SFD 2025 – Diabète et MASLD : vers un dépistage systématique ?
Les liens entre foie et diabète faisaient partie des sujets largement évoqués lors du congrès SFD 2025, à Paris début avril. Plusieurs présentations s’intéressaient ainsi à la MASLD, à sa prévalence chez les diabétiques et à la nécessité de l’intégrer aux complications classiques du diabète. Faut-il aller vers un dépistage systématique de la MASLD chez les DT2 ? La réponse semble être oui.
Depuis un changement de nomenclature en 2023, la MASLD ou maladie hépatique stéatosique associée à un dysfonctionnement métabolique est le nouveau nom de l'ancienne NAFLD ou « stéatose hépatique non alcoolique ». Simple stéatose hépatique dans les premières phases, elle peut évoluer vers une MASH ou stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique (qui remplace la NASH ou « stéatohépatite non alcoolique ») et une fibrose avancée, une cirrhose ou un carcinome hépatocellulaire. Divers travaux préalables ont déjà mis en évidence un large sous-diagnostic de la MASLD et de la MASH dans la population générale.
65 % des DT2 présentent une MASLD
Dans une première présentation, la Dre Blandine Tramunt (Toulouse) (1) revient tout d'abord sur la prévalence de la MASLD chez les diabétiques de type 2. Les excellents travaux de Younossi et coll., (2) publiés en octobre 2024, apportent des chiffres sans équivoque : au niveau mondial, 65 % des diabétiques de type 2 présentent une MASLD (68 % en Europe de l'Ouest). Ils montrent également une surreprésentation des DT2 dans la MASH, les formes modérées et les formes avancées de fibrose, ainsi qu'une prévalence en nette progression sur les 30 dernières années.

Infographie issue de la présentation (1) et de Younossi et coll. (2)
Dans une optique d'avancée vers une médecine de précision, la Dre Tramunt propose ensuite un intéressant tour d'horizon des données actuellement disponibles sur les différences entre les sexes dans cette interaction bidirectionnelle entre MASLD et DT2.
L'on sait désormais que les différences liées au sexe jouent un rôle dans les pathologies métaboliques, par exemple dans les traits phénotypiques, la susceptibilité aux troubles métaboliques ou les réponses au traitement.
Pour le diabète de type 2, il y a par exemple une nette prédominance masculine au-delà de 45 ans (avec un ratio H-F de 1,5). La prévalence de la MASLD dans la population générale présente elle aussi des différences hommes-femmes : 39 % côté hommes vs 25 % côté femmes, selon des chiffres cités par la Dre Tramunt. Dans la population générale, ces écarts se modifient cependant avec l'âge et après la ménopause, ces deux courbes se rejoignent. La coexistence de MASLD et de DT2 crée une interaction bidirectionnelle, qui nécessite une prise en charge spécifique.
Pour résumer : dans la population générale, les femmes sont protégées vis-à-vis du développement de la MASLD mais :
- Les femmes développant une MASLD présentent un risque de MASH/fibrose avancée au moins similaire à celui des hommes ;
- L'excès de risque conféré par la MASLD sur les complications extra-hépatiques (cancer, événements cardiovasculaires) semble plus important chez les femmes par rapport aux hommes ;
- Le DT2 atténue les différences liées au sexe observées dans la MASLD en population générale ;
- La MASLD gomme la protection des femmes vis-à-vis du développement du DT2.
Dans tout son propos, la Dre Tramunt plaide ainsi pour une intégration systématique du dépistage de la MASLD et de ses formes avancées (MASH/fibrose) dans le bilan des complications chroniques du DT2.

Infographie issue de la présentation. (3)
C'est aussi le plaidoyer que reprend le Dr Thomas Mouillot dans une présentation suivante. (3) Il y revient sur les domaines de recherche déjà largement défrichés mais qui seront sans doute les chantiers des années à venir : identification des sous-groupes à risque, évaluation fine du risque de complications, développement de nouvelles méthodes non invasives de diagnostic, …
Il défend également l'idée d'un dépistage systématique chez les DT2, avec une réévaluation tous les ans ou tous les 3 ans en fonction du score FIB-4.

Infographie issue de la présentation. (3)
Sources :
- Dr Blandine Tramunt, « MASLD, diabète et dimorphisme sexuel », Congrès 2025 de la Société francophone du diabète (SFD), Paris, 1-4 avril 2025 https://virtuel.congres-sfd.com/fr
- Younossi ZM, Golabi P, Price JK, et coll. The Global Epidemiology of Nonalcoholic Fatty Liver Disease and Nonalcoholic Steatohepatitis Among Patients With Type 2 Diabetes. Clin Gastroenterol Hepatol. 2024 Oct. https://doi.org/10.1016/j.cgh.2024.03.006
- Dr Thomas Mouillot, « MASLD et DT2 : peut-on prévoir le risque de complications hépatiques ? » Congrès 2025 de la Société francophone du diabète (SFD), Paris, 1-4 avril 2025 https://virtuel.congres-sfd.com/fr