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La taille des portions oriente l’apport énergétique, y compris chez les enfants

Des portions plus grandes amènent les enfants à manger davantage. Une revue systématique avec méta-analyse publiée dans Nutrients (1) rapporte qu’une augmentation de la taille des portions s’accompagne d’une hausse moyenne de 86 kcal par repas, indépendamment du contexte (laboratoire ou conditions réelles), du poids ou du milieu socio-économique.

Cartographier une vulnérabilité étendue

La revue a inclus dix études ayant manipulé expérimentalement la taille des portions et analysé des enfants scolarisés âgés de 5–17 ans, sans pathologies sous-jacentes (n = 1 765). Les critères principaux étaient quantitatifs : apport alimentaire (grammes), apport énergétique (kcal ou kJ), poids corporel (kg) ou IMC.

Les yeux plus grands que le ventre

Ces dernières décennies, le discours « plus pour votre argent » a conduit à une augmentation de la taille des portions et des emballages, faisant évoluer les normes de consommation sans que les familles ne s'en rendent compte. Des formats plus grands ont servi de référence implicite : ce qui se trouvait dans l'assiette « semblait être la bonne quantité ». Les enfants s'y sont révélés particulièrement sensibles.

La densité énergétique est déterminante : « les individus ont tendance à consommer un volume d'aliments relativement constant, si bien qu'à densité énergétique plus élevée, une portion identique fournit davantage de kilocalories malgré des sensations de satiété comparables », indiquent les chercheurs. Dans les études analysées, des facteurs visuels — comme le diamètre de l'assiette (illusion de Delboeuf) et les visuels de portion sur les emballages — influençaient ce que les enfants se servaient. Une vaisselle trop grande, dimensionnée pour des adultes, augmentait encore les apports. Des signaux sociaux renforçaient l'effet : voir manger incite à manger, et pairs comme adultes modèlent implicitement le volume jugé « normal ».

Il en résultait un surcroît d'apport énergétique, subtil mais systématique, perceptible dès le jeune âge : dès 2 ans selon une étude. Huit études sur dix ont montré une consommation plus élevée avec des portions plus grandes. L'augmentation regroupée atteignait environ 86 kcal par repas, avec un effet comparable en laboratoire et en conditions réelles. Les aliments denses en énergie et très appétents accentuaient l'effet, contrairement à l'augmentation de la taille des portions de fruits, et celle des légumes encore moins.

La sécurité alimentaire joue aussi un rôle

Selon les chercheurs, cet effet ne se limite pas aux familles défavorisées : « Bien que des interventions sur la taille des portions puissent cibler les enfants issus de milieux socio-économiques moins favorisés, compte tenu de la prévalence plus élevée de l'obésité dans cette population, les enfants semblent en général sensibles à l'effet de la taille des portions, quel que soit leur statut socio-économique. »

Les chercheurs soulignent toutefois que l'insécurité alimentaire mérite une attention particulière, car « les enfants issus de foyers en insécurité alimentaire présentaient des hausses plus importantes de l'énergie totale auto-servie (kcal) que ceux de foyers en sécurité alimentaire. Cela pourrait s'expliquer par l'encouragement parental à manger lorsque des aliments sont disponibles, par exemple durant les périodes où la famille reçoit une aide alimentaire. »

Des recherches supplémentaires sont nécessaires

La plupart des études de cette revue mesuraient un seul moment alimentaire et à court terme, souvent en laboratoire contrôlé (8/10 études). Or, le comportement à une table de test ne reflète pas toujours celui à la maison ou à l'école.

L'hétérogénéité entre études est élevée : âges, produits, modes de présentation et mesures d'issue variés. Seules deux études se sont déroulées en conditions réelles et presque aucune n'a suivi les enfants assez longtemps pour évaluer les effets sur le poids, l'IMC ou le risque d'obésité.

Malgré ces lacunes, le constat central est solide : la taille des portions influence le comportement alimentaire dès le plus jeune âge. La réduction de la taille des portions (downsizing) et la diminution de la densité énergétique sont des leviers pragmatiques, applicables dès aujourd'hui par les cliniciens et les parents, tandis que des études de vie réelle, bien conçues, devront confirmer les effets à long terme sur le poids.

Source :

  1. Sani, Salma Luthfiyah et al. "The Effect of Portion Size Interventions on Energy Intake and Risk of Obesity in School-Aged Children: A Systematic Review and Meta-Analysis." Nutrients vol. 17,18 2911. 9 Sep. 2025, doi:10.3390/nu17182911
The Effect of Portion Size Interventions on Energy Intake and Risk of Obesity in School-Aged Children: A Systematic Review and Meta-Analysis

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