La mélatonine pourrait être bénéfique chez les travailleurs de nuit
Chez les travailleurs de nuit, la prise de mélatonine semble liée à une amélioration de la capacité de réparation de l’ADN, révèle une étude canadienne publiée dans la revue Occupational & Environmental Medicine. Ce qui suggère un possible effet anticancéreux dans cette population, surexposée à ce risque.
Le travail de nuit a été lié à un risque accru de cancer, en particulier du sein chez la femme, peut-être aussi de la prostate chez l'homme. Parmi les mécanismes potentiels, une altération de la sécrétion de mélatonine, impliquée dans la régulation du rythme circadien. Cette hormone aux effets complexes semble en effet agir sur l'élimination des espèces réactives de l'oxygène (ROS en anglais), ainsi que sur la stimulation d'enzymes antioxydantes (1).
Lors de précédents travaux observationnels, l'équipe de Parveen Bhatti, du Cancer Research Institute de Vancouver (Colombie-Britannique, Canada), avait montré que les travailleurs de nuit présentaient une moindre excrétion urinaire de 8-hydroxy-2′-déoxyguanosine (8-OH-dG), molécule issue de l'excision de l'ADN endommagé par les ROS (2) (3). Ce phénomène n'était observé que pendant les périodes de travail nocturne, pas lors des jours de repos.
L'équipe canadienne s'est dès lors demandé s'il était possible de restaurer cette capacité de réparation de l'ADN par la prise de mélatonine. Pour cela, les chercheurs ont analysé 40 travailleurs de nuit, pour la plupart œuvrant dans la santé ou le secteur social (4). Pendant les quatre semaines de l'étude, ces personnes, réparties en double aveugle en deux groupes (mélatonine 3 mg ou placebo), devaient prendre leur comprimé au retour du travail, une heure avant de sombrer dans leur sommeil diurne.
Comparé aux participants sous placebo, le groupe mélatonine présentait une augmentation de 80% du taux urinaire de 8-OH-dG, signe d'un processus plus actif de réparation de l'ADN. Ce chiffre se situait à la limite de la significativité statistique (intervalle de confiance à 95% compris entre 1.0 et 3,20). Aucune différence significative n'était observée une fois les quatre semaines de l'intervention écoulées.
Par ailleurs, les participants du groupe verum ne présentaient pas de différence quant au risque de somnolence par rapport à ceux du groupe placebo. Les réveils intempestifs, au cours du sommeil diurne, étaient moins fréquents sous mélatonine. De manière plus inattendue, leur durée de sommeil était diminuée de 20%, mais de manière non statistiquement significative.
Selon les chercheurs, « les résultats de cette étude suggère que la complémentation en mélatonine au cours du sommeil de jour pourrait atténuer l'impact négatif du travail de nuit sur les capacités de réparation des dommages oxydatifs de l'ADN ». D'autres travaux ont montré que « la mélatonine stimule l'expression de gènes appartenant à la voie de réparation par excision de nucléotides [NER en anglais, Nucleotide Excision Repair], qui contribue à éliminer les lésions de type 8-OH-dG », ajoutent-ils.
Comme suggéré par de précédents travaux, la biodisponibilité de la mélatonine exogène est très variable d'un individu à l'autre. Après exclusion des cinq participants du groupe mélatonine présentant de faibles taux circulants de cette hormone, l'effet était plus marqué, avec une hausse de 100% du taux urinaire de 8-OH-dG par rapport au placebo. Ce qui suggère que les éventuels bénéfices d'un complément à base de mélatonine pourraient varier d'une personne à l'autre.
Selon les chercheurs, des études à plus large échelle seront nécessaires afin d'évaluer diverses doses de mélatonine, et de mieux comprendre la variabilité interindividuelle de sa biodisponibilité. Mais avant tout, il s'agit de définir l'impact d'un usage prolongé de ce complément : « les travailleurs de nuit devraient probablement prendre de la mélatonine pendant de nombreuses années avant d'engranger de potentiels bénéfices préventifs contre le cancer ».
Sources :
- Melatonin: action as antioxidant and potential applications in human disease and aging, Bonnefont-Rousselot, Toxicology. 2010 Nov 28;278(1):55-67. doi: 10.1016/j.tox.2010.04.008
- Oxidative DNA damage during sleep periods among nightshift workers, Bhatti et al., Occup Environ Med. 2016 Aug;73(8):537-44. doi: 10.1136/oemed-2016-103629
- Oxidative DNA damage during night shift work, Bhatti et al., Occup Environ Med. 2017 Sep;74(9):680-683. doi: 10.1136/oemed-2017-104414
- Melatonin supplementation and oxidative DNA damage repair capacity among night shift workers: a randomised placebo-controlled trial, Zanif et al., Occup Environ Med. 2025 Mar 4;82(1):1-6. doi: 10.1136/oemed-2024-109824
Oxidative DNA damage during sleep periods among nightshift workers
Oxidative DNA damage during night shift work
Melatonin supplementation and oxidative DNA damage repair capacity among night shift workers: a randomised placebo-controlled trial