La logique des « anti-confinement »...
BRUXELLES 08/03 - Un an de Covid...Et si nous n'avions pas pris toutes les mesures que nous avons prises jusqu'à présent, en ce compris les confinements, qu'est-ce qui se serait passé ?
Le 5 mars dernier, Jelle Dehaen, rédacteur indépendant, a publié dans De Standaard un article intéressant intitulé « fantasieloze verontwaardiging » (indignation sans fantaisie). L'essence de son plaidoyer porte sur la question de savoir ce qui se serait passé si nous n'avions pas pris toutes les mesures sanitaires que nous avons prises, en ce compris les confinements.
Beaucoup suggèrent que, jusqu'ici, le remède s'est avéré pire que la maladie. Le nombre de dépressions, de violences domestiques, de problèmes relationnels ou de comportement, mais aussi les conséquences économiques des mesures explosent. Les dommages générés par le remède sont incalculables, et tout cela à cause des décisions prises par nos virologues et nos décideurs politiques. Ils n'ont pas géré la crise correctement, n'ont pas réagi correctement, n'ont pas anticipé la menace du virus. En d'autres termes, ils auraient dû appréhender la situation tout à fait différemment.
Mais quant à ce qu'aurait pu être cette approche différente, soit on reste dans l'incertitude totale, soit on propose une solution dont l'efficacité est très discutable. Dans sa forme la plus extrême, certains suggèrent que nous aurions dû simplement laisser le virus suivre son cours. Nous aurions dû laisser les défenses naturelles dont dispose chaque individu faire leur travail. Si j'en crois ces soi-disant experts, l'homme peut faire face à n'importe quel virus, y compris le COVID-19. Ajoutez une pincée de vitamine D à notre système immunitaire et c'est terminé. Garder la distance, désinfecter, porter un masque, sont dans cette optique autant de mesures qui étaient et sont totalement inutiles.
Les patients à risque, eux - comme les individus ayant subi une transplantation, souffrant de troubles immunitaires rares ou d'une forme de cancer, les personnes âgées en maison de repos, etc. - doivent s'isoler et se protéger. Parce qu'ils courent un risque plus élevé de complications graves.
Pour faire bref : laissez la société suivre son petit bonhomme de chemin, laissez l'économie tourner à plein régime, ne fermez pas les magasins ou autres, mais les plus vulnérables, eux, doivent faire un effort. Ils doivent donner l'impression que le COVID-19 est un petit virus normal, qui croise notre route par hasard et dont nous serons vite débarrassés.
Et que se passera-t-il si ce virus commence à se répandre dans la population lambda, semant la maladie et la destruction, entraînant l'absence de nombreux travailleurs et touchant de nombreux secteurs essentiels ? Les « anti-confinement » ne tiennent pas du tout compte de ce scénario. Dans notre système, tout est lié à tout. Si un secteur sombre, le château de cartes s'effondre. Si de nombreux soignants tombent, les hôpitaux ne peuvent plus fonctionner normalement. S'il y a beaucoup de défaillances dans l'industrie alimentaire, les rayons des magasins ne seront plus remplis, et les gens commenceront, en toute logique, à accumuler des réserves. Sans parler du nombre de décès potentiels dus au COVID-19 qui auraient pu survenir en l'absence d'une politique ciblée.
Car ce sont ces mêmes personnes qui critiquent toute notre politique COVID-19 et qui, si nous les avions suivies dans leur vision, auraient tenu les virologues et décideurs politiques pour responsables des dommages subis. Des dommages qui auraient été bien plus importants que les dommages collatéraux que nous avons connus jusqu'à présent.
Il me semble donc préférable d'éviter une catastrophe potentielle par le biais d'une politique volontariste, plutôt que de laisser les choses suivre leur cours et d'espérer tranquillement que l'inévitable ne se produise pas.
Dr Wouter Van den Abeele, médecin de famille à Zelzate.
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