Diabétique DT2 et enceinte ? Des risques à surveiller
Le diabète de type 2 d’apparition précoce (avant 40 ans) est désormais une réalité, dont l’incidence ne cesse d’ailleurs de croître. Chez les femmes jeunes diabétiques DT2 ayant un désir d’enfant se posent alors un certain nombre de questions quant aux risques pour la mère et l’enfant, durant la grossesse et en périnatal. Une récente étude britannique fait le point sur la question. (1)
Le diabète de type 2 est défini comme étant d'apparition précoce lorsqu'il est diagnostiqué avant l'âge de 40 ans, chez les femmes et chez les hommes. Sa progression constante ces dernières années a déjà largement battu en brèche le paradigme considérant que le DT2 est une pathologie de jeunes seniors : le DT2 concerne désormais également des populations jeunes.
C'est ce contexte qui a conduit l'équipe de Clement et coll. (Leeds, Londres et Norwich, Royaume-Uni) à s'intéresser aux grossesses des femmes DT2 et aux risques qui y sont potentiellement liés, pour la mère et pour l'enfant. (1)
Pour ce faire, ils ont mis sur pied une revue systématique couplée à une méta-analyse et publient leurs résultats en avril 2025 dans l'American Journal of Obstetrics & Gynecology (AJOG).
Les auteurs rappellent en préambule que si jusqu'à une date relativement récente, au Royaume-Uni, les cas de préexistence de diabète chez des femmes envisageant une grossesse concernaient surtout des diabétiques de type 1, désormais, il s'agit principalement de femmes jeunes diabétiques de type 2. En 2003, au Royaume-Uni, les grossesses « DT2 » représentaient en effet 27 % de l'ensemble des grossesses chez des femmes présentant un diabète préexistant (le reste était lié au DT1), en 2022, ce chiffre était passé à 55 %. Au passage, ils soulignent également que le DT2 d'apparition précoce est associé à un phénotype plus agressif (que le DT2 plus tardif), caractérisé par une rapide détérioration du contrôle glycémique, une majoration plus marquée du risque cardiovasculaire et des taux plus élevés de complications liées au diabète.
Pour mieux cerner les risques potentiels - durant la grossesse et en périnatalité - chez les femmes DT2, ils ont notamment procédé à des comparaisons avec des femmes présentant un DT1 préexistant, un diabète gestationnel ou sans diabète du tout.
Les recherches portaient sur des études de cohorte observationnelles publiées entre 2009 et 2024.
Les critères d'évaluation principaux étaient les suivants : anomalies congénitales, mortinatalité, mortalité néonatale et périnatale, poids à la naissance, poids gestationnel élevé (LGA), poids gestationnel faible (SGA) et macrosomie.
Le texte de l'étude comprend une vidéo - disponible ici - qui propose un clair abstract « graphique ».
Après application de stricts critères d'exclusion, l'analyse portait sur un total de 47 études. Elles étaient originaires d'un grand nombre de pays, répartis sur divers continents. Il s'agissait au total de 84 421 grossesses DT2, de 34 751 grossesses DT1, de 243 243 grossesses assorties d'un diabète gestationnel et 5 398 613 grossesses sans diabète, servant de témoins. Selon les études, les échantillons de population étudiés variaient de 723 à 4 469 053 grossesses.
Des risques à surveiller…
Les comparaisons entre les groupes DT2 et les autres groupes font apparaître un certain nombre de différences. Par rapport aux femmes DT1 enceintes, les femmes DT2 enceintes étaient exposées à une majoration du risque de petit poids gestationnel (SGA) : OR 2,29, IC à 95 % 1,12–4,67, mais aussi de mortalité néonatale et périnatale : OR 1,53, IC à 95 % 1,20–1,94 et OR 1,31, IC à 95 % 1,07–1,61, respectivement.
Le texte de l'étude comprend un vaste tableau en 3 volets – disponible ici – détaillant les comparaisons entre grossesses DT2 et grossesses DT1 (A), entre grossesses DT2 et diabète gestationnel (B), et entre grossesses DT2 et grossesses sans diabète (C).
Les comparaisons avec les grossesses assorties d'un diabète gestationnel faisaient apparaître un risque accru pour les femmes DT2 enceintes d'anomalies congénitales (OR 1,91, IC à 95 % 1,04–3,50), de poids gestationnel élevé (LGA) (OR 3,49, IC à 95 % 2,49–4,89), de mortalité néonatale (OR 3,96, IC à 95 % 3,38–4,64) et de mortinatalité (OR 16,55, IC à 95 % 5,69–48,11).
En comparaison avec les grossesses sans diabète, les femmes DT2 enceintes présentaient un risque majoré d'anomalies congénitales (OR 1,76, IC à 95 % 1,11–2,79), de poids gestationnel élevé (LGA) (OR 2,79, IC à 95 % 1,93–4,04), de mortalité périnatale (OR 4,18, IC à 95 % 2,91–6,01), et de mortinatalité (OR 7,27, IC à 95 % 3,01–17,53).
Des risques probablement plurifactoriels
(et pas seulement liés au DT2)
Les auteurs soulignent cependant que ces risques sont probablement plurifactoriels et ne seraient pas simplement l'impact de l'hyperglycémie. Parmi les « suspects » potentiels pouvant jouer un rôle ici : IMC, tabagisme, hypertension, statut socioéconomique.
Source :
- Naomi S. Clement, Ahmad Abul, Rachel Farrelly, et coll. Pregnancy outcomes in type 2 diabetes: a systematic review and meta-analysis, American Journal of Obstetrics and Gynecology, Volume 232, Issue 4, 2025, https://doi.org/10.1016/j.ajog.2024.11.026