Journée internationale des droits des femmes - Une pétition remise au Premier ministre pour demander à mieux lutter contre le viol
BRUXELLES 08/03 - Des représentants d'Amnesty International rencontreront lundi à 15h00 le Premier ministre Alexander De Croo et lui remettront une pétition de près de 50.000 signatures demandant à la Belgique de mieux lutter contre les violences sexuelles, faites en premier lieu aux femmes. Elle pourra continuer à être signée jusqu'à la fin de l'année 2021, période durant laquelle se poursuivra la campagne de sensibilisation et de plaidoyer de l'ONG.
Cette pétition a été lancée le 5 mars 2020 en marge de la publication d'un sondage de l'Institut Dedicated commandé par Amnesty International et SOS Viol. Selon ses résultats, une femme sur cinq a été victime de viol en Belgique, seules 14% des femmes ayant porté plainte pour des faits de violence sexuelle se déclarent satisfaites de cette démarche et la catégorie des 15-24 ans est la plus touchée.
En réaction à ce dernier constat, Amnesty International Belgique francophone a lancé en juin dernier la campagne #JDIWI pour sensibiliser les jeunes hommes à la notion de consentement.
L'ONG appelle avec SOS Viol les gouvernements fédéral et des entités fédérées à multiplier les initiatives de sensibilisation sur les représentations sexistes liées au viol.
Depuis le mouvement #Metoo, "on a une fenêtre politique intéressante pour les violences sexuelles", estime Zoé Spriet-Mezoued, coordinatrice des campagnes et du plaidoyer pour Amnesty International. "Entre-temps, on a eu un nouveau gouvernement et des notes de politiques générales qui inscrivent les violences sexuelles dans les priorités des ministres. On attend maintenant le nouveau Plan d'action national de lutte contre toutes les formes de violence basée sur le genre (PAN). Le PAN précédent, par certains aspects, se contentait d'énoncer de bonnes intentions, mais ce n'est pas suffisant. Pour le prochain, nous voulons des objectifs clairs avec un timing, un budget et une évaluation en bout de course", plaide-t-elle. "Tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut faire mieux, mais il faut penser le comment."
Stéphanie Jacquet-Parienté, juriste à SOS Viol, et Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d'Amnesty International, appellent conjointement à mettre en premier lieu "en place un budget spécifique, suffisant, transparent et pérenne, ce qui n'est pas encore le cas".
Les deux organisations saluent la promulgation d'une loi rendant obligatoire la formation aux violences sexuelles et intrafamiliales pour les magistrats, mais recommandent de former également les policiers et les avocats au risque de victimisation secondaire.
Les psychologues et psychiatres judiciaires devraient aussi être formés afin de dégrossir le portrait de la victime et de renforcer le profilage psychologique de l'auteur conformément aux recommandations du Conseil supérieur de la justice.
La grande avancée notoire est la mise sur pied de trois centres de prise en charge des violences sexuelles (CPVS) à Bruxelles, Liège et Gand et leur multiplication à 10 d'ici 2023. Zoé Spriet-Mezoued félicite plus particulièrement la génération d'infirmières légistes dans ces centres pour remédier au manque de médecins légistes et relever des preuves sur les corps des femmes.
Elle remarque cependant que le dépôt de plainte à la police reste un prérequis dans les hôpitaux pour accéder au set d'agressions sexuelles. "De trop nombreux dossiers sont classés sans suite sans que le kit n'ait été ouvert, notamment à cause du coût des analyses", déplore-t-elle. "On voudrait lutter contre l'impunité en améliorant la qualité des enquêtes et en prenant plus en compte certaines preuves psychologiques. Il y a toujours un faisceau de preuves autour d'un viol, qui peuvent étoffer un dossier."
Il est encore question de collecter des données chiffrées sur les violences sexuelles, de conditionner les poursuites pour dénonciation calomnieuse aux seuls non-lieux mentionnant spécifiquement l'absence de commission de l'infraction, ou encore de définir des règles sur l'accueil des victimes au niveau la justice afin de limiter les confrontations avec les agresseurs.