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Troubles de l’humeur : l’insomnie accélère le vieillissement génétique

L’insomnie est fortement associée au déclin cognitif, un signe de vieillissement. C’est pourquoi une nouvelle étude chinoise1, publiée dans le Journal of Affective Disorders, s’est penchée en détail sur les horloges épigénétiques (qui reflètent « l’âge biologique », par opposition à l’âge chronologique). Selon ses auteurs, dans leur étude clinique, une insomnie marquée a pu accélérer l’âge génétique d’environ 3,35 ans.

La littérature suggère également que l'insomnie accélère le vieillissement cellulaire en raccourcissant les télomères, ces capuchons protecteurs situés à l'extrémité des chromosomes, comparables aux embouts des lacets, qui empêchent l'ADN de s'effilocher lors de chaque division cellulaire. Selon les chercheurs, plusieurs études associent les symptômes d'insomnie à des télomères plus courts. Des mécanismes tels qu'une dysfonction mitochondriale, une dérégulation des signaux nutritionnels et une communication altérée entre cellules pourraient aussi intervenir.

Leur étude a inclus 251 patients atteints d'un trouble dépressif majeur (« major depressive disorder ») ou d'un trouble bipolaire, ainsi que 181 témoins. La sévérité de la dépression a été évaluée à l'aide de l'échelle de Hamilton à 17 items (HAMD-17), incluant le facteur d'insomnie. Quatre horloges épigénétiques ont ensuite été calculées. D'autre part, la longueur des télomères a été estimée à partir de la méthylation de l'ADN (DNAm).

L'horloge génétique qui tourne plus vite chez certains hommes

Dans cette étude, aucune accélération de « l'horloge biologique » n'a été observée lorsque l'on considérait l'ensemble des patients, comparativement aux témoins sains. En d'autres termes, le trouble de l'humeur en lui-même ne produisait pas de signal de vieillissement uniforme.

Chez les patients masculins présentant une insomnie marquée, la situation différait : leur « AgeAccelGrim » était plus élevé. Il s'agit de l'accélération mesurée sur l'horloge « GrimAge », c'est-à-dire du nombre d'années par lequel l'âge biologique estimé dépasse l'âge chronologique. En moyenne, ces hommes affichaient environ 3,35 « années GrimAge » de plus que ceux ayant peu d'insomnie. Cela indique, selon cet indice précis, des processus de vieillissement significativement plus rapides.

Dans ce même groupe, les valeurs des substituts DNAm pour trois biomarqueurs sanguins étaient également plus élevées : GDF15, leptine et TIMP-1. Ces estimations sont dérivées de marqueurs chimiques présents sur le DNAm et corrélées aux concentrations sanguines réelles. Leur élévation concorde avec l'hypothèse selon laquelle les voies de stress et d'inflammation contribuent au signal GrimAge.

En revanche, les autres horloges épigénétiques et la longueur des télomères estimée par DNAm n'ont pas montré de tendance aussi forte ni constante. L'effet semble donc principalement visible sur GrimAge, une horloge spécifiquement entraînée sur le risque de mortalité et sur des protéines dérivées de la méthylation. Il ne faut donc pas y voir une accélération généralisée à l'ensemble des indicateurs de vieillissement.

L'insomnie dérègle-t-elle l'horloge ?

L'étude est de nature transversale, ce qui ne permet pas d'établir de lien causal. Le signal apparaît surtout chez les hommes et se limite principalement à GrimAge. Les effets de la médication, des comorbidités ou d'autres facteurs confondants ne peuvent être exclus, d'où la nécessité de confirmations dans des études longitudinales et interventionnelles.

En pratique, l'évaluation systématique et la prise en charge de l'insomnie demeurent des éléments essentiels des soins de base chez les hommes présentant un trouble dépressif ou bipolaire, indépendamment de tout effet supposé sur les marqueurs de vieillissement. Tous les patients ne montrent pas d'accélération de l'âge génétique, mais c'est le cas des hommes souffrant d'une insomnie sévère.

Les chercheurs le formulent avec clarté : « L'insomnie est un comportement modifiable, et certaines études suggèrent que le soulagement des troubles de l'humeur pourrait dépendre de l'amélioration du sommeil. » Cette perspective rend la conclusion limpide : un meilleur sommeil pourrait constituer un levier concret vers des soins plus personnalisés et plus ciblés.

Source :

  1. Ma, Zehan et al. "Accelerated epigenetic aging in males with mood disorders accompanied by insomnia." Journal of affective disorders, 120381. 9 Oct. 2025, doi:10.1016/j.jad.2025.120381
Accelerated epigenetic aging in males with mood disorders accompanied by insomnia

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