Journée internationale de la santé mentale: "PSYKE le podcast à tête ouverte", un podcast qui déstigmatise la santé mentale
BRUXELLES 10/10 - En cette journée internationale de la santé mentale, nous parlerons d'un podcast qui déstigmatise les pathologies mentales « Mieux comprendre c’est davantage accepter » souligne le slogan du podcast : « Psyke le podcast à tête ouverte » qui parle avec légèreté mais sérieux du sujet. Après avoir clôturé 18 épisodes cette année, il entame sa deuxième saison ce mardi 10 octobre. Entretien avec ses deux créateurs : le Dr Pierre Oswald, psychiatre , professeur d’Université et docteur en psychologie et Alban Antoine, respectivement Directeur médical et Directeur général du Centre hospitalier Jean Titeca.
« Le but de ce podcast était de parler au plus grand nombre et de travailler sur la déstigmatisation de pathologies psy, mais aussi du rapport que l'on a avec la maladie mentale », précise le Dr Pierre Oswald. « Et de le faire en sortant du cadre strictement médical, psychiatrique ou psychologique. Parce que pour parler de telles maladies, on doit aussi interroger notre rapport à l'autre, en y intégrant les aspects politique, économique et sociologique. Même si évidemment nous ne sommes pas des professionnels dans ces domaines. »
« Si certaines de ces informations paraissent d'une banalité incroyable pour Pierre, elles sont en réalité riches en matière d'enseignement pour le commun des mortels », ajoute Alban Antoine. « Il fallait dans tous les cas essayer de restreindre la tendance académique de Pierre, tout en restant précis et à la page. Le Dr Oswald est attentif aux dernières études scientifiques, et les informations que l'on donne correspondent donc à l'état actuel des connaissances. Mais ça n'aurait pas fait un bon podcast. Pierre a surtout cette incroyable capacité à expliquer les choses avec un ton qui n'est ni trop médical, ni moralisateur, ni pédant », poursuit-il.
« Il est clair qu'Alban m'a poussé à sortir de mon confort académique et d'être pédagogique, didactique, pour essayer de parler au plus grand nombre », reconnait le Dr Oswald. « Et c'est justement l'intérêt de ce podcast. Il me titille à chaque fois un petit peu plus et me force à sortir de mes habitudes de conférencier, de professionnel qui parle aux gens qui savent et pensent comme moi. C'est donc un petit challenge assez réussi », pense le podcaster.
Il y a un an sortait le premier épisode. Une origine assez « barrée », reconnait Alban Antoine. Elle est mêlée de sa constatation de son manque de connaissance du monde de la santé mentale lorsqu'il a intégré il y a 4 ans ce secteur en prenant la direction du centre hospitalier Jean Titeca , de la difficulté d'en parler, et des stéréotypes que l'on en a. Considérant que ces préjugés aggravent la situation des personnes qui souffrent… il fallait faire quelque chose.
Les prémisses de l'émission sont étrangement nées durant le Covid. Pour aider les responsables de l'institution à mieux cerner le virus, « Je posais des questions idiotes à Pierre, qui me répondait en toute humilité », confie-t-il dans un article publié sur LinkedIn. Il lui lance alors le défi de créer un podcast pour aider à lutter contre la méconnaissance et démystifier la santé mentale. Tous deux amoureux de la radio, ils se lancent alors dans l'aventure, après une mûre réflexion, mais… sans script.
Pas de script
« Il y a un vrai travail de préparation avec quelques questions, un fil rouge, mais c'est vrai, pas de script », précise Alban Antoine. « Lorsqu'on a parlé de TDAH, par exemple, je savais qu'il fallait amener Pierre sur les différences entre les filles et les garçons au niveau du diagnostic par exemple. J'ai en tête les éléments que l'on souhaitait voir venir sur la table parce qu'ils sortent des connaissances ou des croyances habituelles », précise-t-il. « Le tout est d'amener Pierre à en parler, tout en gardant un rythme dynamique ».
Les sujets à ancrage concret fonctionnent mieux
« D'après l'expérience que nous avons eue, nous avons remarqué que les épisodes traitant de pathologies avaient beaucoup plus de succès que ceux qui parlent d'un phénomène sociétal, tel que la violence entourant les problèmes psychiatriques. », poursuit Alban Antoine. « Des sujets qui ont un ancrage concret, avec des mots qui parlent aux gens fonctionnent mieux, comme le TDAH, la dépression ou encore l'usage d'anxiolytiques. Ensuite, tous les moyens que nous avons pour accrocher en faisant des liens avec la société sont bons à prendre », poursuit-il. « Le Dr Oswald fait très bien ce lien entre l'existence et la prise en charge des différentes pathologies et les évolutions sociétales. Lorsqu'on a parlé de la paranoïa, par exemple, il était évident qu'on allait développer l'idée de complotisme. Cependant, nous essayons d'éviter de ressembler à un cours ou à une conférence magistrale, car ce n'est pas le but de ces émissions. »
« Tous les troubles interrogent notre rapport au monde, et nous essayons donc d'ouvrir notre champ de réflexion au-delà du cadre thérapeutique un peu trop strict, qui ne nous donne qu'une part très parcellaire de ce que l'on vit », précise Pierre Oswald. « Quelqu'un qui est déprimé n'est pas que quelqu'un qui a des symptômes, c'est aussi une personne qui est différente, qui doit assumer le regard assez réprobateur des autres. Si l'on ne parle que des symptômes, on loupe le coche », poursuit le psychiatre.
