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Un bon sommeil « élimine » les causes de la perte de mémoire et de la démence du cerveau

Dormir ne se résume pas à se reposer : la nuit, le système glymphatique – le « système de nettoyage » du cerveau – fonctionne à plein régime. Chez les personnes âgées, un mauvais sommeil et le ronflement avec apnée semblent perturber ce nettoyage, rendant les réseaux cérébraux moins coordonnés et la mémoire plus vulnérable. Un sommeil de meilleure qualité pourrait donc protéger le cerveau contre le vieillissement.

Le système de nettoyage du cerveau

Le système glymphatique constitue le réseau d'évacuation du cerveau : le liquide cérébrospinal (LCS) circule le long des espaces périvasculaires dans le tissu cérébral et emporte les déchets. Son efficacité suit le rythme veille-sommeil. Un sommeil subjectivement de moindre qualité et un nombre accru d'apnées sont associés à un « signal de nettoyage » affaibli et sont, dans la littérature, reliés à des maladies neurodégénératives telles que la maladie d'Alzheimer.

C'est dans ce sens qu'oriente une étude chinoise1 publiée dans Molecular Psychiatry. Les troubles du sommeil sont fréquents chez les personnes âgées (environ 40 à 70 %). Les chercheurs ont donc inclus 72 personnes âgées taïwanaises en bonne santé et vivant de manière autonome (âge moyen 73,31 ± 7,20 ans, dont 42 femmes). Elles ont bénéficié d'une mesure du sommeil à domicile (polysomnographie) et d'une imagerie cérébrale (IRMf de repos et IRM de diffusion), ainsi que d'un questionnaire sur le sommeil (PSQI).

Un mauvais sommeil altère les processus glymphatiques

Une mauvaise qualité de sommeil, telle qu'une difficulté d'endormissement ou une durée de sommeil trop courte, affaiblirait le système glymphatique et serait associée à des connexions structurelles et fonctionnelles moins solides dans des régions cérébrales comme le réseau de l'attention, le système limbique et l'hippocampe. Cela s'accompagne de désavantages cognitifs, notamment des pertes de mémoire.

Dans cette étude, un sommeil rapporté moins bon et un indice apnée-hypopnée (AHI) plus élevé s'accompagnaient d'un signal de nettoyage affaibli et d'une communication moins fluide entre les réseaux centraux du cerveau. Cela concorde avec les précédentes observations indiquant que le syndrome d'apnées obstructives du sommeil peut entraver le fonctionnement glymphatique.

L'hypoxie – la baisse d'oxygène pendant les épisodes d'apnée-hypopnée – pourrait jouer un rôle clé : elle est depuis longtemps associée à une mémoire plus faible et à un risque accru d'Alzheimer. Le mécanisme envisagé : un déficit en oxygène perturberait le « rinçage » nocturne, de sorte que les protéines amyloïdes toxiques sont moins bien éliminées et se déposent plus facilement.

Les connexions impliquées dans cette étude se situent dans les zones de mémoire et de contrôle telles que les gyri temporaux moyen et inférieur, l'insula, le cortex frontal médian et le gyrus parahippocampique. C'est précisément dans ces régions que s'accumulent fréquemment les protéines toxiques amyloïde et tau, dès les phases précoces de la maladie d'Alzheimer et d'autres troubles neurodégénératifs.

Dans la perspective du nettoyage, cela s'explique : un système glymphatique actif favorise l'élimination des déchets, tandis qu'un dysfonctionnement du nettoyage permet leur accumulation, perturbant les fonctions de ce « réseau d'elimination » précoce et perturbant l'équilibre entre les régions cérébrales. L'hypothèse est plausible, alors qu'aucun lien de causalité ne soit encore démontré.

Comment renforcer le système glymphatique ?

Les études animales suggèrent que l'activité glymphatique peut être modulée : l'exercice physique volontaire accélérait le processus. Les acides gras polyinsaturés l'amélioraient également et semblaient protéger les fonctions cognitives. Même si ce n'est pas encore une recommandation thérapeutique chez l'humain, cela indique une direction. Si de futures interventions s'avéraient efficaces, le degré de synchronisation des « autoroutes » cérébrales pourrait constituer un indicateur sensible pour suivre l'effet sur la flexibilité des réseaux.

Il faut plus de recherches

Une remarque de prudence s'impose. Cette étude observationnelle montre une association, sans prouver de relation causale. Le « nettoyage » a été déduit de l'imagerie et non mesuré directement ; il s'agissait de personnes âgées en bonne santé, et non de patients atteints de démence.

Cela rend le lien avec la prévention des maladies encore hypothétique. Le message reste toutefois clair : un bon sommeil est probablement bénéfique – un sommeil de mauvaise qualité ou les apnées sont des signaux à ne pas ignorer.

Source :

  1. Ma, Junji et al. "Effects of sleep on the glymphatic functioning and multimodal human brain network affecting memory in older adults." Molecular psychiatry vol. 30,5 (2025): 1717-1729. doi:10.1038/s41380-024-02778-0
Effects of sleep on the glymphatic functioning and multimodal human brain network affecting memory in older adults

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