Epidémiologie du VIH en Belgique : une hausse de 33% des diagnostics chez les hommes belges
C’est un des points à retenir du rapport Sciensano 2024 (1) qui vient d’être présenté à Bruxelles ce 27 novembre lors du 13th BREACH SYMPOSIUM. Un aperçu de l’évolution du VIH/sida mais aussi des hépatites B / C, des IST, du recours à la prophylaxie, du plan national HIV & STI et bien d’autres données qui permettent d’optimiser la lutte contre l’infection.
En 2024, 662 nouveaux diagnostics d'infection par le VIH ont été posés en Belgique (41% de belges), soit une moyenne de 1,8 nouveaux diagnostics / jour, proche de la moyenne 2023. Trois quarts des diagnostics étaient posés dans la tranche d'âge de 20 à 49 ans, 22 % chez les ≥ 50 ans. Les localisations étaient la Flandre (41%), Bruxelles (30%) et la Wallonie (27%) mais c'est à Bruxelles que le nombre de diagnostics de VIH était le plus élevé (16/100 000). Le nombre de diagnostics est stable parmi les femmes belges mais augmente chez les hommes belges (+33%).

Un tiers de diagnostics tardifs
En 2024, 33 % des diagnostics étaient tardifs, un taux qui n'évolue pas depuis 2015. Une analyse multivariée sur la période 2019-2024, montre qu'un diagnostic tardif est associé au sexe masculin vs féminin (OR = 1,27, p = 0,047), à un âge plus élevé (OR= 1,38 pour les 30-39 ans, OR = 2,11 pour les 50-59 ans et OR = 2,59 pour les ≥ 60 ans), à une infection par voie hétérosexuelle vs HSH (OR = 2,74), à une infection par usage de drogues injectables vs. HSH (OR = 2,33) et une nationalité étrangère vs une nationalité belge (OR = 2,03 pour les personnes d'Afrique subsaharienne).
Cinq ans d'avance sur le plan ONUSIDA
ONUSIDA a fixé l'objectif 95-95-95 de dépistage et traitement à l'horizon 2030, soit 95 % des PVVIH connaissant leur statut sérologique, parmi lesquels 95 % sont traités, parmi lesquels 95 % ont une charge virale indétectable. Une fois ces cibles atteintes, un objectif global d'obtenir au moins 86 % des PVVIH avec une CV supprimée est atteint. La Belgique se situe actuellement à 94-95-98, soit 88 % de suppression virale pour l'ensemble des PVVIH. L'objectif global est donc déjà atteint avec 5 ans d'avance. Cependant la proportion estimée de personnes non diagnostiquées en 2024 est supérieure à l'objectif fixé de 5 %.

Prophylaxie pré et post-exposition
La PrEP a été utilisée par 10.100 personnes en 2024 (+16% par rapport à 2023). La quasi-totalité des utilisateurs étaient des hommes dont 36 % avaient entre 30 et 39 ans et 26 % entre 40 et 49 ans. Un tiers était des utilisateurs occasionnels, 42 % des utilisateurs fréquents et 25 % des utilisateurs quotidiens (≥ 300 comprimés/an). La PEP a été utilisée par 2.454 personnes (+9% par rapport à 2023) dont 60% d'hommes. Les utilisateurs avaient notamment entre 20 et 29 ans (38%) et entre 30 et 39 ans (29%). Les raisons étaient les contacts sexuels consensuels non rémunérés (48 %) suivis des viols (34 %). Chez les femmes avec un contact sexuel à risque, 78 % des prises de PEP étaient liés à un viol. La PEP a aussi été donnée suite à une exposition professionnelle (2 %).
Les messages de 2024
- Le nombre de nouveaux diagnostics est similaire à 2023 et n'a pas diminué depuis 4 ans.
- Le nombre de diagnostics a augmenté chez les hommes belges HSH et hétérosexuels.
- Le nombre de diagnostics / habitant à Bruxelles est près de 3x supérieur à la moyenne nationale.
- Plus de la moitié des PVVIH en suivi médical ont ≥ 50 ans.
- Le taux de mortalité des PVVIH était en 2022 égal à celui de la population générale.
- Le préservatif est moins utilisé mais la PrEP progresse chez les HSH belges.
Le Plan National VIH, élaboré avec les PVVIH, les organisations de terrain, les cliniciens, les biologistes etc. offre un cadre politique approprié pour une bonne coopération entre les autorités de santé et les acteurs du secteur. De nouvelles priorités ont été récemment définies en réponse aux récentes tendances épidémiologiques.
Source :
- Deblonde J, et al. Sciensano.DOI : https://doi.org/10.25608/jts6-sh90