Maladie de Crohn. La prévention passe par une alimentation riche en fibres fermentescibles...
À ce jour, la maladie de Crohn (MC) reste incurable et son étiologie inconnue. Certaines études ont montré un lien entre certains aliments et le risque de survenue de la maladie. L’approche mérite d’être un peu plus explorée du fait qu’il s’agit là d’un facteur de risque modifiable à l’échelle d’une population. Des données probantes seraient accueillies avec soulagement par les 10 millions de personnes dans le monde et les 35.000 en Belgique qui souffrent d’une MC.
Dans la recherche de l'étiologie de la MC, l'alimentation est considérée comme une cause possible, amenant à associer à certains aliments des phases de poussées et à d'autres, des phases de rémissions. Ainsi des aliments riches en fibres, graisses animales, produits laitiers ou transformés seraient à éviter en phase de rémission alors qu'une alimentation inspirée par le régime méditerranéen (légumes variés, fruits, poissons gras, huile d'olive), est souvent recommandée. La plupart des aliments contiennent en fait des mélanges de fibres solubles (fermentescibles) et de fibres insolubles en quantité variable comme dans les fruits et légumes par exemple qui contiennent 35% de fibres solubles et 65% de fibres insolubles ou les oléagineux et graines (25%/75%).
Des fibres fermentescibles
La fermentescibilité des fibres est leur capacité à être dégradées par les bactéries intestinales pour favoriser la diversité microbienne et contribuer à la stabilité du microbiote intestinal. Elle permet aussi la production dans le côlon, d'acides gras à chaînes courtes (butyrate, propionate, etc.) avec un effet prébiotique. Cinq sous types de fibres fermentescibles sont connus, la pectine, le β-glucane, l'arabinoxylane, les fructo-oligosaccharides et l'inuline présents notamment dans l'ail, les oignons, les poireaux, les bananes non mûres et les topinambours. Les fructo-oligosaccharides notamment agissent sur la diarrhée par un effet absorbant de l'eau et un effet ralentisseur de la vidange gastrique, sur la constipation mais aussi sur le syndrome de l'intestin irritable par un effet pré- et probiotique. À ce titre, les fibres en général sont recommandées dans une série de pathologies gastro-intestinales1 dont les diverticulites et les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin.
Qu'en est-il dans la MC ?
L'étude2 a évalué le lien entre la consommation de fibres fermentescibles et le risque de développer une MC chez des sujets à risque. A l'inclusion, les participants étaient tenus de remplir un questionnaire permettant d'estimer leur consommation en fibres fermentescibles (pectine, β-glucane, inuline, fructo-oligosaccharides et arabinoxylane). Avec un suivi médian de 8,9 ans, 76 sur les 2.659 participants (âge médian : 17 ans, 47% d'hommes) ont développé une MC.
- Un apport élevé en inuline et en bêta-glucane est associé à un risque significativement réduit de survenue d'une MC (HR = 0,78 et 0,78) alors qu'un apport faible en inuline est associé à des taux élevés de calprotectine fécale dont on sait qu'ils reflètent l'inflammation intestinale
- Un apport élevé en pectine est associé à une plus grande diversité microbienne alors qu'un apport faible en pectine, inuline, fructo-oligosaccharides et bêta- glucane est associé à une altération de la perméabilité intestinale (p < 0,04).
- Un apport élevé en inuline, fructo-oligosaccharides et pectine change le profil du microbiote dans le sens où il devient plutôt protecteur par la baisse de la concentration en Ruminococcus torques connue pour décomposer la couche protectrice de mucus intestinal et la hausse du groupe NK4A214 (Phylum Firmicutes).
Cette étude prospective montre qu'un apport élevé en fibres fermentescibles est associé à un risque réduit de développement d'une MC par des effets positifs sur le microbiote, la perméabilité intestinale et l'inflammation. Pour les auteurs, cette intervention ciblée doit être incluse dans la prise en charge du patient avec une MC.
Sources :
- Gill SK, et al. Dietary fibre in gastrointestinal health and disease. Nat Rev Gastroenterol Hepatol. 2021 Feb;18(2):101-116. doi: 10.1038/s41575-020-00375-4. Epub 2020 Nov 18. PMID: 33208922.
- McShane C, et al. The association between fermentable dietary fibre intake and risk of developing Crohn's Disease. Journal of Crohn's and Colitis, Volume 19, Issue Supplement_1, January 2025, Page i161, https://doi.org/10.1093/ecco-jcc/jjae190.0080