Les parents, garants du régime familial : qu’est-ce qui fonctionne vraiment ?
Ce que les enfants apprennent à la maison perdure. Les parents agissent comme garants du régime familial, ce qui repose en grande partie sur leur littératie alimentaire. Une revue systématique parue dans Appetite (1) regroupe 37 interventions et montre où ces compétences sont solides et où elles présentent des lacunes.
Des stratégies sous-explorées
Les parents déterminent l'offre, les rituels et les interactions à table. Ces expériences précoces orientent les choix ultérieurs des enfants. Dans cette optique, les chercheurs soulignent que les parents ont besoin de connaissances et de compétences pour porter les quatre piliers de la « littératie alimentaire » :
- Planifier et gérer
- Sélectionner
- Préparer
- Manger
Souvent, le parent qui cuisine ne reçoit pas assez de soutien. Les chercheurs indiquent qu'« il n'existe que des directives limitées sur la manière d'intégrer des stratégies de littératie alimentaire dans la conception des interventions nutritionnelles afin de soutenir le développement de la littératie alimentaire dans les quatre domaines et, ce faisant, d'améliorer l'alimentation familiale ». Ils ont donc examiné dans cette revue 3 649 articles issus de trois bases de données afin d'analyser les résultats pour des familles avec des enfants de 2 à 12 ans.
Au total, 37 études tirées de 46 articles ont été retenues pour une analyse approfondie. Vingt-deux études portaient sur la combinaison parent-enfant et les 15 autres uniquement sur les parents. Chaque fois, de 2 à 22 stratégies différentes ont été évaluées, mais plus de la moitié des études (n = 20) ont jeté un large filet en comparant au moins 10 stratégies.
Une voie efficace mais peu utilisée : apprendre en faisant
Plus des deux tiers des études s'alignaient bien sur tous les quatre piliers de la littératie alimentaire (n = 28). Les pratiques alimentaires « réactives » étaient fréquentes, les parents ajustant l'offre, le moment et les portions aux signaux de l'enfant (n = 24) ; les routines saines autour des moments de repas en famille l'étaient également (n = 22). Cependant, les résultats étaient rarement mesurés (respectivement n = 9 et n = 5). Ainsi, les interventions couvraient surtout « Manger », « Planifier et gérer » et « Préparer ». Le pilier « Sélectionner » restait à la traîne, ce qui indique un manque de stratégies pour une prise de décision active et l'auto-navigation dans des profils nutritionnels complexes.
L'apprentissage actif et expérientiel s'est d'ailleurs révélé essentiel dans des travaux antérieurs pour améliorer les résultats alimentaires et culinaires, au moyen d'un large éventail de stratégies poursuivant des objectifs variés.
Le numérique ne fonctionne pas toujours, mais il peut favoriser une mise à l'échelle intelligente
Les formats passifs dominaient toutefois : des interventions technologiques (n = 12) pouvaient constituer une solution pratique pour abaisser les barrières chez des familles pour lesquelles les formats en présentiel étaient moins accessibles par manque de temps, de transport ou de garde d'enfants.
Les chercheurs nuancent pourtant que « les preuves concernant les effets des interventions numériques (passives) sur les résultats nutritionnels des enfants sont limitées et hétérogènes, mais cette revue met en avant leur potentiel pour soutenir la littératie alimentaire ; en outre, elles offrent des avantages en termes de couverture populationnelle et de rapport coût-efficacité. Des modalités hybrides combinant des approches actives, expérientielles et passives méritent une exploration supplémentaire. »
Les interventions centrées sur les parents sont la clé
Selon les chercheurs, « les résultats de cette revue systématique soulignent le potentiel des interventions nutritionnelles pour améliorer les régimes alimentaires grâce à une focalisation intentionnelle sur le renforcement des compétences en littératie alimentaire. » Il s'agirait de la première revue à examiner systématiquement l'usage et le reporting des stratégies de littératie alimentaire au sein d'interventions centrées sur les parents. En parallèle, des conceptions hétérogènes et un reporting parcellaire compliquent la synthèse et l'identification des meilleures pratiques.
En résumé : le fait que plus de la moitié des études incluaient parents et enfants (n = 22) reflète l'importance du rôle parental. Les impliquer comme gardiens d'une alimentation familiale saine doit constituer une stratégie centrale pour encourager des habitudes alimentaires saines tout au long de la vie, chez eux comme chez leurs enfants.
Source :
- Fraser, Kylie et al. "How do nutrition interventions targeting parents with young children address parental food literacy? A systematic review." Appetite, vol. 217 108361. 31 Oct. 2025, doi:10.1016/j.appet.2025.108361