Comment se protéger du radon ? Une des causes majeures du cancer du poumon
BRUXELLES 11/03 – Selon une étude européenne, le radon, un gaz radioactif provenant de l’uranium et parfois présent dans nos foyers, augmente le risque de cancer du poumon (1). La Belgique est le 3ième pays le plus touché par ce gaz au niveau européen, après l’Irlande et l’Autriche, d'après l'OMS. Comment s’en protéger ? Mediquality a fait le point avec Boris Dehandschutter et Mélanie Boulanger, experts du radon à l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN).
Naturellement radioactif et présent dans le sol, « le radon est inodore, incolore et insipide, et peut s'infiltrer à partir du sous-sol dans n'importe quel bâtiment, via les fissures, les équipements sanitaires ou encore les approvisionnements d'eau », explique Mélanie Boulanger, responsable communication de l'AFCN. « En fonction de la porosité du sol, le radon circule plus ou moins facilement du sol vers l'atmosphère », ajoute son collègue Boris Dehandschutter, expert en radioactivité naturelle liée au radon. « Dans des sols poreux, à base de roches ou de schiste, le radon s'échappe facilement vers l'atmosphère et a donc plus de chance de se retrouver dans les habitations », précise-t-il.
5 classes de risques en fonction du taux de radon
La prévalence du radon dépend de la composition des sols et varie d'une région à l'autre dans notre pays. « Elle est plus élevée dans le sud de la Belgique, une région riche en sols rocheux. Dans le nord du pays, les sols sont plus compacts, principalement composés de couches d'argile et de sable, retenant ainsi davantage le radon dans le sol. » précise Boris Dehandschutter.
« Grâce aux études géologiques et aux campagnes de mesure de l'AFCN, les zones les plus touchées par le radon ont été identifiées, notamment à Verviers, Bastogne et Neufchâteau, Dinant et Marche ainsi que plusieurs régions en Brabant wallon (Court-St-Etienne, Mont-Saint-Guibert, etc.) » détaille la responsable en communication. L'AFCN distingue 5 régions ou « classes » de risque en fonction du taux de radon (mesuré en Becquerel par mètre cube (Bq/m³) sur base de la norme de référence européenne fixée à 300 Bq/m3. Au-delà de cette norme, il est indiqué d'agir dans les constructions existantes. Après remédiation ou dans une construction neuve, le niveau à atteindre est fixé à 100 Bq/m³.
Quels sont les risques pour la santé ?
Selon l'OMS, le radon représente une cause principale de cancer du poumon, responsable de 3% à 14% des cas en fonction de la concentration en radon et du tabagisme. Une exposition au radon augmente le risque de cancer du poumon et ce, de manière proportionnelle à la concentration en radon. « Une étude européenne incluant 13 pays européens a montré que le risque de développer un cancer du poumon était doublé en cas d'exposition à des concentrations élevées de radon (800 Bq/m3). » indique Boris Dehandschutter.
« À l'air libre, le radon se disperse rapidement et ne représente aucun danger pour la santé. En revanche, dans un espace fermé (maison, lieu de travail…), même une concentration modérée de radon présente des risques pour la santé. Lorsqu'il est inhalé, le radon peut atteindre les poumons et endommager les tissus pulmonaires. À long terme, ces dommages tissulaires peuvent provoquer le cancer du poumon » complète Mélanie Boulanger.
Surveiller et réguler le niveau de radon dans les habitations
« Depuis plus de 10 ans, l'AFCN a élaboré un plan d'action national suivant la nouvelle directive européenne concernant le radon, dont l'objectif est de diminuer les risques d'exposition au radon », nous explique l'expert. Cette directive européenne sur les normes en matière de radioprotection a été mise en place en 2013 et vise à établir des plans d'action nationaux sur le radon, à définir des niveaux de référence pour les concentrations de radon, et identifier et les zones prioritaires pour le radon.
En Belgique, l'AFCN est l'autorité compétente pour la réglementation en matière de rayonnements ionisants, et donc pour la gestion du radon dans les bâtiments. « Une des tâches de l'AFCN consiste à surveiller la dose de radon que reçoit la population et, au besoin, de réduire ces doses », commente Mélanie Boulanger. L'AFNC joue donc un rôle de coordination de la réglementation du radon dans les bâtiments, incluant des expertises sur le terrain, des conseils et remédiations pour les habitations concernées. « Un travail de formation est également mené auprès des architectes et professionnels du bâtiment pour leur permettre de gérer les problèmes liés au radon. Une liste de ces professionnels est disponible sur le site de l'AFNC. » appuie Boris Dehandschutter.
Des réglementations spécifiques dans les lieux de travail et les bâtiments publics
« Depuis 2012, l'AFCN publie une réglementation et des instructions relatives à la mesure de la concentration en radon sur les lieux de travail et bâtiments publics, tels que les écoles, hôpitaux, maison de repos, bureaux de poste, bibliothèque, communes, etc. » nous informe Mélanie Boulanger. Cela s'applique aux régions belges de classe 2, c'est-à-dire qu'il existe plus de 5% de probabilité d'un dépassement du niveau de référence de 300 Bq/m³. « Certains travailleurs, comme les guides touristiques dans les grottes ou des travailleurs dans des installations de pompages ou traitement des eaux souterraines, peuvent être particulièrement exposés au radon et suivent également ces recommandations » complète Mr Dehandschutter.
Comment y remédier une fois détecté ?
Il existe 2 principes de remédiation au problème du radon : « Le premier consiste à bloquer l'entrée du radon dans les habitations en obturant les fissures des sols avec des produits tels que des peintures, des mousses ou du silicone. Les portes d'accès aux sous-sols peuvent également être étanchéifiées grâce à des joints en caoutchouc, par exemple. Le second principe vise à améliorer la ventilation des pièces de vie, mais également des caves ou des vides ventilés » explique l'expert. Il existe également des techniques plus élaborées en cas de concentration très élevée en radon. Par exemple, l'air peut être évacué depuis le sol en dessous des fondations vers l'extérieur pour éviter l'entrée du radon à l'intérieur.
Comment tester son domicile ?
« Le seul moyen de savoir si vous êtes exposé au radon est d'utiliser un détecteur. Il s'agit d'un petit appareil à commander via le site web http://www.actionradon.be pour un coût total de 15€, comprenant l'analyse et l'aide éventuelle à la remédiation. Une fois reçu, placez-le au rez-de-chaussée, dans la pièce la plus fréquentée de la maison, pendant trois mois, entre octobre et avril (période de chauffage). Après cette période, renvoyez-le pour analyse », nous informe Mélanie Boulanger.
Références :