Mise au point sur les hormones de croissance à action prolongée
Les hormones de croissance à action prolongée faisaient partie des sujets abordés lors des 14e rencontres de la SFEDP. Elles présentent une alternative sure, efficace et moins contraignante par rapport à l’hormone de croissance quotidienne dans le traitement des déficits en hormone de croissance. Cependant les données à long terme et en vie réelle sont encore limitées.
Que sait-on des LAGH ?
Le traitement par GH permet d'accélérer la vitesse de croissance et d'obtenir une taille finale proche de la taille cible génétique chez les enfants et adolescents présentant un déficit en hormone de croissance (GHD). L'observance souvent insuffisante d'un traitement par injection quotidienne a conduit au développement d'hormones de croissance à action prolongée (LAGH). À ce jour, trois formulations hebdomadaires ont été autorisées en Europe avec des mécanismes d'action différents. La lonapegsomatropine, non commercialisée en France et en Belgique, est une prodrogue constituée de somatropine conjuguée temporairement à du polyéthylène glycol. Le somapacitan, prochainement disponible, est une GH modifiée à laquelle une fraction de liaison à l'albumine a été ajoutée pour prolonger sa durée d'action. Le somatrogon, commercialisé depuis mai 2023, est une protéine de fusion où la GH est associée à trois copies du peptide C-terminal de l'hormone chorionique gonadotrope humaine (hCG). Les études de phase III ont démontré la sécurité et la non-infériorité de ces molécules par rapport à la GH quotidienne.
Toutefois, ces essais menés dans un cadre très contrôlé ne reflètent pas toujours la réalité clinique. Ainsi, des données en vie réelle, notamment à long terme, sont nécessaires pour mieux évaluer la tolérance et l'efficacité de ces traitements dans la pratique courante.
Les registres de patients, un source d'information essentielle
Les registres de patients jouent un rôle central dans le recueil de données de tolérance et d'efficacité à long terme en vie réelle. Le registre international GloBE-Reg (Global Registry For Novel Therapies In Rare Bone & Endocrine Conditions) est un registre de grande envergure, ouvert aux patients traités par GH quotidienne ou LAGH, quelle que soit la formulation. Il compte actuellement plus de 3200 patients dont environ 90% sont âgés de moins de 18 ans. Plusieurs études basées sur ce registre sont en cours, dont REAL10 sur l'utilisation du somapacitan pour les GHD et l'étude PROGRES 2.0 pour le somatrogon. Leurs résultats permettront d'optimiser l'utilisation des LAGH en pratique clinique.
Résultats d'une étude observationnelle en vie réelle
Dans l'attente du retour de ces grandes études, des premières informations peuvent être obtenues à partir de cohortes de plus faible envergure. Le Dr Isabelle Flechtner a présenté les résultats d'une étude rétrospective de l'AFPEL (Association Française des Pédiatres Endocrinologues Libéraux) portant sur l'utilisation du somatrogon en vie réelle chez 99 enfants (âge moyen de 9,5 ans) sur une durée moyenne de 12 mois. Parmi eux, 54 étaient naïfs de toute forme de GH et 45 étaient précédemment traités par GH quotidienne. La dose moyenne initiale de somatrogon était de 0,64 mg/kg/semaine et diminuait à 0,58 mg/kg/semaine lors de la dernière visite en raison d'ajustements basés sur l'IGF1.
En effet, 27 patients présentaient une augmentation moyenne de 47 % de l'IGF1 à la première visite, dont deux au-delà de 200 %. La vitesse de croissance moyenne était de 9,7 cm/an chez les patients naïfs de GH et de 6,9 cm/an chez ceux en relais d'une GH quotidienne, similaire à celle observée chez des patients sous GH quotidienne.
Concernant la tolérance, plus d'un tiers des patients signalaient des douleurs importantes. Des lipoatrophies, effet indésirable non rapporté dans les études de phase III, ont été constatées chez 8 patients qui n'alternaient pas les sites d'injection. Un gain moyen de 0,55 % d'IMC était noté à la dernière visite. Le somatrogon a été arrêté dans les six premiers mois chez 8 patients (2 naïfs de GH, 6 en relais de GH quotidienne), principalement en raison de douleurs excessives (n=3), d'une prise de poids rapide (n=2), ou d'effets indésirables précoces (réaction urticarienne, inflammation locale) ; un arrêt était lié à un défaut de compliance.
Sources :
- Pr Michel Polak, « Hormone de croissance hebdomadaire, impact clinique et nouvelles données cliniques », Symposium Novo Nordisk, 14e rencontres de la Société Française d'Endocrinologie et Diabétologie Pédiatrique (SFEDP), Bordeaux, 25-27 juin 2025
- Dr Thomas Edouard, « Registre Globe Reg/BAMARA », 14e rencontres de la Société Française d'Endocrinologie et Diabétologie Pédiatrique (SFEDP), Bordeaux, 25-27 juin 2025
- Dr Isabelle Flechtner, « Traitement par Somatrogon : retour sur expérience des pédiatres endocrinologues libéraux », », 14e rencontres de la Société Française d'Endocrinologie et Diabétologie Pédiatrique (SFEDP), Bordeaux, 25-27 juin 2025