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COVID-19: Les médecins de soins intensifs moins infectés que d'autres collègues (réaction)

PARIS 11/09 - Les médecins de soins intensifs, qui soignent pourtant les malades les plus graves, sont moins susceptibles d'avoir été infectés par le coronavirus que leurs collègues d'autres services, voire que les agents d'entretien des hôpitaux, selon une étude britannique parue vendredi.

Cela pourrait notamment s'expliquer par le fait qu'ils ont reçu en priorité des équipements à haut niveau de protection, comme des masques, avancent les auteurs de ces travaux, publiés dans la revue médicale Thorax.

"Nous présumions que les professionnels des soins intensifs couraient un risque plus élevé (...) mais ils sont relativement bien protégés par rapport à d'autres", a commenté l'auteur principal de l'étude, Alex Richter, professeur d'immunologie à l'université de Birmingham.

L'étude porte sur plus de 500 membres du personnel d'hôpitaux de Birmingham, qui étaient tous en poste fin avril, alors que l'épidémie faisait rage et que le confinement était en vigueur au Royaume-Uni. A ce moment-là, ces hôpitaux accueillaient en moyenne cinq malades du Covid-19 par heure.

Les chercheurs ont soumis les participants à l'étude à un test sérologique, pour voir s'ils avaient été précédemment infectés. Au total, 24% des participants avaient développé des anticorps prouvant une infection passée due au coronavirus, contre 6% dans la population générale de cette région de l'Angleterre.

Mais ce taux variait selon la catégorie de personnels. Il était le plus bas chez les professionnels de soins intensifs (15%), contre environ 30% dans les services de médecine interne générale et 34,5% chez les agents d'entretien.

En plus de la question des équipements, cela pourrait s'expliquer par le fait que les professionnels de soins intensifs sont plus rompus à appliquer rigoureusement des mesures de prévention des infections, a commenté un professeur d'anesthésie à l'université de Bristol, Tim Cook. En outre, selon lui, cela pourrait également venir du fait que les patients les plus gravement atteints et donc avancés dans la maladie sont moins contagieux que ceux pour qui l'infection est plus récente.

Par ailleurs, comme l'ont déjà fait de nombreux autres travaux, cette étude montre que le risque était plus important chez les personnes noires, asiatiques ou appartenant à d'autres minorités ethniques. 

Réaction du Dr Geert Meyfroidt, Intensiviste

"À l'UZ Leuven, nous avons également constaté très peu d'infections chez les médecins et les infirmières des soins intensifs, mais aussi dans nos services d'hospitalisation habituels. Cela nous a d'abord surpris, d'autant plus qu'il y avait un grand nombre d'infections du personnel de santé en Italie - nous nous attendions à voir certains membres du personnel soignant tomber malades du COVID-19, mais en réalité il n'y a pas eu beaucoup de cas."
 
"Oui, nous avons reçu en priorité des équipements de protection à haut niveau, mais cela ne veut pas dire que nous nous sommes protégés au détriment des autres travailleurs de la santé. J'étais très inquiet lors de la première vague et j'ai fait tout ce que j'ai pu pour que tous les travailleurs de la santé, y compris ceux en première ligne, disposent d'un équipement de protection individuelle adéquat. Je suis heureux que cela ne soit plus un problème à l'approche de la deuxième vague."
 
"En effet, la prévention des infections est un domaine dans lequel les services de soins intensifs ont beaucoup d'expérience et dans lequel les gens sont vraiment formés. C'est potentiellement moins le cas dans d'autres contextes, notamment dans certains centres de soins résidentiels, par exemple. Dans notre département, les collaborateurs n'avaient guère besoin de formation."
 
"Une autre hypothèse possible est la contagiosité du patient : la plupart des patients n'arrivent aux soins intensifs qu'environ 7 à 10 jours après leur infection, lorsque leur réponse immunitaire et l'activation de la coagulation sont si fortes qu'ils développent une insuffisance respiratoire ou une défaillance d'organe. La période la plus contagieuse de la COVID semble se situer principalement dans les premiers jours, et même dans la phase présymptomatique. En ce sens, il se peut aussi que les médeicns de première ligne soient plus exposés."   
 
Fin de la réaction du Prof. Meyfroidt, président de Belgian Society of Intensive Care Medicine (SIZ), président, section des soins neurointensifs (NIC), European Society of Intensive Care Medicine (ESICM), rédacteur en chef adjoint de la revue Intensive Care Medicine.
 

Référence

Shields A, et al "SARS-CoV-2 seroprevalence and asymptomatic viral carriage in healthcare workers: a cross-sectional study" Thorax 2020; DOI: 10.1136/thoraxjnl-2020-215414.

DEM/Sabine Verschelde • Belga - MediQuality