Actualités  >  Le centre Zéphyr souffle ses 30 bougies : une journée sous le signe de la déstigmatisation des patients souffrant d'assuétude

Le centre Zéphyr souffle ses 30 bougies : une journée sous le signe de la déstigmatisation des patients souffrant d'assuétude

AUVELAIS 19/09 - Le Centre Zéphyr du CHRSM – site Sambre, service d'aide et de soins spécialisés en assuétudes, a fêté son 30e anniversaire vendredi dernier. Une belle occasion pour mettre en évidence la sensibilisation à la stigmatisation des patients souffrant d’addiction.

© Carole Stavart
© Carole Stavart
Situé dans une maison d'habitation à Auvelais non loin du CHRSM auquel il est relié, ce centre propose un suivi accessible aux patients consommateurs d'alcool, de drogues dures et douces, aux personnes abstinentes ou souffrant d'autres pathologies, comme de dépendance affective.  Créé en 1993, il compte aujourd'hui trois psychologues et une infirmière spécialisée qui accompagnent gratuitement ces patients en souffrance psychologique et leurs proches. 
 
Le nombre de consultations augmente d'année en année, explique une des psychologues du centre : l'hôpital est passé de près de 500 consultations en 2013 à plus de 1391 en 2022.  Les patients traités au centre zephyr ont une moyenne d'âge comprise entre 40 et 64 ans et sont majoritairement des hommes :  63% d'homme contre 36% de femmes. Si un grand nombre se trouve sur la mutuelle, un tiers fait partie de la population active et 17% sont au chômage. Les dossiers de mineurs d'âge sont quant à eux moins courants, précise l'intervenante.
 
C'est principalement la dépendance à l'alcool qui est le plus traitée dans ce centre, poursuit la psychologue. suit le cannabis et puis la cocaïne et les polytoxicomanies. 
 
L'histoire retracée par l'une des pionnières de Zéphyr, Claire Ketels
Si le centre accompagne aujourd'hui des patients souffrant d'assuétudes de tous types, ce n'était pas le cas il y a 30 ans. Le projet initial créé en 1993 au sein de l'hôpital était de monter un réseau d'aide et de soins pour toxicomanes, conjointement à la formation des généralistes, rappelle Claire Ketels, psychologue, formatrice et l'une des pionnières de ce centre. "Le problème des héroïnomanes et cocaïnomanes était très présent dans la région. L'idée était de former les médecins généralistes à la possibilité de soigner les héroïnomanes par le recours à la méthadone. À l'époque ce n'était pas courant et il a fallu travailler à l'évolution des mentalités, rappelle-t-elle. Certains médecins généralistes ont même été condamnés pour avoir fait ce genre de prescription."
 
« Au fil du temps, le terme de toxicomanie a glissé vers  assuétude."
 
« Dans les années 70, il était impensable d'avoir recours à des produits reconnus comme produisant du plaisir. Par ailleurs, les consommateurs de drogues dure et douce étaient tous étiquetés comme des toxicomanes et perçus comme des marginaux. Cette population s'est retrouvée dans une répression intense, incarcérée pour simple consommation et exclue des circuits d'aides classiques, perçue comme non motivée à changer. C'est pour cette raison que des communautés thérapeutiques sont nées sur le côté ( il y en a eu 3 ou 4 en Wallonie)  dans lesquelles, l'abstinence était visée de manière stricte : quelqu'un qui reprenait un produit était renvoyé, donne-t-elle en exemple.
 
 Dans les années 90, suite à l'échec de cette politique de répression, on a glissé d'un objectif de guérison à un objectif de santé publique. 
 
« Les marchés maffieux étaient incontrôlables, les enjeux économiques énormes et l'apparition du Sida avec la crainte constante que la séropositivité ne s'installe, ont créé l'urgence et la nécessité de s'occuper de ces personnes-là en priorité. Les médecins ont été autorisés à prescrire de la méthadone et on a créé des centres de consommation. »
 
« À ce moment-là, on va garantir la coordination de toutes les démarches pour une bonne prise en charge de la santé globale de la personne, avec des consultations gratuites et non limitées dans le temps, comme c'est toujours le cas aujourd'hui », poursuit-elle.
 
