Le vaccin anti-zona ralentirait la progression des démences liées à l’âge
Au-delà de son effet préventif contre les démences liées à l’âge, le vaccin contre le virus varicelle-zona pourrait aussi ralentir leur progression chez les personnes qui en sont déjà atteintes, suggère une étude publiée dans la revue Cell.
En 2025, une étude menée au pays de Galles a révélé que les personnes vaccinées contre le VZV présentaient une baisse de 20% de l'incidence de démence liée à l'âge (1). Ces travaux, confirmés par une étude australienne (2), constituent une avancée notable dans la lutte contre la maladie d'Alzheimer : en novembre 2025, un consortium d'experts a jugé que la vaccination anti-zona constituait la piste la plus prometteuse contre les démences liées à l'âge (3).
Point fort de ces travaux, le protocole employé, celui d'une expérimentation en vie réelle, écarte de facto les biais de sélection liés à une vaccination effectuée sur une base volontaire. En 2013, les autorités galloises ont décidé de proposer le vaccin anti-zona à toute personne âgée de 70 à 80 ans. Ainsi, celles nées à partir du 2 septembre 1933 étaient éligibles à la vaccination, tandis que celles nées jusqu'au 1er septembre 1933 ne l'étaient pas. Les chercheurs ont analysé l'impact de la vaccination chez les personnes nées peu après cette date, par rapport à celles nées peu avant.
Aussi concluante soit-elle, l'étude ne permettait pas de déterminer à quel stade survenait l'éventuel effet préventif. « Le vaccin pourrait ralentir l'apparition de troubles cognitifs mineurs, ou bien de ceux-ci vers la démence, voire (en raison des retards diagnostiques liés au système de santé) de démences non diagnostiquées vers des démences diagnostiquées », explique l'équipe de Pascal Geldsetzer, de l'université de Stanford (Californie).
Dans leur nouvelle étude, menée sur la même cohorte galloise, les chercheurs suggèrent que cet effet s'exerce tout au long du processus de dégradation cognitive (4). Pour montrer cela, ils ont analysé deux groupes de personnes : d'une part, près de 283.000 participants initialement sans troubles cognitifs au 1er septembre 2013 (date couperet de l'éligibilité vaccinale) ; d'autre part, 14.350 personnes déjà diagnostiquées d'une démence à cette date.
Pour chacun de ces deux groupes, ils ont reproduit la stratégie utilisée dans la première étude (vacciné contre non vacciné, avec éligibilité selon la date de naissance). Pour les premiers, ils ont analysé la survenue de troubles cognitifs mineurs ; chez les seconds, les décès liés à la démence.
Dans le premier groupe, 7,3% des personnes ont développé des troubles cognitifs au cours des neuf ans de suivi, mais le vaccin était associé à une diminution d'incidence de 3,1 points chez les personnes éligibles et vaccinées. Dans le second groupe, celui des personnes déjà atteintes d'une démence liée à l'âge, 49,1% sont décédés, mais la vaccination des personnes éligibles diminuait cette incidence de 29,5 points.
Les résultats suggèrent une plus grande efficacité contre les démences plus avancées, ainsi que celles de type ‘mixte', devant la maladie d'Alzheimer et les démences vasculaires. Selon les chercheurs, « cette étude suggère que la vaccination anti-zona ralentit, ou prévient, la progression tout au long de la maladie. [Du fait du protocole utilisé], elle révèle que cet effet est très probablement de nature causale, bien mieux que ne le feraient des études épidémiologiques standard ».
Dans les deux groupes, l'effet était plus marqué chez les femmes que chez les hommes, chez qui une tendance positive mais non significative, était observée. Cela pourrait s'expliquer de différentes manières : primo, les mécanismes en cause dans la démence pourraient différer entre femmes et hommes ; secundo, l'incidence de zona est plus élevée chez la femme. Plusieurs travaux ont révélé que les effets indirects des vaccins (au-delà de la protection contre l'agent ciblé) était plus prononcés chez les femmes (5).
Sources :
- A natural experiment on the effect of herpes zoster vaccination on dementia, Eyting et al., Nature. 2025 May;641(8062):438-446. doi: 10.1038/s41586-025-08800-x
- Herpes zoster vaccination and dementia occurrence, Pomirchy et al., JAMA. 2025 Jun 17;333(23):2083-2092. doi: 10.1001/jama.2025.5013
- Drug repurposing for Alzheimer's disease: a Delphi consensus and stakeholder consultation, Corbett et al., Alzheimers Res Ther. 2025 Nov 18;17(1):237. doi: 10.1186/s13195-025-01895-4
- The effect of shingles vaccination at different stages of the dementia disease course, Xie et al., Cell. 2025 Dec 11;188(25):7049-7064.e20. doi: 10.1016/j.cell.2025.11.007
- Implications of non-specific effects for testing, approving, and regulating vaccines, Benn et al., Drug Saf. 2023 May;46(5):439-448. doi: 10.1007/s40264-023-01295-3
Herpes Zoster Vaccination and Dementia Occurrence
Drug repurposing for Alzheimer's disease: a Delphi consensus and stakeholder consultation
The effect of shingles vaccination at different stages of the dementia disease course
Implications of Non-Specific Effects for Testing, Approving, and Regulating Vaccines