé de phase III baptisé « SINFONIA » comparant les effets d'un programme de chant chez des patients atteints de BPCO ou de pneumopathies interstitielles diffuses (PID). (2)
La qualité de vie de ces patients (mesurée par SF36) était le critère d'évaluation principal, les critères secondaires : anxiété, dépression, dyspnée et solitude.
Au total, 101 participants ont été randomisés en 2 bras : 50 suivant en ligne un programme hebdomadaire de chant sur 12 semaines (90 minutes par session) et 51 patients témoins ne chantant pas (64 BPCO, 37 PID, âge moyen 69,6 ans, 74 % de femmes, score de dyspnée : 42 % mMRC = 2, 58 % mMRC ≥3).
Le score de qualité de vie SF36 était supérieur de 7,4 points dans le groupe faisant du chant (par rapport au groupe témoin). Un bénéfice encore plus marqué (11 points) dans le groupe ayant effectué au moins 8 sessions sur les 12 de cette intervention (56 % de ce bras).
Sources :
- P. Kaewsri et coll. Does diet modify the effects of air pollution on lung function? A large cross sectional study, Congrès annuel de l'European Respiratory Society (ERS 2025), Amsterdam (Pays-Bas), septembre 2025.
- N. Smalwood et coll. The SINFONIA study: a phase III randomised controlled trial of an online group singing intervention for people with COPD or ILD. Congrès annuel de l'European Respiratory Society (ERS 2025), Amsterdam (Pays-Bas), septembre 2025.