Problèmes de sommeil dans la société actuelle et trépidante : aller au-delà de l’autoévaluation
En s’appuyant sur une version française existante d’un questionnaire, des chercheurs roumains ont voulu examiner, dans leur pays, quels facteurs positifs et négatifs influencent le sommeil, la Roumanie servant d’exemple de « société trépidante ». Ils sont parvenus à dresser la liste de ces facteurs sur base d’autoévaluations, mais des évaluations cliniques (et objectives) plus nuancées restent nécessaires, car il est probable que tout le monde n'évalue pas de manière correcte la qualité de son sommeil.
Dans notre société trépidante, le travail, les obligations sociales et les divertissements numériques ont un impact négatif sur notre sommeil. Des études antérieures ont déjà confirmé les liens entre une durée de sommeil plus courte et une qualité de sommeil réduite, en raison de longues heures de travail, d'un mode de vie sédentaire, de l'utilisation d'appareils numériques et de facteurs environnementaux. Ce n'est pas un hasard si l'Organisation mondiale de la Santé a reconnu l'addiction aux technologies comme une pathologie spécifique.
Quel est l'impact de tout cela sur nos habitudes de sommeil ? Ces chercheurs roumains ont voulu le déterminer dans leur propre pays, caractérisé par de longues semaines de travail, une forte demande de main-d'œuvre nationale et un paysage technologique en rapide évolution. Pour cette étude, les auteurs ont utilisé la traduction roumaine d'un questionnaire français déjà employé en France dans un but similaire. Ce sont des pneumologues qui ont envoyé les enquêtes ; 835 répondants y ont participé entre février 2019 et janvier 2020, juste avant le début de la pandémie de COVID-19. Les questions portaient à la fois sur des variables dépendantes (bénéficiez-vous d'un sommeil suffisant ? Quelle est la qualité de votre sommeil ? …) et indépendantes (données sociodémographiques, mode de vie, …).
Ne pas dormir avec son animal de compagnie
La durée moyenne de sommeil des participants était de 7,1 heures en semaine et de 8,1 heures le week-end et pendant les vacances, avec un déficit quotidien moyen de 0,8 heure. La perception de la qualité du sommeil était influencée par des facteurs liés au mode de vie, à l'environnement et à la santé. L'analyse multivariée a montré que la qualité du sommeil autoévaluée ne correspond pas toujours aux facteurs prédictifs objectifs liés au sommeil. Un peu plus de la moitié (52 %) des répondants qualifiaient leur sommeil de « bon », tandis que 28 % présentaient des signes d'insomnie, dont 15 % de manière fréquente. Sans surprise, une longue liste de facteurs affectait négativement le sommeil. Le travail de nuit, le sexe féminin, le fait de dormir avec des animaux de compagnie et un mauvais équilibre entre vie professionnelle et vie privée augmentaient le risque de troubles du sommeil. Les femmes déclaraient significativement plus de perte de sommeil et davantage d'insomnie, conformément aux études antérieures qui associent les différences entre genres aux fluctuations hormonales et aux responsabilités liées aux soins.
Par ailleurs, un niveau d'éducation plus élevé était associé à une durée de sommeil perçue plus courte et à un sentiment plus marqué de manque de sommeil. Bien qu'une exposition excessive aux écrans ait été associée à de moins bons résultats en matière de sommeil, cet effet était moins marqué après prise en compte de variables supplémentaires. Les affections médicales et l'utilisation de médicaments jouaient également un rôle important. Ainsi, l'usage de somnifères et d'antalgiques entraînait, paradoxalement, des résultats plus médiocres en matière de sommeil, ce que les auteurs attribuent probablement à des affections sous-jacentes ou à une dépendance à ces médicaments. Le biais de réponse inhérent à l'autoévaluation constituait une limitation importante, et le caractère transversal de l'étude ne permettait pas d'établir de liens causaux.
Les auteurs ont conclu : « Les études futures devraient également explorer le rôle des influences culturelles sur le comportement de sommeil et examiner plus en profondeur l'interaction entre l'utilisation des technologies et les résultats en matière de sommeil ».
Source :
Sleep and modern life: a population-based study. Sci Rep. 2025 Jul 30;15(1):27763. doi: 10.1038/s41598-025-13405-5.