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Hypercalcémie chez l’enfant : les bons réflexes en situation d’urgence

Prendre les bonnes décisions dans l’urgence n’est pas toujours simple, en particulier face à des pathologies peu fréquentes comme les troubles du métabolisme phosphocalcique de l’enfant. L’utilisation de protocoles garantit une prise en charge standardisée, validée et adaptée à la situation d’urgence. Dans cette optique, la filière OSCAR, en collaboration avec le Centre de Référence des Maladies Rares du Métabolisme du Calcium chez l’Enfant, a élaboré des protocoles dédiés à la prise en charge des dyscalcémies, prochainement accessibles en ligne. Le protocole d’urgence relatif à l’hypercalcémie chez l’enfant a été présenté en avant-première par le Dr Cyril Amouroux (CHU de Montpellier) lors des 14e Rencontres de la SFEDP.

 

Identifier l'hypercalcémie et en apprécier sa gravité 

La calcémie ionisée représente la fraction biologiquement active du calcium ce qui en fait la mesure la plus fiable pour évaluer le statut calcique réel d'un patient. L'hypercalcémie est définie par une calcémie ionisée supérieure à 1,4 mmol/L.

La symptomatologie est peu spécifique et dépend de la rapidité d'installation, de la durée et de la sévérité de l'hypercalcémie. Elle peut associer des manifestations neurologiques (asthénie, troubles de la vigilance, du comportement ou du sommeil, hypotonie), digestives (vomissements, douleurs abdominales), rénales (polyurie-polydipsie, hématurie, lithiases, déshydratation) et cardiaques (bradycardie, hypertension artérielle). Il est essentiel de rechercher des signes de gravité, notamment un état de choc hypovolémique ou des anomalies électrocardiographiques évocatrices : sus-décalage du segment ST (court, convexe en dôme) et raccourcissement de l'intervalle QT.

Explorer avec un bilan biologique exhaustif

Des prélèvements sanguins et urinaires sont nécessaires pour guider la recherche étiologique et évaluer le retentissement de l'hypercalcémie. Ils doivent comporter les analyses suivantes: calcémie ionisée et totale, phosphatémie, magnésémie, phosphatases alcalines totales, NFS, ionogramme sanguin (Na, K, HCO3), créatininémie, PTH, 25-OH-vitamine D et 1-25-(OH)2-vitamine D, calciurie et créatininurie. 

Adapter la stratégie thérapeutique au degré d'urgence

En cas d'hypercalcémie modérée et asymptomatique, l'hospitalisation n'est pas requise et des mesures simples sont à instaurer : suspension de la supplémentation en vitamine D, arrêt des traitements potentiellement hypercalcémiants, hydratation abondante. Il est déconseillé de remplacer le lait habituel par un lait pauvre en calcium. 

Devant une hypercalcémie sévère (> 3,5 mmol/L) ou symptomatique, le patient doit être hospitalisé avec une surveillance scopée. Le traitement initial repose sur une hyperhydratation intraveineuse par du NaCl 0,9 % à raison de 3 L/m²/24 h. Des bisphosphonates sont utilisés pour leur effet hypocalcémiant différé, lié à l'inhibition de la résorption osseuse. En situation aiguë, le pamidronate est le traitement de choix, administré à la posologie de 0,5 mg/kg (maximum 60 mg) en perfusion intraveineuse lente sur 4 heures. Une seconde perfusion peut être envisagée à 24–48 h si besoin. La calcitonine de saumon, à action plus rapide, peut être utilisée en complément. Son action combine une augmentation de la calciurèse et une diminution de la résorption osseuse. Elle est administrée en sous-cutané à la dose de 4 à 8 UI/kg. Toutefois, son usage est limité par sa disponibilité restreinte dans certains centres et sa courte durée d'action. En cas d'hypercalcémie menaçante avec troubles du rythme, une épuration extra-rénale doit être envisagée avec l'équipe de réanimation. 

La prise en charge secondaire de l'hypercalcémie doit être organisée avec une équipe spécialisée dans les troubles phosphocalciques de l'enfant.

Source :

  1. Dr Cyril Amouroux, « Nouveau protocole OSCAR-CaP pour l'hypercalcémie de l'enfant », 14e rencontres de la Société Française d'Endocrinologie et Diabétologie Pédiatrique (SFEDP), Bordeaux, 25-27 juin 2025

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