Face à la Covid-19, renforcer le lien entre 1e et 2e lignes
BRUXELLES 25/08 - Le programme du 55e congrès des Journées d’Enseignement Postuniversitaire, organisé par l’Association des Médecins issus de l’ULB (AMUB) du jeudi 9 au dimanche 12 septembre 2021, souligne la nécessaire collaboration entre les médecins de famille et l’hôpital.
Crise de la Covid-19, inondations, défi du vieillissement et des maladies dégénératives… Actuellement, il y a peu de fronts pour lesquels les autorités ne rappellent pas la nécessaire synergie entre la première ligne de soins et l'hôpital. Et ce alors qu'on assiste à une pénurie de médecins, non seulement rurale mais de plus en plus urbaine dans certaines régions. Des médecins n'ont-ils pas récemment témoigné de l'impossibilité d'être remplacés cette année, même pour une ou deux semaines de congé ?
L'importance de cette collaboration est, une fois encore, soulignée par le programme du 55e congrès des Journées d'Enseignement Postuniversitaire. Organisé par l'Association des Médecins issus de l'ULB (AMUB) du jeudi 9 au dimanche 12 septembre 2021, ce congrès est destiné aux médecins généralistes mais également aux spécialistes et post-gradués. Car la nécessité de ce qu'on appelait peu élégamment le recyclage, et que l'on désigne plus justement sous le nom de formation permanente, s'est encore davantage imposée ces douze derniers mois, frappés par l'ombre permanente de la Covid-19.
Le virus est toujours bien menaçant mais il n'empêchera pas le congrès de se tenir. Celui-ci est prévu à la fois en présentiel – sur le Campus Erasme (Anderlecht), avec une capacité permettant un respect absolu des règles sanitaires et ce même si les recommandations du CNS sont durcies à la veille du congrès – et à distance. L'ensemble du programme sera en effet accessible via une plateforme en ligne, chaque séance étant retransmise en direct ou en différé pendant 14 jours.
Un phénomène d'hésitation vaccinale préoccupant
Mais la Covid-19 s'immisce également dans le programme, toujours soigneusement orienté vers l'actualité de la profession.
Ainsi entendra-t-on le docteur Marco Schetgen, du département de Médecine générale de l'ULB, faire le bilan des cinq dernières années de vaccination. Et rappeler qu'en ce bref délai, quatre agents infectieux ont fait l'objet de nouvelles recommandations du Conseil supérieur de la Santé sur base des évolutions épidémiologiques nationales et internationales : les vaccinations contre le papillomavirus, le méningocoque et le pneumocoque ainsi que la vaccination combinée contre la rougeole-rubéole-oreillons.
« Ces recommandations prennent également en compte la balance entre intérêt individuel et collectif, et le coût efficacité de son implémentation. La vaccination dans le cadre du calendrier vaccinal de base bénéficie globalement d'une bonne couverture dans notre pays. Elle est toutefois menacée par le phénomène d'hésitation vaccinale, répertorié par l'OMS dans le top 10 des menaces pour la santé en 2019. Le phénomène est présent en Belgique comme ailleurs, et particulièrement au sud du pays. Même si les institutions qui s'occupent de l'implémentation du calendrier vaccinal ont mis tout en œuvre pour maintenir la vaccination de base pendant la crise du Sars-Cov-2, l'impact des effets à moyen terme est encore à évaluer.»
Les professionnels de santé de première ligne ont un rôle clé à jouer en termes de sensibilisation et d'amélioration de l'adhésion de la population à la vaccination.
De nouvelles directives nécessaires en maisons de repos
S'il est un lieu que la pandémie a particulièrement impacté, c'est la maison de repos et de soins. « La pandémie de Covid-19 a provoqué une mortalité particulièrement élevée parmi la population âgée, surtout au-delà de 80 ans, et chez les plus fragiles. La fragilité gériatrique est un concept important à dépister, parce qu'elle présente des caractères réversibles et que son diagnostic permet d'élaborer un plan de soins personnalisé, » explique le professeur Sandra De Breucker, Chef de service de Gériatrie à l'hôpital Erasme (ULB).
« Lors de la première vague, l'urgence de la situation sanitaire a nécessité la mise en place de protocoles de soins complexes, où la concertation entre les différentes filières de soins et le patient a parfois fait défaut. La saturation des unités n'a pas toujours permis l'accès aux soins intensifs aux personnes âgées et le triage imposé par la crise sanitaire a soulevé des questions éthiques. Toute décision d'hospitalisation, qu'elle soit urgente ou programmée, devrait être décidée au préalable en concertation avec le patient, son médecin traitant et le médecin hospitalier, d'autant plus que le syndrome de fragilité majore le risque de délirium, de déclin fonctionnel et de décès, tant pendant qu'en dehors de l'épidémie de Covid-19. »
Plusieurs sociétés scientifiques proposent l'utilisation de la Clinical Frailty Scale afin d'orienter au mieux les patients en tenant compte de leurs comorbidités, de l'espérance de vie et de la sévérité de la maladie.
« Le souhait du patient doit être pris en compte et la rédaction d'un Projet de Soins Personnalisé et Anticipé (PSPA), préalablement à l'hospitalisation, permet d'estimer la meilleure intensité des soins, » souligne Sandra De Breucker. « Une action concertée entre les associations de médecins coordinateurs, le Collège de Médecine générale et la Société belge de Gérontologie et de Gériatrie a fait naître de nouvelles directives concertées. Celles-ci encouragent la communication entre médecins de première et de deuxième lignes, et ouvrent la voie à une négociation ultérieure des actes autorisés aux médecins coordinateurs des maisons de repos et de soins en période de pandémie et au-delà. »
En parallèle, en juillet 2020, l'AViQ et Iriscare ont également demandé aux maisons de repos et de soins de formaliser leur collaboration avec les hôpitaux, par le biais d'une convention de collaboration entre collectivité de soins résidentielle et hôpital.
« Les décisions difficiles en matière de soins de santé pour les personnes âgées doivent être guidées par le souci de la dignité et le droit à la santé pour tous, » conclut Sandra De Breucker, Chef de service de Gériatrie à l'hôpital Erasme (ULB).
Le programme du 55e congrès des Journées d'Enseignement Postuniversitaire est évidemment beaucoup plus complet, passant de l'actualité en chirurgie cardiaque à la pédiatrie et la vaccinologie, sans oublier l'éthique qu'il est nécessaire de repenser après la pandémie.
Renseignements et inscriptions :