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Instabilité des microsatellites somatiques et cancer de l’endomètre

La recherche de l’instabilité des microsatellites est devenue un outil diagnostique et thérapeutique pour le cancer de l’endomètre. Tour d’horizon de cette avancée en onco-immunologie.

Quel impact de l'instabilité des microsatellites somatiques sur la prise en charge du cancer de l'endomètre ? 

La recherche de l'instabilité des microsatellites somatiques dans les cancers de l'endomètre a un triple intérêt : elle permet de diagnostiquer un syndrome de Lynch (syndrome héréditaire de prédisposition au cancer), mais aussi de classer la tumeur, dans une optique à la fois pronostique et thérapeutique. (1)

Syndrome de Lynch ? 

Environ 30 % des cancers de l'endomètre ont un statut dMMR/MSI. Deux cas de figure sont décrits : dans 75 % des cas, il s'agit de mutations sporadiques, et chez 2 à 5 % des femmes, il existe un syndrome héréditaire sous-jacent. C'est le syndrome de Lynch qui correspond à une prédisposition héréditaire autosomique dominante au cancer de l'endomètre. Ces femmes sont porteuses d'une mutation constitutionnelle mono-allélique d'un gène du système MMR. Il s'agit principalement des gènes MSH2, MLH1, MSH6 et exceptionnellement de PMS2. Si un événement génétique somatique survient sur l'allèle apparié, alors une tumeur peut se développer. Ces femmes peuvent présenter à un âge jeune (avant 50-60 ans) des tumeurs dans différentes localisations (endomètre, côlon, estomac, ovaire, voies biliaires, voies urinaires, pancréas...). Les hommes peuvent d'ailleurs aussi être concernés par ce syndrome. (1) (2)

Quelles classifications moléculaires pour évaluer le pronostic du cancer de l'endomètre ? 

Dans les années 1980, deux groupes anatomocliniques de cancers de l'endomètre ont été individualisés. Leur pronostic diffère nettement : 

  • les cancers de type I, les plus fréquents (80 %), hormonodépendants, de type histologique endométrioïde et mucineux, de bon pronostic (survie globale à cinq ans de 80 %) ;
  • les cancers de type II, non hormonodépendants, de type histologique séreux, à cellules claires ou carcinosarcome, de mauvais pronostic (survie globale à cinq ans de 40 %).

Au milieu des années 2010, The Cancer Genome Atlas (TCGA) a décrit quatre grands sous-groupes moléculaires dans le cancer de l'endomètre : le groupe « ultramuté » avec mutation de la polymerase epsilon (POLE très bon pronostic) ; le groupe « hypermuté » MSI ; le groupe « faible nombre de copies » (ou NSMP, non specific molecular profile) et le groupe « nombre de copies élevé » avec p53 anormale (pronostic péjoratif). 

Dans la dernière version de sa classification des cancers de l'endomètre, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a intégré ces sous-groupes moléculaires. Dans un même ordre d'esprit, l'European Society of Gynaecological Oncology (ESGO), l'European Society for Radiotherapy and Oncology (ESTRO), et l'European Society of Pathology (ESP) ont ajouté, en 2021, les données moléculaires afin de permettre une prise en charge thérapeutique la plus adaptée possible pour les patientes à risque. (1) (2)

Instabilité des microsatellites : quel impact sur le traitement ?

Le traitement du cancer de l'endomètre est fondé sur la chirurgie, à laquelle peuvent s'ajouter la curiethérapie vaginale, la radiothérapie externe, un traitement antihormonal ou une chimiothérapie, en fonction de différents critères anatomopathologiques et moléculaires. (3)
Désormais, le statut MMR tumoral est aussi utilisé afin d'adapter le traitement du cancer de l'endomètre. On sait que les tumeurs à haut risque dMMR/MSI répondent peu à la chimiothérapie adjuvante (pas de bénéfice en matière de survie sans récidive).
Pour les cancers de l'endomètre avancés ou en récidive, un traitement par immunothérapie antitumorale peut être proposé : les inhibiteurs immunologiques de points de contrôle (checkpoints inhibitors) stimulent la réponse immunitaire de la patiente contre les cellules cancéreuses (anti-PD1, anti-PD-L1). Seules les tumeurs dMMR/MSI sont éligibles à cette option thérapeutique. La réalisation des deux techniques d'évaluation (test MMR-IHC et test MSI) est donc nécessaire pour les identifier.

Sources :

  1. Corr B, Erickson B, Barber E et coll. Advances in the management of endometrial cancer. BMJ. 2025 Mar 5:388:e080978. doi: 10.1136/bmj-2024-080978.
  2. Jo A, Shoji T, Otsuka H et coll. Treatment strategies for advanced and recurrent endometrial cancer using immune checkpoint inhibitors. Int J Clin Oncol. 2025 Feb;30(2):229-240. doi: 10.1007/s10147-024-02689-8
  3. Powell M, Bjorge L, Willmott L et coll. Overall survival in patients with endometrial cancer treated with dostarlimab plus carboplatin-paclitaxel in the randomized ENGOT-EN6/GOG-3031/RUBY trial. Ann Oncol. 2024 Aug;35(8):728-738. doi: 10.1016/j.annonc.2024.05.546
Advances in the management of endometrial cancer
Treatment strategies for advanced and recurrent endometrial cancer using immune checkpoint inhibitors
Overall survival in patients with endometrial cancer treated with dostarlimab plus carboplatin–paclitaxel in the randomized ENGOT-EN6/GOG-3031/RUBY trial

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