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Cancer du sein : bientôt une échographie portable pour détecter plus tôt ?

BRUXELLES 05/10 Un simple appareil portatif permet de détecter les tumeurs mammaires avec autant de précision que les appareils hospitaliers. C'est la promesse de chercheurs de l'Institut de technologie du Massachusetts (MIT). Le tout est souple peut s’attacher au soutien-gorge. « Cela permettrait un dépistage beaucoup plus large qu’aujourd’hui », juge le professeur Jean-Marie Nogaret, du service de chirurgie de l’Institut Jules Bordet, spécialisé en chirurgie mammaire et pelvienne, interrogé par MediQuality.

Le dispositif d'échographie innovant est présenté dans la revue Sciences Advances. "Il est portable et facile à utiliser, et fournit une surveillance en temps réel du tissu mammaire", explique dans un communiqué Canan Dagdeviren, professeure agrégée au Media Lab du MIT et autrice principale de l'étude, soulignant que son équipe a "changé la forme de la technologie des ultrasons afin qu'elle puisse être utilisée chez vous." Des défis fondamentaux limitent l'intégration des ultrasons dans les technologies portables, à savoir l'imagerie sur des organes curvilignes de grande surface.
 
Une résolution comparable à celle des sondes à ultrasons
 
Très compact, le dispositif semblable à un patch en forme de nid d'abeille inspiré de la nature ou encore à certains réservoirs de tire-lait nomades utilisés par les mères allaitantes. Il peut aisément s'attacher à un soutien-gorge, permettant même à la personne qui le porte de se déplacer si besoin est. Concrètement, une sonde à ultrasons disposée sur le sein permet de recueillir des images échographiques du tissu mammaire sous différents angles avec une résolution comparable à celle de centres d'imagerie médicale.
 
Les tests réalisés par les chercheurs ont notamment mis en évidence la capacité de l'appareil à échographier les tissus jusqu'à huit centimètres de profondeur. Ils ont par ailleurs permis de détecter chez une patiente de 71 ans des kystes de seulement 0,3 centimètres de diamètre, soit la taille de tumeurs à un stade précoce. L'appareil affiche « une moindre dépendance à l'égard de la formation de l'opérateur et de la compression appliquée du transducteur ». Cette technologie ultrasonore inédite offre une méthode non invasive pour le suivi en temps réel des kystes dans le sein et pour suivre les changements dynamiques des tissus mous. En outre, la conception du patch en nid d'abeille inspirée de la nature apporte plusieurs avancées, notamment la capacité de traverser un chemin de 15 sections imagées, ce qui facilite le balayage pour localiser l'emplacement de la lésion en dehors de la désignation typique des quatre quadrants.
 
Autres avantages, le support mécanique et la stabilité du réseau, avec un tracker pour obtenir des images sous différents angles par rotation ;  l'élimination de la nécessité pour un opérateur de tenir constamment le dispositif, ce qui est particulièrement important pour libérer les mains de l'opérateur lors des futurs dépistages à domicile ; et de grandes possibilités de répétabilité, démontrant un dépistage fiable et comparable du tissu mammaire pour un suivi à long terme. Pour une utilisation dans des applications pratiques, il existe d'autres avantages, tels que la réutilisation, la facilité d'utilisation et la faisabilité accrue de la surveillance continue à domicile des anomalies mammaires à un stade plus précoce, lorsque les dimensions des lésions ne dépassent pas encore 2 cm
 
Les cancers "d'intervalle" ciblés
 
Pour l'instant, les données recueillies par la sonde doivent encore être « lues » par un appareillage encombrant. Mais eu égard à ces résultats prometteurs, les chercheurs travaillent déjà à une version miniaturisée du système d'imagerie, idéalement au format smartphone, pour rendre le dispositif encore plus pratique. "Avec un dépistage plus fréquent, notre objectif est d'augmenter le taux de survie jusqu'à 98 %", assure le Pr Dagdevire dont l'objectif "est de cibler les personnes les plus susceptibles de développer un cancer d'intervalle".
 
Cette dernière précise qu'il s'agit des tumeurs mammaires qui se développent entre les mammographies régulières, avec une tendance à être plus agressives, et qui représentent 20 à 30 % des cas de cancer du sein. C'est précisément ce type de cancer qui a emporté, en seulement six mois, la tante de cette chercheuse à l'âge de 49 ans en dépit de dépistages réguliers. C'est ce qui a motivé la chercheuse à développer une technologie innovante de diagnostic précoce.
 
À titre de rappel, en cas de diagnostic précoce, le taux de survie des patientes atteintes d'un cancer du sein s'élève à près de 100 %. Ce dernier chute considérablement, à environ 25 %, lorsque les tumeurs sont détectées ultérieurement.
 
Les recherches futures se concentreront sur un certain nombre d'avancées, comme des essais cliniques intensifs avec une imagerie à long terme au cours de traitements médicaux ou d'interventions chirurgicales, jusqu'à un système portable avec des capacités qui permettent un auto-dépistage quotidien. Ainsi, ce système pourrait permettre la génération de profils ultrasonographiques individualisés et la collecte de données massives (par exemple, des images de tissus et des résultats analysés par l'intelligence artificielle) à envoyer aux praticiens médicaux pour des évaluations rapides et objectives. Ces systèmes peuvent être développés pour être intégrés à la communication sans fil pour une surveillance clinique continue d'un large éventail d'affections des tissus mous.
 
