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Controverse chiffrée sur la dernière mouture de l'accord climat UE

BRUXELLES 21/04 - Le Parlement européen n'est pas parvenu, dans le nouvel accord provisoire atteint cette nuit sur la loi climat - qui doit rendre contraignant l'objectif UE de neutralité carbone en 2050 -, à modifier à la hausse le libellé fixé entre États membres de réduire d'au moins 55% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, par rapport aux niveaux de 1990.

Mais il a limité la prise en compte des échappatoires (absorptions via les puits de carbone) pour privilégier la réduction des émissions de CO2 et a décroché un engagement de la Commission pour monter à près de -57%, ont fait valoir certains de ses négociateurs, tandis que d'autres dénonçaient un "jeu comptable".
Dans l'accord trouvé après 14h de négociations entre Parlement européen et Conseil (États membres), l'objectif 2030 est une baisse "nette" des émissions de gaz à effet de serre, c'est-à-dire qui inclut la compensation des émissions de CO2 par des "puits de carbone" naturel, via la reforestation ou le verdissement de l'agriculture par exemple.
     
Or la prise en compte de ces puits est vue par ses détracteurs comme une échappatoire aux mesures de réduction d'émissions de CO2 à prendre dans les secteurs de l'énergie, de l'industrie ou des transports.
Dès lors, afin de garantir que des efforts suffisants de réduction des émissions soient bien déployés jusqu'en 2030, les négociateurs ont introduit une limite à 225 mégatonnes (MT) d'équivalent CO2 pour la contribution des absorptions à l'objectif net, a expliqué le ministre portugais de l'Environnement João Pedro Matos Fernandes, dont le pays assure la présidence semestrielle de l'UE.
 
Les négociateurs ont également convenu que l'Union viserait un volume plus élevé de puits de carbone net d'ici 2030, "c'est-à-dire que si les choses se passent bien, l'objectif pourrait bien être dépassé", a ajouté l'eurodéputé Peter Liese (PPE). Il souligne la certitude de planification ainsi donnée aux secteurs des transports et de l'industrie. Mais pour l'organisation environnementaliste WWF, l'accord trouvé cette nuit est juste "lamentable". Le Fonds mondial pour la nature réclamait un objectif d'au moins -65% d'ici 2030. Et si le Parlement est parvenu à limiter l'inclusion des puits de carbone, cette prise en compte n'entraînera de facto qu'une réduction globale des émissions de 52,8%, selon l'ONG.
 
Les Verts confirment ce chiffre réel, et sont eux aussi déçus. Ils notent certes avec satisfaction que le Parlement européen a réussi à imposer un conseil climatique avec 15 experts pour vérifier scientifiquement la mise en œuvre des objectifs. Et qu'un budget carbone devra aussi être fixé pour la période 2030-2050, duquel dérivera un nouvel objectif pour 2040.
 
Mais "avec cet accord, l'Union européenne perd son rôle de pionnière dans la protection du climat", a affirmé le député européen Michael Bloss (Verts/ALE). "L'accord de Paris sur le climat est terriblement mis à mal, le changement climatique ne nous épargnera pas."
 
Ce n'est pas l'avis de la négociatrice des députés socialistes, Jytte Guteland (SD). À ses yeux, la prise en compte du volet scientifique est mieux intégrée, notamment grâce au nouveau conseil indépendant, et les objectifs de l'accord de Paris sont bien repris dans le texte. Le budget carbone constitue également une avancée importante pour lier budget et apport scientifique.
 
Avec le libéral Pascal Canfin (RE), elle reconnaît que la réduction directe serait de -52,8 %, mais la Commission s'est engagée dans une déclaration à aller plus loin, font valoir les deux élus. L'exécutif proposera en effet de modifier les règles régissant les émissions et les absorptions de gaz à effet de serre liées à l'utilisation des terres, au changement d'affectation des terres et à la foresterie, afin de porter les puits de carbone de l'UE à des niveaux supérieurs à 300 millions de tonnes équivalent CO2 d'ici à 2030, ce qui correspondrait de facto à un objectif de réduction de 57% en 2030. Pour M. Canfin, il est clair qu'une majorité PPE, SD et RE est en train de se dégager au Parlement européen sur la loi climat.
 
Les Verts, quant à eux, considèrent que ces -57% relèvent "d'un jeu comptable reposant sur un engagement de la Commission de changer les modes de calcul des puits carbone". L'accord politique reste provisoire: les gouvernements européens et le Parlement devront encore l'approuver formellement. Il intervient à la veille d'un sommet international sur le climat initié par le président américain Joe Biden.
 
Pour le Premier ministre belge Alexander De Croo, il s'agit d'"un moment crucial pour renforcer le leadership politique et technologique mondial" de l'UE. La ministre du Climat, Zakia Khattabi (Ecolo), a assuré que la Belgique soutiendrait l'accord de cette nuit. 

INT, POL, BPE, JDD • Belga

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