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Lombalgies chroniques chez un jeune patient : et si c’était une spondylarthrite axiale ?

5 % des lombalgies chez les patients jeunes sont liées à une spondylarthrite axiale débutante. La réalisation d’un autoquestionnaire proposé par le médecin généraliste permet de mieux orienter les patients vers un examen par imagerie ou une consultation avec un rhumatologue.

La spondylarthrite axiale (axSpA) est une maladie inflammatoire chronique, dans laquelle il existe des formes radiographiques (historiquement appelée « spondylarthrite ankylosante ») et des formes non radiographiques. La maladie débute souvent au cours de la deuxième ou de la troisième décennie de la vie, mais le diagnostic est très fréquemment posé avec retard. Des études récentes font état d'un délai moyen avant le diagnostic d'environ sept ans. Un certain nombre de facteurs contribuent à ce retard de diagnostic : le sexe féminin, un âge plus jeune au moment de l'apparition des symptômes, le pays de résidence, un faible niveau d'éducation, l'absence de manifestations extra-articulaires et un plus grand nombre de professionnels de santé consultés avant le diagnostic.

Le diagnostic repose en grande partie sur les médecins généralistes, mais outre le fait qu'ils ne sont pas toujours formés sur les recommandations en vigueur en matière d'axSpA, le temps qu'ils peuvent accorder à leurs patients diminue d'année en année, sous l'effet de leur surcharge de travail. Alors comment améliorer les délais avant diagnostic ? 

5 % des lombalgies chroniques

L'idée de Diego Benavent et coll. (Barcelone, Espagne) est de proposer un « screening » systématique des patients passant une IRM du rachis, prescrite par leur médecin généraliste, pour le motif de « rachialgie chronique ». En soins primaires, la lombalgie chronique est la plainte musculosquelettique la plus fréquente et environ 5 % des cas de lombalgie chronique sont imputables à l'axSpA. Les auteurs ont proposé une étude afin de déterminer la prévalence d'axSpA et les caractéristiques (cliniques et IRM) associées au diagnostic d'axSpA chez des jeunes adultes atteints de lombalgies chroniques.

Cette étude prospective, observationnelle, monocentrique, a inclus 268 patients, de 18 à 40 ans, atteints de douleurs rachidiennes chroniques et à qui une IRM du rachis avait été prescrite par un médecin non rhumatologue. Ces patients ont rempli un autoquestionnaire évaluant les caractéristiques de la lombalgie. L'IRM du rachis a été étendue pour inclure les articulations sacro-iliaques. Les patients ont ensuite été examinés par un rhumatologue afin d'évaluer la possibilité de la présence d'une axSpA.

Critères IRM décevants

Parmi les 268 patients inclus, un diagnostic certain d'axSpA a été posé chez 8 patients (3,0 %), 14 autres (5,2 %) ont été considérés comme des cas suspects, soit un total général de 8,2 % d'axSpA certaine ou suspectée. L'analyse du questionnaire (groupe axspa contre non axspa) a permis de préciser les symptômes les plus souvent en lien avec le diagnostic. Les douleurs fessières (54,5 % contre 24,3 % ; p = 0,04), une amélioration avec les AINS (68,2 % contre 36,5 % ; p = 0,02), une durée plus courte des symptômes (3,5 contre 5,1 ans ; p = 0,02), une positivité HLA-B27 (27,3 % contre 3,3 % ; p < 0,01) et des taux élevés de CRP (36,4 % contre 12,2 % ; p = 0,01) étaient associés - comme attendu - au diagnostic d'axSpA. 

À l'inverse, les résultats de l'IRM peuvent sembler décevants. Les principales lésions observées au rachis sont classées comme étant dégénératives et des anomalies des articulations sacro-iliaques étaient observées dans près d'un tiers de la cohorte.

Cette étude soulève deux constats. Le premier est que ce sont toujours les éléments cliniques qui sont les plus utiles pour « screener » les patients à risque de spondylarthrite. Le deuxième constat concerne le choix de la population à évaluer. En sélectionnant des patients jeunes, à qui une IRM a été prescrite pour une rachialgie par un médecin non rhumatologue, le rendement reste assez faible, mais pas inintéressant. La place des autoquestionnaires chez des patients souffrant de lombalgies chronique doit être maintenant précisée. 

Source :

Benavent D, Tapia M, Bernabeu D. Can we identify axial spondyloarthritis among young adults referred to non-rheumatology specialists? Results from the SHERPAS study. Semin Arthritis Rheum. 2025 Oct:74:152780. doi: 10.1016/j.semarthrit.2025.152780.

Can we identify axial spondyloarthritis among young adults referred to non-rheumatology specialists? Results from the SHERPAS study

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