Dysthyroïdies : de plus en plus de Belges sous lévothyroxine
À l’occasion du 35e Congrès annuel de la Belgian Endocrine Society (BES 2025) en octobre 2025 à La Hulpe (Belgique), deux angles distincts concernant les pathologies thyroïdiennes ont été abordés. D’une part, les taux de prescription de lévothyroxine en Belgique, d’autre part – et c’est l’un des sujets mis en avant par les organisateurs – l’amélioration de l’analyse anatomopathologique des prélèvements par aspiration de nodules thyroïdiens.
Davantage de prescriptions en lien avec un dépistage plus large
À l'origine du travail de Kevin van Compernolle et coll. (University Hospitals Leuven) (1) vient une interrogation : Comment expliquer qu'en Belgique, où l'assurance maladie est obligatoire, 5,85 % de la population a reçu une prescription de lévothyroxine (LT4) en 2023 (contre 3 à 5 % dans les autres pays européens) ? Ce chiffre est-il le signe d'un surdiagnostic ou d'un surtraitement ? Les auteurs ont procédé à une analyse rétrospective d'une cohorte (2003-2020), à partir de données agrégées du plus grand organisme d'assurance maladie belge, couvrant 42 % de la population belge (environ 4,5 millions de personnes).
La prévalence de l'utilisation de LT4 a augmenté régulièrement, passant de 2,59 % en 2003 à 5,29 % en 2020, tandis que l'incidence ajustée (nombre de nouveaux cas par an) est restée stable autour de 0,40 % par an.
Dans la catégorie des plus de 80 ans, la prévalence est passée de 5,36 % en 2003 à 11,63 % en 2020, mais l'incidence a diminué de 0,70 %/an à 0,53 %/an (pente -0,005 ; p = 0,046).
Parmi les non-utilisateurs de LT4, la proportion de personnes ayant un taux élevé de tests TSH (au moins un test TSH par an) a augmenté régulièrement de 26,05 % à 38,53 % au fil du temps.
La prescription (initiale ou ultérieure exclusive) de la plus faible dose disponible (25 µg) est passée de 8,33 % à 19,83 % de la population analysée, autrement dit, de plus en plus de patients sont traités, mais pour des hypothyroïdies modérées (non sévères). L'incidence des chirurgies thyroïdiennes est restée stable, autour de 0,05 %/an.
Comparés aux non-utilisateurs, les patients sous LT4 depuis plus de 2 ans présentaient un risque accru d'initiation ultérieure de traitements anti-arythmiques (RR 1,113 ; p = 0,0284) et anti-résorption osseuse (RR 1,129 ; p = 0,0305). Mais ils présentaient un risque de mortalité plus faible (RR 0,885 ; p = 0,0082). Les auteurs notent aussi qu'une proportion plus élevée chez les patients sous LT4 utilisaient des statines (RR 1,483 ; p<0,0001), ils recevaient aussi plus souvent une vaccination antigrippale (RR 1,273 ; p<0,0001) et ils avaient tendance à consulter plus de 2 fois par an leur médecin généraliste (RR 1,165 ; p<0,0001). Seule ombre au tableau : 14,19 % des patients ayant débuté le traitement en 2018 n'ont pas eu de bilan de contrôle thyroïdien biologique dans les deux années qui ont suivi (ce chiffre était déjà de 16,5 % en 2003).
Ces résultats suggèrent que l'augmentation de l'utilisation de LT4 peut être partiellement attribuée à une détection accrue (nombre de tests TSH qui augmente) de l'hypothyroïdie subclinique (prescription d'un dosage de LT4 plus faible), et soulignent également la nécessité d'une meilleure surveillance de la TSH après l'instauration du LT4. Il reste à déterminer si l'utilisation plus fréquente de médicaments anti-arythmiques et anti-résorption osseuse chez les utilisateurs de LT4 est liée directement à la dysthyroïdie ou s'explique par d'autres facteurs, tels qu'un suivi médical plus régulier.
Améliorer le rendu de la cytoponction à l'aiguille
Parce qu'un grand nombre de cytoponctions à l'aiguille de nodules thyroïdiens ne permettent pas de poser un diagnostic (classe I), Aurélien Schommers et coll. (CHU de Liège) (2) ont cherché comment améliorer la qualité des échantillons en utilisant l'évaluation rapide sur site (ROSE, Rapid On-Site Evaluation), directement en salle de prélèvement. Une étude rétrospective a été menée sur 297 cytoponctions réalisées entre 2017 et 2024 : 69 hommes, 228 femmes, âges moyens respectifs de 54 et 55 ans, 67 patients ont bénéficié de la technique ROSE et 230 autres ont été considérés comme témoins.
Résultat : 9 prélèvements ont été classés comme sans diagnostic dans le bras ROSE (13 %) contre 118 chez les témoins (51 %).
Pour les auteurs, cette approche permettrait de ne pas avoir à répéter les biopsies chez les patients souffrant de pathologies nodulaires thyroïdiennes.
Sources :
- Van Compernolle K, Van den Bruel A, Laenen A et coll. Levothyroxine use in Belgium in 2003-2020: a longitudinal population-level registry-based cohort analysis. 35e Congrès annuel de la Belgian Endocrine Society (BES 2025), La Hulpe (Belgique), octobre 2025.
- Schommers A, Lang C , Potorac I et coll. The use of rapid on-site evaluation during thyroid fine needle aspiration might help improve samples representativity. 35e Congrès annuel de la Belgian Endocrine Society (BES 2025), La Hulpe (Belgique), octobre 2025.