 
 
Ce dispositif est-il de nature à changer le dépistage des cancers du sein ? MediQuality a interrogé le professeur Jean-Marie Nogaret, du service de chirurgie de l'Institut Jules Bordet, spécialisé en chirurgie mammaire et pelvienne. 
 
Cela permettrait une ouverture vers un dépistage beaucoup plus large qu'il ne l'est maintenant, explique-t-il. Le concept a l'air très intéressant, même si je ne l'ai pas expérimenté moi-même. L'appareil détecte même les lésions de 3 millimètres, ce qui serait vraiment très intéressant, car ce sont des lésions vraiment débutantes. Ce serait particulièrement utile pour les patientes à haut risque aussi. Il s'agit des patientes qui présentent des antécédents familiaux ou des mutations génétiques et qui doivent bénéficier d'une surveillance plus fréquente, au moins tous les six mois. Avec ceci, cette surveillance pourrait quasiment devenir permanente. Si cela permet effectivement de dépister des tumeurs débutantes, ce serait vraiment très intéressant. 
 
On devine que certains vont élever la question d'une éventuellement intervention « excessive » sur des lésions qui n'auraient peut-être pas dégénérés en cancer. 
 
C'est toujours le problème des détections de ces petites anomalies. En tant que cancérologue, je trouve toujours qu'il vaut mieux faire dix examens de trop qu'un seul trop peu. Quand on voit l'impact que cela a sur les traitements et la survie, le traitement au stade précoce est extrêmement positif. Je pense que la recherche et la pratique hospitalière sont arrivées aujourd'hui à un niveau de compréhension et de qualité d'imagerie qu'on fait une biopsie uniquement dans les cas où il y a une véritable suspicion de début de cancer. La fiabilité de ces examens permet quand même d'orienter le diagnostic et d'éviter cette « sur mise au point » complémentaire. Sincèrement, on voit tellement de cas malheureux qu'on se dit alors qu'en ayant fait précédemment une biopsie supplémentaire, on aurait détecté ces cas bien plus tôt. Il n'est pas raisonnable d'attendre des stades plus évolués de la maladie, qui alors restreignent le nombre de solutions thérapeutiques, avec des traitements plus lourds et avec un pronostic qui est lourdement péjoré. Même au niveau budgétaire, soyons concrets : il vaut mieux faire des examens précoces en grand nombre, même peut-être « pour rien » que d'attendre d'être face des cas plus évolués. Quand je vois ce que coûtent des chimiothérapies, c'est énorme. Un seul traitement coûte autant que des dizaines voire des centaines d'examens de dépistage. Et je ne parle pas du côté humain, bien entendu, qui plaide sans équivoque pour une intervention précoce. 
 
Traiter des patients de manière précoce est particulièrement évident pour le cancer du sein, qui se soignent d'autant mieux qu'il est détecté et traité tôt. C'est évidemment globalement vrai pour tous les cancers. Ce nouveau dispositif serait un moyen très utile. Il serait intéressant d'en disposer en Belgique. Je serais très heureux de participer aux études de résultats dans notre pays. Je vais me renseigner auprès de mes confrères sénologues et radiologues pour éventuellement participer à un volet européen d'étude sur ce nouveau dispositif. Si cela fonctionne, et il y a peu de raison d'en douter, le travail étant accompli au sein du MIT, c'est de nature à changer la manière dont on peut dépister les cancers du sein. Cela correspond à l'évolution des technologies actuelles, de moins en moins invasives et de plus en plus performantes quand on voit la qualité de l'évolution des images.
 
Que penser de l'intervention de l'intelligence artificielle pour la lecture des clichés ? 
 
On a commencé à le faire à grande échelle pour les mammographies et je pense aussi que cela va constituer un progrès énorme. Des systèmes peuvent analyser des centaines de milliers de clichés pour les interpréter. Cela va être d'une aide considérable. Cela ne remplacera pas les radiologues mais cela va les aider dans le diagnostic. Cela va être une technologie à suivre attentivement. 
 
Ce sera une aide précieuse, mais cela ne remplacera pas le coup d'œil du radiologue…
 
Cela ne remplacera certes pas l'interprétation du positionnement précis par le radiologue, mais c'est une banque de données énorme qu'aucun radiologue, aussi expérimenté qu'il soit, ne pourra jamais concurrencer, car elle contient des centaines de milliers de clichés. On peut supposer qu'un jour futur, le radiologue sera totalement remplacé par une imagerie devenue tellement performante qu'elle surclassera l'analyse humaine. Et peut-être y aura-t-il aussi un robot chirurgien qui procédera à l'intervention sur base de l'interprétation de ce radiologue robotisé. Comme les voitures robotisées conduiront globalement beaucoup mieux que les conducteurs humains. Ce n'est peut-être pas pour le futur immédiat, mais on y arrivera sans doute un jour prochain. 
 

Frédéric Soumois • MediQuality