MICI : l’impact du bien-être mental
Une récente étude britannique met en évidence une association entre détresse psychologique et activité de la maladie dans les MICI, et un rôle prédictif de la détresse psychologique à cet égard. (1) Faut-il prendre davantage en compte le bien-être mental dans les MICI pour obtenir de meilleurs résultats cliniques ? C’est ce que suggère une autre étude britannique sortie en décembre 2025. (2)
Publiée également en décembre 2025 (en ligne), dans Brain, Behavior, and Immunity - Health (BBI - Health), la première de ces études a été menée par une équipe basée à Londres (Royaume-Uni).(1) L'objectif était d'évaluer les liens bidirectionnels entre détresse psychologique et activité de la maladie dans les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI), ainsi que l'impact des comportements de santé sur cette relation et un éventuel rôle prédictif de la détresse psychologique.
Les auteurs rappellent en préambule les immenses progrès apportés par les biothérapies dans la prise en charge de la maladie de Crohn et de la rectocolite hémorragique (RCH). Ils soulignent également ce paradoxe, observé par divers travaux, de persistance résiduelle de symptômes invalidants et de moins bonne qualité de vie, malgré les bénéfices des traitements, chez un certain nombre de patients. Parmi les facteurs en jeu, la détresse psychologique semble jouer un rôle proéminent, d'où l'intérêt d'explorer ses liens avec l'activité de la maladie.
Pour ce faire, ces chercheurs ont mis en place une étude de cohorte prospective longitudinale, en ligne, d'une durée de 12 mois, incluant 3 moments de contrôle à 6 mois d'intervalle (inclusion, 6 mois, 1 an).
Au total, il s'agissait de 157 patients pour lesquels on disposait de données sur leur niveau de détresse psychologique, leurs comportements de santé, l'activité de leur maladie (autorapportée), le recours aux soins et divers paramètres cliniques (calprotectine fécale-CF, …). Recrutés entre mai 2023 et janvier 2024, il s'agissait d'adultes (âge moyen : 35,5 ans ; 18-76 ans), en majorité des femmes (73,9 %), et plus de la moitié d'entre eux (58,0 %) étaient en rémission biochimique (CF<100 μg/g) à l'inclusion.
Détresse psychologique prédictive de l'activité de la maladie
L'analyse montre que la présence de détresse psychologique à l'inclusion était prédictive de niveaux plus élevés d'activité de la maladie autorapportée par les patients à 6 mois (β = 0,16, p= 0,03), mais pas de la CF. Une mauvaise qualité du sommeil apparaît comme le principal facteur déterminant : responsable de 55 % de l'effet de la détresse psychologique sur l'activité future de la maladie autorapportée (β = 0,09, p = 0,04). La détresse psychologique, les niveaux d'inflammation (CF) et l'activité de la maladie autorapportée étaient prédictifs du recours ultérieur aux soins (en 1re et 2e ligne) et de l'impact de la maladie (fréquence et sévérité des crises, absentéisme et perte de productivité).
Agir sur le bien-être mental ?
Une étude britannique (Southampton et Glasgow) parue en décembre 2025 dans Pharmacological Research s'intéresse à l'axe intestin-cerveau dans les MICI et explore les pistes potentielles que pourraient offrir les voies sérotoninergiques dans le traitement des MICI.
Après avoir cité des chiffres - 6,8 millions de personnes dans le monde souffrant de maladie de Crohn ou de rectocolite hémorragique (RCH) -, les auteurs soulignent le poids croissant de ces pathologies sur les systèmes de santé. Ils rappellent ensuite le rôle de l'axe intestin-cerveau, voie bidirectionnelle de signalisation neuronale, hormonale, métabolique, immunologique et microbienne.
Ils se concentrent plus particulièrement sur l'immunomodulation de la signalisation sérotoninergique et sur les mécanismes d'action des psychotropes - antidépresseurs en particulier.
Pour résumer, leurs résultats montrent que les voies de communication bidirectionnelle au sein de l'axe intestin-cerveau favorisent une dysbiose, une neuro-inflammation et une dysrégulation sérotoninergique, contribuant à la pathogenèse des MICI.
Les auteurs plaident pour de nouvelles recherches ciblant spécifiquement les MICI et estiment que, selon les faisceaux de preuves actuellement disponibles, la voie de signalisation sérotoninergique pourrait constituer une intéressante nouvelle cible thérapeutique dans le traitement des MICI.
Sources :
- Natasha Seaton, Joanna L. Hudson, Valeria Mondelli, et coll. Psychological distress predicts disease activity in inflammatory bowel disease: Results from the mind-body IBD longitudinal study, Brain, Behavior, & Immunity - Health, Volume 51, 2026, 101147, ISSN 2666-3546, https://doi.org/10.1016/j.bbih.2025.101147
- Sara Ibgui, Daisy Lints, Simon Milling, From the gut to the brain: Potential novel avenues for IBD treatment via serotonergic pathways, Pharmacological Research, Volume 222, 2025, 108059, ISSN 1043-6618, https://doi.org/10.1016/j.phrs.2025.108059