Burn-out et bien-être en chirurgie : que savons-nous et qu’est-ce qui fonctionne ?
Le burn-out demeure élevé en chirurgie et met sous pression la qualité et la sécurité des soins. Une scoping review publiée en septembre 2025 (1) a examiné 49 études afin d’identifier les tendances des interventions de bien-être destinées aux chirurgiens et aux assistants en chirurgie, sur fond de taux de burn-out élevés chez les médecins à l’échelle mondiale.
En effet, le Medscape Physician Lifestyle Report 2017 (2) signalait que 51 % des médecins interrogés déclaraient un burn-out ; chez les spécialistes chirurgicaux, ce taux atteignait 43–56 %. Constat : les chirurgiens sont généralement, de façon structurelle, considérés comme seuls responsables de leur propre bien-être.
Un regard majoritairement américain
Cette scoping review a inclus des études rédigées en anglais évaluant des interventions relatives au bien-être, au mieux-être, à la qualité de vie, au burn-out, au stress ou à des termes de recherche similaires, à condition que les médecins spécialistes en formation (chirurgie) et/ou les chirurgiens du staff représentent ensemble plus de 50 % de la population étudiée.
La stratégie de recherche a identifié 9 979 références ; 230 textes intégraux ont été examinés ; 49 études (2004–2022) ont été incluses. La plupart provenaient d'Amérique du Nord (82 %), principalement des États-Unis (78 %), et se déroulaient en centres académiques (84 %).
Une approche surtout individualiste
Depuis 2015, l'attention se déplace vers le bien-être émotionnel et le climat d'équipe. À juste titre, mais l'ancrage structurel reste le talon d'Achille. Les interventions ciblent souvent l'individu (mindfulness, réduction du stress, formation aux compétences) et moins le niveau du service ou de l'hôpital. La plupart des études rapportent des signaux favorables, mais fréquemment sur la base d'auto-déclarations et sans suivi durable. Les résultats sont mitigés lorsque des adaptations organisationnelles sont évaluées, telles que l'aménagement et l'ergonomie du bloc opératoire, les plannings de service et la répartition des temps de repos : certaines mesures ergonomiques semblent utiles, tandis que d'autres (comme les micro-pauses) n'ont montré aucun effet.
D'une « mentalité de dureté » à une responsabilité partagée
La littérature se concentre surtout sur les assistants, tandis que les chirurgiens du staff restent peu étudiés (40 études « resident-only », 6 « staff-only » et 3 « mixtes »). Les auteurs estiment que « cet écart traduit le maintien d'une mentalité traditionnelle de dureté » et appellent au changement. Les interventions visant la résilience individuelle peuvent constituer une étape accessible, mais « elles déplacent souvent la charge vers les soignants et ajoutent une case de plus à cocher dans des journées déjà fort chargées des chirurgiens »
Limites
En tant que scoping review, l'étude propose un large inventaire, sans méta-analyse d'effet. Un grand nombre d'études sont académiques et nord-américaines, et toutes sont rédigées en anglais. De plus, les critères de jugement auto-rapportés et non validés sont fréquents, limitant la généralisabilité et la solidité des conclusions. Des instruments non validés ont régulièrement été utilisés, réduisant la comparabilité ; la Maslach Burnout Inventory (MBI, (3)) était toutefois l'outil validé le plus employé (22 études).
Implications pour les politiques et la pratique
Les données indiquent le potentiel des interventions de bien-être, mais des progrès réels exigent une méthodologie plus robuste et un ancrage à l'échelle de l'organisation : élever le bien-être du niveau des stratégies d'adaptation individuelles à celui de l'équipe et du système.
Il faut choisir des interventions qui vont au-delà des stratégies d'adaptation individuelles. Les auteurs le formulent nettement en conclusion : « La prévalence d'interventions centrées sur l'individu et visant le bien-être émotionnel reflète la croyance que les chirurgiens sont responsables de leur propre bien-être. (…) Il manque des études d'intervention méthodologiquement solides avec des critères de jugement objectifs ; elles sont nécessaires pour faciliter une culture de responsabilité organisationnelle partagée du bien-être des chirurgiens. » En pratique : élargir la focale vers les chirurgiens du staff, ancrer les interventions dans les politiques organisationnelles et utiliser des critères de jugement validés, de préférence objectifs.
Sources :
- Yuen, et al. "Wellness interventions in surgery: a scoping review" Can J Surg September 25, 2025 68 (5) E376-E392; doi:doi.org/10.1503/cjs.009124.
- Peckham C. "Medscape lifestyle report 2017: race and ethnicity, bias and burnout" Medscape 2017 https://www.medscape.com/features/slideshow/lifestyle/2017/overview#page=2
- Maslach C, Jackson SE. "The measurement of experienced burnout." J Organ Behav. 1981;2:99–113.