Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et pancréatite. Un lien de causalité ?
Des études antérieures ont suggéré un lien de causalité entre une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) et une pancréatite aiguë ou chronique. Le problème est qu’elles ne sont pas exemptes de limitations en raison de facteurs confondants comme un traitement par corticoïdes ou des co-morbidités métaboliques. L’originalité de cette nouvelle étude est qu’elle analyse cette fois les données par la randomisation mendélienne qui évalue l’effet d’un variant génétique au lieu de l’effet du facteur de risque modifiable auquel il est associé. C’est une façon de procéder qui apporte un niveau de preuves plus élevé que celui obtenu dans les études purement observationnelles. Que peut-on conclure ?
La maladie de Crohn (MC) et la rectocolite ulcéreuse (RU) sont reconnues comme des maladies auto-immunes intestinales mais on oublie parfois que leurs manifestations peuvent être aussi extra-intestinales touchant la peau, les muqueuses, le foie, le tractus biliaire ou le pancréas. Des anomalies du canal pancréatique et une insuffisance pancréatique exocrine ont en effet été rapportées chez des patients avec une MICI. Mais les études qui ont conclu à un lien de causalité entre MICI et pancréatite aiguë (PA) et chronique (PC) n'ont pas tout-à-fait convaincu en raison de l'existence de facteurs confondants insuffisamment pris en compte. L'enjeu est important : la pancréatite aiguë a une incidence annuelle de 13 à 45 cas / 100.000 personnes, la morbi-mortalité est importante et une PA peut facilement évoluer vers une PC à haut risque de décès.
Une méthodologie originale
L'étude(1) utilise la randomisation mendélienne (RM) pour améliorer l'interprétation des données. Elle consiste à analyser l'effet d'un variant génétique plutôt que l'effet d'un facteur de risque modifiable (consommation d'alcool etc.) auquel il est associé. La RM revient à simuler l'attribution aléatoire d'une exposition comme on pourrait le faire dans une étude clinique randomisée en choisissant des sujets en fonction de leurs caractéristiques génétiques. Ce variant génétique préexistant est indépendant de tout facteur confondant ce qui permet d'établir un lien de causalité entre une exposition à un facteur modifiable et une maladie, avec un niveau de preuves plus élevé que dans une étude observationnelle.
Un lien confirmé
L'étude utilise la RM pour déterminer via des GWASs (Genome-Wide Association Studies) si les MICI augmentent génétiquement le risque de pancréatite et inversement. Deux banques de données ont été utilisées dont la IIBDGC, pour sélectionner 31.665 patients atteints de MICI (13.768 avec une RC, 17.897 avec une MC) comparés à plus de 800.000 individus contrôles. Le diagnostic de MICI est posé sur base de données radiologiques, endoscopiques et histopathologiques et celui de pancréatite sur la classification ICD-10. Globalement, les résultats montrent qu'une MICI est associée à un risque accru de PA et de PC (OR = 1,050). Une RU accroît le risque de PA et de PC alors qu'une MC accroît seulement le risque de PA. Aucune association causale n'a été trouvée entre une MC et une PC. A l'inverse, une PA pourrait être associée à un moindre risque de MICI et de MC (OR = 0,880 et 0,830, p = 0,003). Ce lien inverse n'est pas démontré entre une PA et la RU ni entre une PC et une MICI.
Une incitation au dépistage de PA/PC
Une MICI peut augmenter le risque de PA qu'il s'agisse d'une MC ou d'une RU alors que seule la RU entraîne un risque de PC, un résultat qui surprend mais qui pourrait trouver son origine dans un lien pancréas-intestin.
L'étude a cette singularité qu'elle utilise une méthodologie qui élimine l'effet de facteurs confondants comme la prise de corticoïdes ou la consommation d'alcool. Il reste à comprendre quels sont les mécanismes en commun. Pour le moment, les données plaident pour un dépistage en routine d'une pancréatite chez des patients avec une MICI pour anticiper les complications potentielles extra-coliques.
Source :
- Fang LH, Zhang JQ, Huang JK, Tang XD. Inflammatory bowel disease increases the risk of pancreatitis: a two-sample bidirectional Mendelian randomization analysis. BMC Gastroenterol. 2025 Jan 11;25(1):13. doi: 10.1186/s12876-024-03571-7. PMID: 39799299; PMCID: PMC11725204.