Cigarettes électroniques de dernière génération : un mal nécessaire ?
« La question essentielle reste toujours la même : ces nouveaux produits, comme les vapes et les cigarettes électroniques, sont-ils une aide au sevrage tabagique ou bien un tremplin vers la consommation de cigarettes classiques ? » déclare Adrien Meunier, ancien infirmier en soins intensifs reconverti en tabacologue à l’hôpital de la Citadelle à Liège. Il commente certaines évolutions récentes dans le domaine des cigarettes électroniques de dernière génération.
« Le principal coupable est évidemment la cigarette classique, dans laquelle papier et tabac se consument en libérant quelque 7 000 substances toxiques. Et puis, il y a la nicotine, qui est addictive. En trois secondes à peine, la nicotine atteint le cerveau, se fixe sur des récepteurs cérébraux, ce qui entraîne une libération d'endorphines et procure une sensation d'euphorie, » explique Adrien Meunier. « Mais la nicotine elle-même n'est pas nocive et constitue en réalité un bon antidépresseur. Ce qui est néfaste, c'est la combustion. La cigarette électronique classique, la plus ancienne sur le marché, n'a pas été inventée par l'industrie du tabac, mais par un pharmacien chinois autour de l'an 2000, alors que son père était mourant d'un cancer du poumon et que les traitements traditionnels ne donnaient aucun résultat. Il cherchait un moyen d'administrer de la nicotine à son père. L'industrie du tabac y a vu une opportunité commerciale et a développé divers modèles, notamment ceux qui fonctionnent en chauffant un liquide. Ce n'est toutefois pas la méthode idéale pour délivrer efficacement la nicotine, car les températures nécessaires sont très élevées. Or ces liquides contiennent aussi des substances toxiques. Les cigarettes électroniques les plus connues sont sans doute celles équipées d'une grosse batterie qui sert aussi de poignée. » Le principal problème, toutefois, est qu'on ne peut dissoudre qu'une faible concentration de nicotine dans ces liquides, si bien que les doses effectivement inhalées sont basses. « Autrement dit, il faut aspirer toute la journée sur l'e-cigarette pour satisfaire ses besoins. Ce qui n'est pas non plus une bonne chose pour les poumons », précise Adrien Meunier.
La cigarette électronique dans le sevrage tabagique : à éviter chez les jeunes et les femmes enceintes
L'industrie du tabac a ensuite lancé des versions plus petites, les pods. Ces cartouches contiennent de la nicotine (souvent sous forme de sel), du propylène glycol, de la glycérine végétale et des arômes. Adrien Meunier : « Les sels de nicotine permettent une absorption plus rapide par l'organisme, ce qui diminue la quantité à inhaler et se rapproche davantage de l'expérience d'une cigarette classique. C'est pourquoi cela peut être un outil de sevrage. » Adrien Meunier reste toutefois méfiant à l'égard des pods commercialisés par l'industrie du tabac, car leur composition exacte n'est pas toujours transparente : « Cela reste malgré tout préférable à la cigarette classique à combustion. »
Dans son hôpital, l'accompagnement au sevrage commence toujours par une substitution nicotinique, de préférence sous forme de patch ou de comprimé. Le dosage standard des patchs est de 21 mg pendant 42 jours, suivi de 14 mg pendant encore 42 jours. « Je ne recommanderai jamais une e-cigarette à une personne qui n'a jamais tenté d'arrêt auparavant. Mais elle peut constituer un outil temporaire si la substitution nicotinique ne donne pas les résultats escomptés et si la dépendance à la nicotine est très forte. Nous observons cela souvent chez des patients qui fumaient quotidiennement 40 cigarettes ou plus. En revanche, nous ne recommandons pas la e-cigarette chez les jeunes ni chez les femmes enceintes. »
Il observe également l'émergence des smart vapes, des dispositifs qui permettent aussi de jouer à des jeux électroniques. « Ou comment associer une dépendance à une autre, » commente Adrien Meunier. « Les jeunes sont clairement la cible principale des fabricants de cette toute dernière génération de cigarettes électroniques. Dans ma pratique clinique, je vois de plus en plus de jeunes consulter pour arrêter de fumer. »
Enfin, Adrien Meunier reconnaît que le sevrage tabagique n'est pas évident pour les médecins généralistes. Cela demande du temps, des connaissances et une certaine formation. Il est donc préférable d'orienter les patients vers des tabacologues.
D'après une interview avec le tabacologue Adrien Meunier (CHU Citadelle, Liège).