Mécanismes de la neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie (CIPN)
Les progrès scientifiques ont été considérables dans le traitement du cancer, mais certaines thérapies provoquent des douleurs intenses, qui peuvent persister plusieurs mois après la fin du traitement. La douleur a un impact majeur sur la qualité de vie du patient. Dans cette première partie, nous abordons les mécanismes et les facteurs de risque.
Les traitements anticancéreux ont une influence importante sur la qualité de vie du patient. Celui-ci subit des effets indésirables notables, tels que des nausées, de la fatigue, une alopécie ; parfois, des organes doivent être amputés, et il doit ensuite affronter la peur d'une récidive. À ces effets secondaires graves s'ajoute la douleur, qui peut persister longtemps. Après une chimiothérapie, 68 % des patients présentent, à six mois, une neuropathie douloureuse, et 33 % après un an. Bien que les différents protocoles de chimiothérapie aient des caractéristiques distinctes, la toxicité sensorielle demeure la plus fréquente, car le ganglion rachidien postérieur, qui contient les corps cellulaires sensoriels, possède un endothélium fenestré plus perméable que celui de la moelle épinière, où se trouvent les corps cellulaires moteurs. Les symptômes négatifs incluent l'engourdissement, la perte de la sensibilité vibratoire, de la proprioception et des réflexes ostéotendineux profonds, tandis que les paresthésies, les dysesthésies et l'hypersensibilité au froid et aux stimuli mécaniques sont considérées comme des symptômes positifs.
Mécanismes
Les principaux types de chimiothérapies responsables de neuropathies comprennent notamment les agents anticancéreux à base de platine (oxaliplatine et cisplatine), les alcaloïdes de la pervenche (vincristine et vinblastine), les taxanes (paclitaxel et docétaxel), les inhibiteurs du protéasome (bortézomib) et les médicaments immunomodulateurs (thalidomide). Ces classes présentent différents mécanismes antinéoplasiques, et probablement aussi des mécanismes distincts dans la genèse des neuropathies. À l'heure actuelle, ces mécanismes peuvent être grossièrement regroupés en quatre catégories dysfonction mitochondriale et stress oxydatif, perturbation des microtubules, neuro-inflammation et processus immunologiques, dérégulation des canaux ioniques.
Facteurs de risque
De nombreux facteurs prédictifs potentiels de la survenue d'une CIPN (Chemotherapy-Induced Peripheral Neuropathy) ont été identifiés. Parmi les facteurs liés au patient : l'âge avancé, la présence d'une neuropathie préexistante, le tabagisme et une fonction rénale diminuée.
Parmi les facteurs liés à la chimiothérapie : le type d'agent utilisé, la dose cumulative, l'administration concomitante de plusieurs agents et la durée de la perfusion. Certaines formes de cancer peuvent également induire une neuropathie subclinique, rendant les patients plus vulnérables à la CIPN et aggravant les résultats thérapeutiques.
Des marqueurs génétiques ont été associés à la toxicité liée à la chimiothérapie. Cependant, une meilleure classification de la sévérité est nécessaire afin d'orienter plus précisément les études futures.
Évaluation de la CIPN
Malgré les difficultés de prévention et de traitement, la CIPN doit être évaluée avant, pendant et après la chimiothérapie.
L'évaluation doit inclure : le diagnostic (en tenant compte des diagnostics différentiels possibles), la sévérité (y compris les limitations fonctionnelles), l'évolution temporelle des symptômes et leur lien avec la chimiothérapie.
Le diagnostic de la CIPN requiert une anamnèse et un examen clinique complets. Il est essentiel d'identifier les facteurs de risque préexistants de neuropathie, tels que le diabète, les carences vitaminiques, la consommation d'alcool ou les antécédents de chimiothérapie.
Des analyses biologiques — notamment une numération formule sanguine complète, un bilan métabolique complet, la vitesse de sédimentation des érythrocytes, la glycémie à jeun, le dosage de la vitamine B12 et celui de la thyréostimuline (TSH) — doivent être envisagées afin d'exclure d'autres causes de neuropathie.