Dossiers  >   Tabagisme  >  Réduction du tabagisme oui, arrêt non : les sachets de nicotine à l’épreuve

Réduction du tabagisme oui, arrêt non : les sachets de nicotine à l’épreuve

Une revue systématique parue dans Addiction (1) a examiné les sachets de nicotine sans tabac et conclut que la probabilité d’arrêt du tabac n’augmente pas de manière significative par rapport au snus, aux gommes à la nicotine ou au groupe témoin, même si la consommation de tabac peut bien diminuer.

L'équipe a inclus 7 essais randomisés (n total = 269 adultes) menés en Europe et en Amérique du Nord. Selon les études, les comparateurs étaient la cigarette, le snus (sachet oral de tabac placé sous la lèvre supérieure), la gomme à la nicotine ou le placebo.

Le confort n'est pas l'abstinence

Dans la revue, les sachets de nicotine obtiennent systématiquement des scores inférieurs à ceux des cigarettes tant pour la satisfaction que pour la rapidité de soulagement des envies impérieuses ; celui-ci reste modeste et comparable aux autres produits nicotiniques non combustibles.

Caldwell et al. (2) ont déjà montré que les sachets de nicotine (42 %), le snus (37 %) et la gomme (33 %) réduisent chacun significativement le nombre de cigarettes par rapport à la situation pré-intervention, sans différence significative entre produits, mais qu'aucun de ces produits n'aboutit à un arrêt complet. L'intention de réutilisation est également plus faible pour les sachets de nicotine (14–46 %) que pour les cigarettes (57 %).

Pris ensemble, ces résultats suggèrent que les sachets de nicotine peuvent réduire l'usage de cigarettes, mais pas plus que le snus ou la gomme. Il n'existe pas non plus de preuve qu'ils augmentent l'arrêt du tabac par rapport aux autres produits ou au témoin.

Effets indésirables rarement graves

Dans l'ensemble des études, les effets indésirables aigus étaient généralement légers et rares, mais la discussion met en évidence une relation dose-effet : des doses plus élevées de nicotine s'accompagnaient de davantage d'effets indésirables autodéclarés, tandis que des doses plus faibles étaient mieux tolérées. Cela plaide pour une approche prudente lorsque des patients souhaitent néanmoins utiliser des sachets de nicotine.

Saveur et attractivité

L'influence des arômes a été peu étudiée de manière systématique. Lorsque le sujet est abordé, la saveur semble surtout déterminer l'attractivité du produit. Le soulagement physiologique des envies de nicotine varie peu dans ce contexte. Les chercheurs soulignent que, compte tenu du rôle des saveurs dans l'initiation et l'attrait chez les jeunes, des études supplémentaires sont nécessaires.

Les sachets de nicotine réduisent le tabac, mais ne l'arrêtent pas

La synthèse est cohérente : les sachets de nicotine peuvent diminuer le nombre de cigarettes par rapport au point de départ, mais pas davantage que des alternatives comme le snus ou la gomme, et aucune preuve ne montre qu'ils augmentent l'arrêt du tabac par rapport à d'autres produits ou au témoin.

Dans le même ordre d'idées, la revue indique que les cigarettes sont plus satisfaisantes et atténuent plus rapidement les envies imprieuses que les sachets de nicotine, bien que ces derniers fassent mieux que le placebo ou que certains autres produits nicotiniques. Les chercheurs ajoutent que cette moindre satisfaction et ce soulagement plus lent suggèrent que les sachets de nicotine peuvent ne pas suffire aux personnes recherchant un soulagement immédiat. Dans cette optique, un usage en thérapie combinée plutôt qu'en monothérapie pourrait être rationnel au sein d'un dispositif plus large d'aide au sevrage, disent-ils.

Petits essais, grande incertitude

L'ensemble de données est restreint et de courte durée. Les produits et les doses varient fortement, et les anciennes générations (p. ex. Zonnic) diffèrent des sachets actuels. En raison de cette hétérogénéité, aucune méta-analyse n'a été réalisée. L'industrie possède les sachets testés et a financé, sauf deux, toutes les études (5 sur 7), ce qui augmente le risque de biais.

Sachets de nicotine : prudence dans la pratique

Les chercheurs l'énoncent explicitement : « Tant que les preuves ne seront pas plus robustes, les sachets de nicotine ne doivent pas être considérés comme un outil d'aide au sevrage tabagique », et « dans l'attente de nouvelles données, l'usage des sachets de nicotine doit être présenté comme une option émergente, porteuse à la fois de potentiel et d'importantes incertitudes ».

Ils avertissent en outre que, « étant donné la popularité croissante des sachets de nicotine en tant que produits nicotiniques discrets et aromatisés, il existe une préoccupation qu'ils puissent contribuer au maintien ou à l'augmentation de la dépendance à la nicotine plutôt qu'à l'arrêt ». Ils concluent que des études plus larges, indépendantes, contrôlées et randomisées sont nécessaires et que, « tant que de telles preuves ne seront pas disponibles, la prudence s'impose pour recommander les sachets de nicotine comme aide à l'arrêt. En première ligne, les méthodes de sevrage fondées sur les preuves doivent rester le standard de soins ».

Sources :

  1. Heshmati, Javad et al. "Nicotine pouches and clinical outcomes related to smoking cessation: A systematic review of randomized trials." Addiction (Abingdon, England), 10.1111/add.70193. 26 Sep. 2025, doi:10.1111/add.70193
  2. Caldwell, Brent et al. "Randomized crossover trial of the acceptability of snus, nicotine gum, and Zonnic therapy for smoking reduction in heavy smokers." Nicotine & tobacco research: official journal of the Society for Research on Nicotine and Tobacco vol. 12,2 (2010): 179-83. doi:10.1093/ntr/ntp189
Nicotine pouches and clinical outcomes related to smoking cessation: A systematic review of randomized trials
Influence of snuff and smoking habits in early pregnancy on risks for stillbirth and early neonatal mortality

Thomas Henry - Lien d'intérêts financiers : aucun • MediQuality