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Chiropraxie : une économie pour les pouvoirs publics

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) représentent la plus grande charge de morbidité. L'efficacité de la chiropraxie dans la prise en charge de ces pathologies est suggérée par plusieurs études, mais sa reconnaissance reste à ce jour limitée. L'intégration de 1 000 chiropracteurs dans les soins de première ligne représenterait une opportunité d'économie potentielle de 829,8 millions d'euros par an, en raison de la rentabilité et de la fiabilité de cette pratique.

La Belgique se trouve à un moment crucial dans la réforme des soins de première ligne pour les troubles musculo-squelettiques (TMS). Ces troubles constituent un réel fardeau pour les citoyens, les employeurs et le budget de la santé, et exercent une pression croissante sur les soins de première ligne, en particulier sur les médecins généralistes.

Les directives internationales — The Lancet Low Back Pain Series (2018), les directives de l'OMS sur la douleur chronique primaire et les recommandations fondées sur des preuves de l'OMS sur les interventions non chirurgicales pour la douleur chronique primaire du bas du dos (2023), les directives du NICE (2017) et le rapport de l'OCDE 2025 — sont unanimes : les soins de première ligne pour les troubles musculo-squelettiques doivent être non pharmacologiques, non invasifs, sûrs, pluridisciplinaires, fonctionnels, fondés sur des preuves, adoptant une approche biopsychosociale et rentables. Ils comprennent tous, entre autres, le réconfort, la sensibilisation des patients, la valorisation des soins auto-administrés, les traitements manuels conservateurs, y compris la manipulation vertébrale, et la kinésithérapie. Le parcours de soins pour les lombalgies du KCE met également l'accent sur la sur-médicalisation à éviter, l'importance de l'activité physique et l'utilisation limitée de l'imagerie médicale. Bert Ameloot, président de l'Union belge des chiropracteurs, a introduit un dossier. « La chiropraxie s'inscrit parfaitement dans ce modèle. »

Dans la pratique quotidienne, le chiropracteur s'occupe des troubles mécaniques/fonctionnels de l'appareil locomoteur. Bert Ameloot : « Des études montrent que 88 % des patients belges qui consultent un chiropracteur le font pour des douleurs dorsales et/ou cervicales, avec ou sans irradiation dans le bras ou la jambe. Les patients consultent également un chiropracteur pour des douleurs articulaires périphériques (hanche, épaule, genou, etc.), des maux de tête et des blessures sportives. Un plan de traitement type comprend 4 à 8 séances, en fonction des symptômes. Une séance coûte environ 50 à 65 euros. L'assurance complémentaire de la mutuelle rembourse les 5 à 6 premières séances par année civile à hauteur de 10 à 12 euros.

Depuis l'abrogation de la loi-cadre de 1999 sur les pratiques non conventionnelles, la chiropraxie se trouve toutefois dans un vide juridique et politique. Cela pose problème en matière de sécurité des patients, de contrôle de la qualité, de traitement fiscal (TVA), de sécurité juridique et d'égalité de traitement des groupes professionnels.

Bert Ameloot : « Une récente estimation belge montre que l'augmentation du nombre de chiropracteurs en première ligne à 1 000 permettrait de réaliser une économie potentielle estimée à 829,8 millions d'euros par an, contre un coût d'investissement d'environ 15 millions d'euros. En imposant des quotas pour les thérapies qui sont fortement déconseillées par la science ou qui obtiennent des résultats inférieurs à ceux d'un placebo — telles que les prothèses discales, les injections transforaminales, épidurales, intramusculaires et facettaires en cas de lombalgie chronique —, au moins 80 millions d'euros par an pourraient être libérés pour la réforme du système musculo-squelettique. » Il y a actuellement 170 chiropracteurs dans notre pays...

De grandes études internationales montrent que lorsque les patients commencent leur parcours chez un chiropracteur, les coûts totaux des soins diminuent considérablement : −70 % d'hospitalisations en moins, −80 % d'IRM/CT en moins, −44 à 70 % d'injections en moins et −57 % d'opioïdes en moins, avec des résultats de soins comparables ou meilleurs. Selon l'audit flamand de Paridaens et al. (2024), les traitements prescrits par les médecins généralistes pour les lombalgies en Flandre comprennent aujourd'hui 15 % d'imagerie médicale (directives internationales : ≤5 %), 20 % d'utilisation d'opioïdes et seulement 35 % de soins fonctionnels non invasifs, ainsi que 12 % d'incapacité de travail !

Sources :

Directive de l'OMS pour la prise en charge non chirurgicale de la lombalgie primaire chronique chez les adultes dans les établissements de soins primaires et communautaires
Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management
National Clinical Guidelines for non-surgical treatment of patients with recent onset low back pain or lumbar radiculopathy
Vivre avec plusieurs maladies chroniques
Modèle de case management piloté par les associations de patients

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