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Spondylarthrite axiale (axSpA) « précoce » : traiter ou non ?

Alors que pour la polyarthrite rhumatoïde, traiter précocement les patients semble apporter un bénéfice à court terme, cette notion de fenêtre d’opportunité thérapeutique « précoce » semble moins adaptée à la spondylarthrite axiale (axSpA), selon une étude espagnole. Reste encore à préciser quel est l’effet à long terme du traitement « précoce ».

La notion de spondylarthrite axiale (axSpA) « précoce » est assez récente. Elle a été individualisée avec l'idée que l'instauration rapide d'un traitement pourrait améliorer le pronostic. Le projet ASAS-SPEAR - qui regroupe des avis d'experts - a proposé une définition consensuelle de l'axSpA dite précoce, fondée sur une durée des symptômes inférieure à 2 ans.
L'efficacité des biothérapies (bDMARDs) et des traitements synthétiques ciblés (tsDMARDs) est bien établie, mais leur efficacité selon le stade de la maladie reste mal connue.

L'objectif principal de cette méta-analyse de Diego Benavent et coll. (Barcelone, Espagne) était d'évaluer si une durée plus courte des symptômes est associée à une meilleure réponse au traitement par bDMARDs ou tsDMARDs chez les patients atteints d'axSpA. Le critère principal était la réponse ASAS40 à 12–16 semaines. Les critères secondaires incluaient l'activité de la maladie (ASDAS, BASDAI), la fonction (BASFI), la mobilité (BASMI), les marqueurs inflammatoires (CRP) et la qualité de vie (ASQoL, SF-36, EQ-5D).

Les analyses ont été réalisées en deux étapes : calcul du risque relatifs (RR) d'une réponse ASAS40 pour chaque durée, puis rapport entre le risque relatif avec les bDMARD et le risque relatif avec un placebo.

Aucune différence entre axSpA précoce et établie

Un total de onze essais contrôlés randomisés a été sélectionné, soit 3 272 patients. Tous les essais portaient sur des bDMARDs ; aucun essai sur les tsDMARDs n'a été retenu (non-réponse aux critères d'éligibilité). Les traitements étudiés comprenaient des anti-TNF (adalimumab, étanercept, infliximab, golimumab, certolizumab pégol) et des anti-IL17 (secukinumab, ixekizumab). Les patients étaient âgés en moyenne de 37,9 ans, avec une durée moyenne des symptômes de 9,3 ans. La majorité étaient des hommes (59 %) et les porteurs du HLA-B27 était particulièrement représentés (≈ 80 %).

Au seuil des 2 ans de suivi, le risque relatif (RR) d'obtenir la réponse ASAS40 était de 2,04 (IC à 95 % : 1,48–2,84) dans le groupe axSpA « précoce » et de 2,28 (IC à 95 % : 1,65–3,15) dans le groupe axSpA « établie », par rapport au placebo. Le risque relatif combiné (ou réduction du risque relatif RRR) de l'ASAS40 à l'échéance de 2 ans, comparant l'effet du traitement entre la maladie précoce et la maladie établie était de 0,89 (IC à 95% : 0,63-1,26). Aucune différence statistiquement significative n'a été mise en évidence entre les deux groupes. Les auteurs ont aussi analysé ce RRR à 3,4 ans et 5 ans sans noter non plus de différence. 

Pas d'effet sur les scores d'activité de la maladie

Différents critères secondaires ont aussi été analysés : ASAS20 (RRR à 2 ans = 0,96), ASAS5/6 (RRR à 2 ans = 0,87), ASAS Partial Remission (RRR à 2 ans = 1,10), ASDAS < 2,1 (RRR à 2 ans = 0,96), ASDAS < 1,3 (RRR à 2 ans = 1,21), ASDAS CII (clinically important improvement), soit une amélioration ≥1,1 (RRR à 2 ans = 1,03), ASDAS MI (major improvement), soit une amélioration ≥2,0 ( RRR à 2 ans = 0,84), BASDAI50 (RRR à 2 ans = 0,97). Donc là encore, aucune différence significative n'a été mise en évidence en analysant la durée des symptômes. 

Les scores continus d'activité de la maladie (ASDAS, BASDAI) à 2 ans sont aussi identiques dans tous les sous-groupes. Par ailleurs, les analyses des scores fonctionnels (BASFI), de mobilité (BASMI), des marqueurs inflammatoires (CRP) et des mesures de qualité de vie (ASAS HI, ASQoL, EQ-5D, SF-36) n'ont pas montré de résultats significatifs. Enfin, les analyses stratifiées selon le sous-type d'axSpA (axSpA radiographique contre axSpA non radiographique) n'ont pas révélé de différence significative dans l'efficacité du traitement selon la durée des symptômes.

Cette méta-analyse montre que la durée des symptômes ne semble pas influencer significativement la réponse aux bDMARDs à court terme, remettant en question l'idée d'une « fenêtre d'opportunité » thérapeutique dans l'axSpA. Contrairement à la polyarthrite rhumatoïde, où un traitement précoce améliore nettement le pronostic, l'axSpA ne semble pas suivre ce modèle. Reste désormais à préciser quel est l'impact à long terme du traitement des formes précoces, ainsi que l'éventuel impact des tsDMARDs et des autres traitements (AINS, DMARDs classiques) qui n'ont pas été analysés dans cette étude. 

Source :

Benavent D, Navarro-Compan V, Capelusnik D et coll. Does symptom duration impact on treatment response in axial spondyloarthritis? A meta-analysis of randomized controlled trials. Rheumatology (Oxford). 2025 Jul 11:keaf382. doi: 10.1093/rheumatology/keaf382

ASAS SPondyloarthritis EARly definition (ASAS SPEAR)
Does symptom duration impact on treatment response in axial spondyloarthritis? A meta-analysis of randomized controlled trials

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