Maladie de Crohn / Colite ulcéreuse. Une nouvelle option avec le ciblage de la voie TL1A
Dans la colite ulcéreuse tout comme dans la maladie de Crohn, une inflammation prolongée est responsable des lésions tissulaires intestinales et en particulier des fibroses, une complication fréquente qui peut être synonyme d’hospitalisations et d’interventions chirurgicales. L’idée originale de l’étude RELIEVE UCCD est de cibler la voie de signalisation de TL1A connue pour amplifier l’inflammation et favoriser la fibrose. Les résultats présentés au dernier congrès (1) ECCO 2025 valident un peu plus l’idée et ouvrent aussi la voie à une étude de phase III de plus grande envergure.
Dans le traitement des pathologies inflammatoires de l'intestin, de grands progrès ont été réalisés grâce à l'arrivée d'anticorps monoclonaux ciblant des cytokines (TNF, IL-23...), d'inhibiteurs de Janus kinases (upadacitinib) ou encore du védolizumab qui se lie à l'intégrine α4β7. Mais depuis quelques années, la recherche pharmacologique est moins prolifique, probablement parce que les résultats en termes de rémission clinique et endoscopique sont aujourd'hui très satisfaisants avec les produits à disposition. Il n'en reste pas moins que d'autres pistes sont en train d'être explorées au nombre desquelles figure l'inhibition de la voie de signalisation TL1A (TNF-like 1A) étudiée dans de nombreuses entités pathologiques. L'idée qui prévaut est qu'un anti-TL1A pourrait significativement réduire l'inflammation et la fibrose caractéristiques de ces pathologies inflammatoires. Les résultats de phase 2 étaient prometteurs avec le tulisokibart dans la maladie de Crohn (MC) et la colite ulcéreuse (CU). Aujourd'hui c'est le duvakitug (DUV) qui est évalué pour son efficacité et sa sécurité d'emploi dans l'étude de phase 2b RELIEVE UCCD.
La moitié des patients ont une réponse endoscopique
RELIEVE UCCD est une étude internationale, randomisée versus placebo, en double aveugle, d'une durée de 14 semaines, qui a inclus 138 patients avec une MC active modérée à sévère, qui ont une réponse inadéquate documentée, une résistance ou une intolérance aux traitements conventionnels et/ou aux thérapies avancées. L'étude comportait aussi des patients avec une CU dont les résultats ont fait l'objet d'une autre présentation. Les patients MC ont été randomisés pour recevoir en SC 2.250 mg de DUV en dose de charge ou un placebo, suivi par le DUV 450 mg, le DUV 900 mg ou un placebo chaque 2 semaines. Le critère primaire est le taux de patients avec une réponse endoscopique sur base du SES-CD (score endoscopique simple). Les résultats montrent que 26% et 48% des patients ont obtenu une réponse endoscopique significative sous DUV 450 mg et 900 mg versus 13% sous placebo et ce indépendamment du fait qu'ils avaient ou non reçu une thérapie avancée (11% / 48% et 47% / 47%). Les taux de rémissions cliniques (sur base du CDAI) sont de 50% (450 mg) et 54% (900 mg) versus 41% pour les patients sous placebo et les taux de rémissions endoscopiques sont de 17% (450 mg) et 26% (900 mg) vs 9% sous placebo. Les réponses cliniques (CDAI) et les réponses cliniques (PRO2) sont également supérieures au placebo aux 2 doses de DUV.

Sur le plan de la tolérance, l'incidence des effets indésirables est similaire pour le DUV 900 mg et le placebo (43% et 48%). L'incidence d'effets secondaires menant à un arrêt de traitement est de 2%, identique pour les bras DUV 900 mg et placebo.
Des résultats prometteurs
L'étude RELIEVE UCCD est la première à montrer une réponse endoscopique significative et cliniquement pertinente sous DUV versus placebo chez des patients avec une MC active, modérée à sévère et une réponse inadéquate, une résistance ou une intolérance aux traitements conventionnels et/ou aux thérapies avancées. La qualité des résultats obtenus ouvre la porte à une étude de phase 3 qui devrait valider le DUV dans cette indication.
Source :
- Jairath V, et al. Journal of Crohn's and Colitis, Volume 19, Issue Supplement_1, January 2025, Pages i77–i78, https://doi.org/10.1093/ecco-jcc/jjae190.0039A