Nouvelles recommandations ESC sur les dyslipidémies (1ère partie) : le risque individuel avant tout.
L’European Society of Cardiology (ESC) et l’European Atherosclerosis Society (EAS) ont mis à jour leurs recommandations sur la prise en charge des dyslipidémies, présentées lors du congrès 2025 de l’European Society of Cardiology (ESC) et publiées simultanément dans European Heart Journal. (1) En comparaison avec la version de 2019, elles mettent davantage l’accent sur la stratification du risque, l’intervention précoce et les traitements complémentaires pour les patients n’atteignant pas leurs objectifs de LDL-C.
Scores de risque SCORE2 et SCORE2-OP
Pour l'évaluation du risque cardiovasculaire (CV), le SCORE2 reste la méthode privilégiée pour les moins de 70 ans et le SCORE2-OP pour les personnes âgées. Ces nouveaux scores publiés pour la première fois en 2021 ont pour but d'évaluer le risque à 10 ans d'événement cardiovasculaire majeur (MACE) chez les personnes sans maladie cardiovasculaire préalable, ni diabète.
Les seuils pour définir le niveau de risque ont été actualisés :
- SCORE2 ou SCORE2-OP ≥ 20% : très haut risque cardiovasculaire
- SCORE2 ou SCORE2-OP ≥ 10 et < 20% : haut risque cardiovasculaire
- SCORE2 ou SCORE2-OP ≥ 2 et < 10% : risque modéré cardiovasculaire
- SCORE2 ou SCORE2-OP < 2% : faible risque cardiovasculaire
La place de l'imagerie
L'athérosclérose infraclinique, déterminée par score calcique au scanner ou par échographie, doit désormais être prise en compte comme facteur de risque.
Les nouvelles recommandations indiquent que la mesure du score calcique par scanner ou l'évaluation de la progression de la plaque athéromateuse par échographie au niveau des carotides ou encore des artères fémorales est à envisager chez les patients classés à risque modéré par le SCORE2.
La notion de modificateur de risque
Outre la place de l'imagerie, les experts ont mis en avant d'autres modificateurs du risque à prendre en compte dans le cadre des évaluations individualisées. On peut citer les syndromes d'apnées obstructives du sommeil, les maladies inflammatoires chroniques auto-immunes, l'infection par le VIH, la sédentarité et, chez les femmes, une prééclampsie, une ménopause précoce ou la présence d'ovaires polykystiques. La présence d'un taux de lipoprotéine A >50 mg/dL y figure également.
Autre point d'intérêt : « le HDL n'est plus considéré comme un facteur protecteur ». Comme dans la version précédente, il n'est plus présenté comme un modificateur du risque CV.
Nouvelle cible de LDL-C < 40 mg/dL en cas de risque « extrême »
Concernant les cibles de LDL-C à atteindre, en particulier chez les patients à haut risque, peu de changements dans cette nouvelle version. Les recommandations de 2019 avaient déjà fortement abaissé les cibles, avec notamment un LDL-C < 55 mg/dL chez les patients à très haut risque.
Nouveauté 2025, l'apparition d'un nouveau seuil de LDL-C < 40 mg/dL, qui peut être envisagé chez les patients dont le risque cardiovasculaire est jugé « extrême » : athérosclérose confirmée et récidives d'événements vasculaires, en dépit d'un traitement hypolipémiant intensif aux doses maximales tolérées, ou chez ceux qui présentent une athérosclérose polyvasculaire.
VIH, cancer sous anthracyclines : des recommandations spécifiques
Autre nouveauté dans ces recommandations : le traitement par la statine pitavastatine est désormais recommandé en prévention primaire du risque CV chez les patients vivant avec le VIH âgés de plus de 40 ans.
Des recommandations spécifiques ont également été émises pour les patients atteints de cancer traités par une chimiothérapie à base d'anthracycline associée à un risque CV élevé ou très élevé : un traitement par statine est à envisager en prévention primaire chez ces patients.
Quelle place pour les compléments alimentaires ?
Le document précise qu'il est déconseillé d'utiliser des compléments alimentaires ou des vitamines dans l'objectif de réduire le risque CV, leur bénéfice dans cette intention étant jugé insatisfaisant. Cette recommandation concerne notamment la levure de riz rouge, qui contient de la lovastatine, associée à des effets indésirables.
Source :
- Mach F, Koskinas K, Roeters J et coll. Guidelines for the management of dyslipidaemias: Developed by the task force for the management of dyslipidaemias of the European Society of Cardiology (ESC) and the European Atherosclerosis Society (EAS), European Heart Journal, 2025;, ehaf190, https://doi.org/10.1093/eurheartj/ehaf190