Une préparation et une réalisation pro(pre)
Pour réaliser le podcast, le binôme a fait appel à un consultant spécialisé en podcast qui enregistre, s'occupe des captations et du montage. Il guide également par moments sur les longueurs qu'il pourrait y avoir à certains endroits.
« Nous n'avions pas de gros budget pour ce projet, car nous nous sommes lancés en tant qu'amateurs, sans être sûrs que cela fonctionnerait. Il n'y a pas une grande équipe derrière nous… on a bricolé, mais de manière pro », précise le directeur du Centre hospitalier Jean Titeca.
16.000 écoutes !
« En termes d'écoute, nous approchons les 16.000 écoutes », précise-t-il. « Évidemment, une écoute, cela peut être 3 minutes ou la totalité, nous n'avons pas la finesse d'une étude marketing. Au niveau de la répartition géographique de ces écoutes, il y a une énorme majorité sur la Belgique (57%) et près d'un tiers en France », ajoute-t-il. « Le fait d'avoir été nominé Lauréat du nouveau prix de podcast Santé en francophonie créé en France, nous a donné une belle vitrine », reconnait Alban Antoine.
« Nous collaborons également avec une podcasteuse française, la journaliste qui a fondé Musae, et qui a développé un podcast traitant de santé mentale également. Nous nous donnons une vitrine réciproque », précise-t-il. « Le Dr Oswald a par ailleurs une actualité française au niveau académique qui aide à un certain rejaillissement. »
La Suisse et le Canada arrivent en troisième et quatrième positions des écoutes, et puis suivent d'autres pays où l'on parle le français, comme le Maroc ou le Luxembourg. « Nous avons aussi étonnamment des gens qui nous écoutent ou ont écouté au Vietnam, en Australie, à Madagascar… et on se demande qui sont les 9 auditeurs du Mexique. »
Au niveau de la tranche d'âge, d'après les statistiques toujours approximatives, les émissions sont surtout écoutées par des personnes de 35 -55 ans, avec un public plutôt féminin d'après les réactions reçues sur les réseaux sociaux. « Nous savons par ailleurs que « Psyke, le podcast à tête ouverte » est suivi par beaucoup de professionnels du secteur des soins de santé mentale. Et statistiquement, il est connu que la proportion de femmes est majoritaire dans ce secteur », ajoute Alban Antoine.
Des retours positifs
Il y a eu tout d'abord cette nomination au prix du Podcast de santé mentale en francophonie, « Le fait d'avoir été retenu parmi les trois podcasts spécifiques en santé mentale était une première reconnaissance », admet Alban Antoine.
En outre, « Nous recevons énormément de retours à travers les réseaux sociaux », ajoute-t-il. Nos émissions sont utilisées dans le cadre académique, par exemple dans des cours d'introduction à la psychologie pour des étudiants en droit. »
« Au niveau thérapeutique », poursuit le Dr Oswald, « on a appris également que cela pouvait servir pour des patients avant des prises en charge de groupe, pour expliquer ce qu'était la dépression par exemple, afin d'avoir un contenu qui était accessible à ce niveau-là. Utiliser un podcast avec les étudiants leur permet de creuser eux-mêmes une problématique », précise-t-il. « J'ai demandé notamment à mes étudiants en kiné d'écouter l'épisode sur les thérapies corps-esprit pour qu'ils puissent avoir un premier aperçu, et ensuite creuser avec eux le sujet en cours. Cela permet de gagner du temps puisqu'ils l'écoutent par eux-mêmes, mais aussi de dynamiser le cours et de modifier ce côté pédagogique un peu vintage qui continue d'exister dans des lieux d'enseignement.»
Enfin, « Nous ne nous adressons pas qu'aux professionnels et aux patients. Parler à l'entourage de celui qui souffre est aussi une manière non intrusive d'aider les gens », ajoute le psychiatre.
Une deuxième saison un peu différente
Une deuxième saison est en cours de préparation : « L'idée est d'accueillir des invités au fur et à mesure des émissions. Ça sera le cas notamment pour les deux premiers épisodes déjà enregistrés qui vont traiter de la problématique de « l'alcool et la santé mentale » pour lesquels un médecin alcoologue assez connu d'ailleurs sera notre invité : le Dr Thomas Orban. Pas en col roulé cette fois-ci, mais plutôt en polo coloré étant donné la saison, ils reconnaissent avoir un peu le même humour et les mêmes références, ce qui promet des émissions assez pétillantes. Ces podcasts ont par ailleurs des formats plutôt longs (entre 25 et 35 minutes). « Et des amateurs, il y en a, fait remarquer le Dr Oswald : « qui aiment savourer un podcast comme on fume un cigare », conclut-il.
infos: Le podcast
Il est disponible sur toutes les plateformes usuelles : Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Podcast Addict…