En 2001, le Dr Thierry Lebrun, psychiatre en chef du service de la Psychiatrie et responsable thérapeutique de Zéphyr, rejoint le centre pour poursuivre le travail de Madame Ketels. La toxicomanie était très présente dans la région », raconte-t-il. « Elle comptait des patients héroïnomanes très désinsérés avec pour certains des problèmes de justice.  Mais avec le temps, on a glissé de ce centre porté par Claire Ketels, vers une action plus large. Le nombre d'intervenants s'est étoffé et l'intervention a évolué. Elle s'est élargie sur la polytoxicomanie et l'alcool comme on en rencontre beaucoup à l'heure actuelle », explique le psychiatre. 
 
« Ces assuétudes doivent être perçues comme une maladie chronique comme une autre », poursuit-il. « Comme dans le cas d'une bronchite chronique par exemple, il peut y avoir des rechutes, mais il est important de banaliser la déstigmatisation. En effet, la santé mentale est une partie du corps comme les autres dont il faut prendre soin. », insiste-t-il. « Il est important de pouvoir déstigmatiser les personnes souffrant d'assuétudes et d'apporter une réflexion à ce sujet », ajoute le Dr Lebrun.
 
 
 Une belle expo photo orchestrée par Lindsay Ruelens
À cette occasion, une exposition photo a été mise en place, réalisée avec les patients et dirigée par la psychologue et photographe, Lindsay Ruelens. « Il nous paraissait évident d'impliquer les patients dans cette journée d'anniversaire et c'est pourquoi nous avons lancé ce projet photographique », précise-t-elle.  « L'idée est d'éveiller les consciences et de se poser les bonnes questions sur comment on se comporte avec les patients », explique la psychologue. Parce que, « enfermer les gens dans des stéréotypes peut conduire à une mise à l'écart et à la discrimination », réaffirme -t-elle.
 
 L'exposition se tiendra jusqu'à la semaine de la santé mentale qui aura lieu à la mi-octobre. 
 
Une enquête sur la déstigmatisation
Pour les 30 ans du centre Zéphyr, une enquête a été réalisée auprès des médecins et des patients sur le même thème de la déstigmatisation des patients souffrant d'assuétude.
 
« Une expérience négative et récurrente est rapportée par les patients, entrainant un refus de soins, un arrêt brutal de la prise en charge de soin, augmentant le malêtre et contribuant au maintien du problème", explique l'une des psychologues. "D'un autre côté, les soignants sont quant à eux épuisés et ressentent des frustrations ainsi qu'un sentiment d'incompréhension et d'impuissance face aux rechutes que vivent les patients souffrant de dépendance au sein de l'hôpital. »
 
Ces patients souffrant d'assuétude se retrouvent dans tous les services que ce soit aux urgences, dans les consultations ambulatoires ou même en gériatrie. « Nous espérons induire une meilleure compréhension et poser un regard bienveillant sur ceux-ci et optimaliser la prise en charge », explique la psychologue. 
 
Les résultats de l'enquête
Lors de cette enquête à laquelle une centaine de médecins du CHRSM Sambre ont répondu, il est ressorti que 8 médecins sur 10 pensent qu'un patient addict ne peut pas arrêter quand il le veut. Plus de 90% pensent que la personne doit être prise au sérieux, plus de 90% également pensent traiter de la même manière un patient souffrant d'addiction qu'un autre, et plus de 8/10 indiquent que la prise en charge sera aussi empathique et de même durée.
 
Cependant, 2 médecins sur 10 pensent qu'une personne souffrant d'addiction a le choix de devenir dépendante, 20% des médecins accordent moins de crédibilité à une dépendante et 10% les considérera comme de mauvais parents. Enfin plus de 6 médecins sur 10 ont déjà entendu un collègue parler d'un patient souffrant d'addiction de manière irrespectueuse ou lui faire subir de l'injustice.
 
« On peut dire que certaines croyances persistent même chez les soignants », conclut la psychologue.  "Certains continuent de croire que les patients souffrants d'addiction sont responsables de leur trouble. C'est notamment l'un des stéréotypes dont souffrent ces patients. » 
 
Du côté des patients, 68% affirment avoir déjà été blessés émotionnellement par un mot, une attitude d'un médecin.  90% ont déjà vécu le sentiment d'autodépréciation et cachent leur consommation.
 
Comment déstigmatiser et humaniser les patients?
une intervention de PhD S. Fontesse"comment déstigmatiser et humaniser les patients souffrant d'addictions ?"  sera développée dans un prochain article.
 

Carole Stavart • Mediquality

Inscrivez-vous gratuitement

Afin d'accéder à l'info médicale nationale et internationale sur tous vos écrans.