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BHS GAM 2026 Hématologie et unités de soins intensifs : vers une collaboration plus étroite ?

Le Professeur Élie Azoulay (Hôpital Saint-Louis, France) insiste sur la nécessité d’une collaboration quotidienne beaucoup plus étroite entre hématologues et intensivistes, afin d’améliorer la survie, la rémission et la qualité de vie des patients atteints de cancer lorsqu’ils traversent un épisode critique de leur maladie.

Environ 40 % des patients admis en soins intensifs sont immunodéprimés, pour des raisons très diverses, et la survie après un séjour en USI ne cesse de s'améliorer. Il devient donc urgent de revoir les critères d'admission en soins intensifs pour les patients atteints de cancers hématologiques, ainsi que les modalités de collaboration quotidienne entre intensivistes et hématologues. 

L'immunodépression, une étiquette pour des réalités multiples

On estime qu'environ 40 % des patients en soins intensifs sont immunodéprimés. Être « immunodéprimé » n'est cependant pas une entité homogène, mais un ensemble de situations cliniques très variées.

En cas de sepsis, la bonne question à se poser n'est plus seulement « quelle est la maladie sous-jacente ? », mais bien « quel type de déficit immunitaire favorise cette infection : un défaut des lymphocytes B, une neutropénie, un déficit en lymphocytes T, ou une combinaison de ces anomalies (1) ?

L'augmentation de l'utilisation des ressources de soins intensifs

On observe une augmentation constante de l'utilisation des ressources de soins intensifs par les patients hématologiques. Il devient donc nécessaire de planifier l'organisation des USI en tenant compte de cette population. Davantage de patients doivent pouvoir accéder aux soins intensifs et la majorité devrait être admise 1 à 2 jours plus tôt ; l'admission en soins intensifs ne doit plus être pensée comme une décision binaire « oui/non » et les préférences et valeurs des patients sont souvent insuffisamment explorées ; une implication précoce des équipes de soins palliatifs est essentielle.

La bonne nouvelle : des résultats en amélioration

Les données récentes montrent une amélioration nette de la survie, y compris chez les patients ventilés mécaniquement, alors que certains déterminants classiques de mortalité (neutropénie, type précis d'hémopathie) sont devenus moins pertinents que la réversibilité de la défaillance d'organe, la précocité de l'admission, la fragilité et le statut fonctionnel.

Vers un nouveau standard de soins

Un standard de soins est proposé pour les patients cancéreux en état critique : évaluation précoce des perturbations physiologiques et mise en œuvre des mesures de soutien vital ; admission précoce en USI, avec définition claire des objectifs de soins du patient et communication transparente avec l'ensemble des intervenants ; mise en route précoce d'une antibiothérapie appropriée, avec réévaluation et éventuelle désescalade ultérieure ; ventilation non invasive (VNI) ; absence d'indication à un geste chirurgical ou au retrait d'un cathéter infecté ; chimiothérapie urgente lorsque l'hémopathie est au tout début ; informer les patients et leurs proches, décider de la réalisation d'examens diagnostiques (peu / pas invasifs ou invasifs), initier ou intensifier la chimiothérapie et diagnostiquer une éventuelle toxicité médicamenteuse, et ce en étroite collaboration avec les hématologues et oncologues (2).

Le Professeur Azoulay conclut que l'usage des soins intensifs chez les patients atteints de cancer doit évoluer. Les études doivent désormais rapporter des taux de survie distincts pour les patients bénéficiant d'une prise en charge de type « full code » ou d'une prise en charge palliative en USI. Outre la mortalité hospitalière, il est indispensable de décrire la survie à long terme, la survie sans événement, la survie sans maladie, la qualité de vie et d'autres indicateurs de charge post-USI. Il souligne que tous les acteurs ont aujourd'hui de bonnes raisons d'être optimistes : les résultats se sont nettement améliorés, et les équipes de soins intensifs sont pleinement engagées à travailler main dans la main avec les hématologues pour optimiser la survie, les rémissions et la qualité de vie des patients cancéreux en situation critique.

Sources :

  1. Azoulay et al Lancet Resp Med 2018
  2. Azoulay et al. on behalf of the Groupe de Recherche en Réanimation Onco-Hématologique (Grrr-OH) CHEST 2014, Volume 146, Issue 2, 241 – 244
41ème Assemblée Générale Annuelle de la Société Belge d'Hématologie 2026

Dr Véronique Le Ray - Lien d'intérêts financiers : aucun • MediQuality