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L’œuf au menu : quel effet sur l’intestin ?

Les œufs sont riches en nutriments et apportent des protéines, des lipides, des vitamines et des caroténoïdes. La crainte historique liée à la forte teneur en cholestérol du jaune d’œuf est aujourd’hui nuancée par les études scientifiques. Mais quel est l’impact de la consommation d’œufs sur la santé gastro-intestinale et sur les marqueurs d’inflammation ?

Un sujet plus vaste que le cholestérol

Le débat sur les œufs s'est focalisé pendant des années sur le cholestérol, mais la forte teneur en cholestérol du jaune d'œuf ne semble pas augmenter le risque cardiovasculaire. Au contraire, des études plus récentes ne montrent pas d'augmentation du cholestérol plasmatique (sauf chez les hyper-répondeurs) et suggèrent même un risque cardiovasculaire potentiellement plus faible grâce à un taux de HDL plus élevé.

Les travaux sur les œufs et la santé intestinale restent, à l'inverse, plutôt rares, dispersés et fondés sur des méthodologies hétérogènes. De nombreuses études antérieures se concentraient sur des modèles animaux ou sur des composants isolés de l'œuf (jaune ou blanc) plutôt que sur l'œuf entier. Il n'existait pas non plus de synthèse complète chez l'humain sur le lien entre une consommation régulière d'œufs et des indicateurs de santé intestinale comme le microbiome, l'inflammation, les métabolites gastro-intestinaux et la fermentation colique.

Une revue systématique parue dans Nutrients1 a tenté de combler cette lacune. Les chercheurs ont regroupé des études portant sur la consommation d'œufs chez des adultes en bonne santé et son influence sur les bactéries intestinales, sur la protéine C-réactive (CRP) comme mesure de l'inflammation systémique, et sur des métabolites sanguins tels que la choline et le N-oxyde de triméthylamine (TMAO). Au total, 22 études publiées entre 1998–2024 ont été incluses (soit un total de 39 909 adultes).

Trois biomarqueurs à la loupe

La choline est un nutriment essentiel abondant dans les œufs. Dans l'intestin, des bactéries la convertissent en TMA, qui se voit ensuite transformée en TMAO par le foie. Le TMAO a été associé, dans des travaux antérieurs, à l'incidence de certaines maladies et possiblement à l'inflammation, même si son mécanisme d'action n'est pas entièrement élucidé. La CRP, en revanche, est un marqueur d'inflammation robuste et bien établi en clinique. Les chercheurs ont donc retenu comme critères principaux la choline (précurseur), le TMAO (suite possible) et la CRP (inflammation).

Pas de lien clair avec l'inflammation

Dans des interventions de courte durée où les participants consommaient des œufs entiers, la choline plasmatique augmentait de façon constante, tandis que le TMAO ne changeait généralement pas et que la CRP restait en moyenne stable. Dans des études évaluant une consommation plus régulière et prolongée, de modestes associations avec des valeurs plus élevées de TMAO apparaissaient parfois, sans schéma cohérent ni élévation parallèle de la CRP. Une CRP élevée reflète un système immunitaire « activé », mais après une consommation prolongée d'œufs, la CRP est restée inchangée dans la méta-analyse. Les cytokines ont montré un tableau hétérogène dépendant des études.

Concernant le microbiome, c'est-à-dire l'écosystème des bactéries intestinales, les études n'ont pas observé de modification univoque de la diversité : des techniques sensibles (métagénomique shotgun) ont parfois détecté des liens subtils, et quatre études ont rapporté des corrélations entre une consommation régulière d'œufs et certaines bactéries spécifiques, mais les résultats divergeaient.

Cliniquement, cela signifie qu'à court terme la consommation d'œufs ne déclenche pas de réponse inflammatoire systémique mesurable chez des adultes en bonne santé, tandis que l'augmentation de la choline est attendue au vu de la teneur élevée en choline de l'œuf.

L'œuf est rarement le facteur déterminant

Chez l'adulte sain, une consommation habituelle d'œufs s'inscrit dans une alimentation équilibrée, sans signe d'effet défavorable sur la santé intestinale à court terme. En cas de risque cardiovasculaire, une évaluation globale du risque est indiquée. L'œuf en soi est rarement le facteur déterminant, mais peut plutôt constituer un élément d'un régime équilibré.

Comme le concluent les chercheurs : « Ces résultats pointent des effets biologiques potentiels qui méritent d'être approfondis. Les travaux futurs devront privilégier des études bien conduites et de plus longue durée, avec des analyses sensibles du microbiome, afin de clarifier ces liens. De telles preuves sont cruciales pour étayer les lignes directrices nutritionnelles et optimiser les recommandations relatives à la consommation d'œufs dans le contexte de la santé intestinale. »

Source :

  1. Sultan, Nessmah et al. "The Impact of Egg Consumption on Gastrointestinal Health: A Systematic Literature Review and Meta-Analysis." Nutrients vol. 17,13 2059. 20 Jun. 2025, doi:10.3390/nu17132059
The Impact of Egg Consumption on Gastrointestinal Health: A Systematic Literature Review and Meta-Analysis

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