Maladies rhumatismales et facteurs environnementaux : faisons le point
Face à la complexité de la pathogénèse et la physiopathologie des maladies rhumatismales, notamment dans les formes inflammatoires, le socle commun est que ces pathologies reposent sur une interaction entre divers facteurs. En l’état actuel des connaissances, l’on considère qu’il s’agit d’une prédisposition génétique facilitant l’apparition d’une réaction auto-immune après exposition à un agent déclencheur environnemental. D’où l’intérêt d’étudier les liens entre maladies rhumatismales et facteurs environnementaux. Une récente étude italienne propose un tour d’horizon. (1)
Publiée dans Best Practice & Research: Clinical Rheumatology en mai 2025, cette étude a été menée par deux chercheurs basés près de Milan (Italie). (1) L'objectif qu'ils se fixaient était de passer en revue les principaux agents environnementaux et leurs liens avec les diverses maladies rhumatismales, et notamment polyarthrite rhumatoïde (PR), lupus érythémateux systémique (LES), spondylarthrite axiale (axSpA), rhumatisme psoriasique (PsA), …
Posant le constat d'une interaction plurifactorielle, les auteurs soulignent la nécessité d'explorer plus avant la contribution spécifique de divers facteurs. Leur point sur les connaissances actuellement disponibles est une première étape dans cette voie.
Pour bien cerner le sujet, ils rappellent tout d'abord que des travaux antérieurs ont mis en évidence un rôle délétère ou au contraire protecteur de certains facteurs environnementaux sur l'apparition ou l'évolution de certaines maladies rhumatismales. Ils organisent leur tour d'horizon autour de plusieurs catégories : facteurs environnementaux liés au mode de vie, polluants atmosphériques, ultraviolets, micro-organismes.
Le texte de l'étude propose une infographie disponible en grand format ici.
Le rôle du tabagisme a été largement étudié et ces travaux ont permis de l'identifier comme constituant un majeur facteur environnemental de risque, associé à l'apparition, l'évolution et le degré de sévérité de plusieurs maladies rhumatismales, dont polyarthrite rhumatoïde (PR), lupus érythémateux systémique (LES) et les diverses formes de spondylarthrite (SpA). Les mécanismes en jeu sont multiples et peuvent être concomitants voire synergiques.
Les liens entre polluants atmosphériques et maladies rhumatismales sont eux aussi bien documentés. Il s'agit de l'exposition à des polluants atmosphériques « classiques » : particules fines (PM10, PM2,5), oxyde d'azote, etc., mais aussi à des produits chimiques en suspension dans l'air : silice cristallisée, solvants, amiante, métaux, …, exposition associée à plusieurs maladies rhumatismales (LES, PR, ...). Les mécanismes en jeu incluent notamment stress oxydatif, inflammation des voies aériennes.
Le constat est moins clair pour d'autres agents. L'alcool par exemple peut avoir des effets pro-inflammatoires mais aussi anti-inflammatoires, et ainsi des effets variables voire contraires sur l'apparition et l'évolution de maladies rhumatismales.
Il en va de même de l'exposition aux rayons ultraviolets (UV), qui semble accroître le risque de LES, mais réduire celui de PR.
Les données sur le rôle de l'alimentation dans les maladies rhumatismales restent encore parcellaires, principalement en raison de la taille réduite des échantillons de population analysés et de l'hétérogénéité des études.
Comme dans d'autres pathologies, les liens entre maladies rhumatismales et microbiote intestinal et micro-organismes en général, forment un domaine de recherche en plein essor, qui ne cesse d'apporter de nouveaux éclairages.
Les infections sont un majeur facteur de risque de maladies rhumatismales. La réponse immunitaire mise en branle pour contrer l'infection activerait d'autres cellules T et déclencherait ainsi une réaction auto-immune.
Divers virus (Epstein-Barr, hépatite C, parvovirus B19, rétrovirus endogènes, ...) et diverses bactéries (Chlamydia trachomatis, Ureaplasma urealyticum, Mycoplasma pneumoniae, Neisseria gonorrhoeae, Salmonella enteritidis, Shigella, Yersinia enterocolitica, Campylobacter jejuni, Clostridium difficile) sont en bonne place sur la liste des suspects, potentiels déclencheurs d'une réponse auto-immune favorisant l'apparition d'une maladie rhumatismale.
Source :
- Stefano Rodolfi, Carlo Selmi, Environmental factors and rheumatic diseases, Best Practice & Research Clinical Rheumatology, Volume 39, Issue 2, 2025, 102053, ISSN 1521-6942, https://doi.org/10.1016/j.berh.2025.102053