Dossiers  >   Troubles gastro-intestinaux  >  Syndrome de l’intestin irritable : privilégier la diététique

Syndrome de l’intestin irritable : privilégier la diététique

Le syndrome de l’intestin irritable (SII) se manifeste par des douleurs abdominales, des ballonnements, des diarrhées et de la constipation. Le traitement fait appel aux conseils diététiques et à des traitements médicamenteux qu’aucune étude n’a comparés en termes d'efficacité. De plus, certains traitements laxatifs et anti-diarrhéiques sont disponibles en vente libre, ajoutant à la confusion, et certaines prescriptions comportent des antidépresseurs.

Des études ont montré que le fait de suivre un régime évitant les produits à base de blé, les légumineuses, les fruits à coque, la plupart des produits laitiers et de nombreux fruits et légumes, peut réduire les symptômes du SII. D'autres travaux suggèrent que certains patients sont également soulagés par un régime pauvre en glucides.

Le régime versus les médicaments

Cette étude suédoise monocentrique, contrôlée, randomisée, en simple aveugle, se propose de comparer les effets d'une prise en charge diététique restrictive à ceux d'un traitement médical optimisé. Les participants (âgés de plus de 18 ans) qui présentaient un SII modéré à sévère (Rome IV ; IBS-SSS ≥ 175) et indemnes d'autres pathologies graves ou d'allergies alimentaires, ont été répartis de manière aléatoire (1:1:1) pour recevoir pendant 4 semaines : 

  • Soit un régime pauvre en oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols fermentescibles (FODMAP) associés aux conseils diététiques traditionnels pour le SII recommandés par l'Institut national britannique pour la santé et l'excellence des soins (le régime LFTD), constitué de riz, pommes de terre, quinoa, pain sans blé, produits laitiers sans lactose, poisson, œufs, poulet, bœuf, fruits et légumes.
  • Soit un régime optimisé pour les fibres pauvre en glucides totaux et riche en protéines et en graisses (ci-après le régime pauvre en glucides), à base de porc, bœuf, poulet, poisson, œufs, fromage, yaourt, légumes, noix et baies.
  • Soit un traitement médical optimisé basé sur le symptôme prédominant du SII ( ex : constipation traitée par la gomme de sterculia, diarrhée traitée par lopéramide).

Les participants n'ont pas été informés des noms du régime qui leur était attribué, mais le traitement pharmacologique était ouvert.

Après l'intervention de 4 semaines, les participants des groupes diététiques ont été démasqués et encouragés à poursuivre leur régime pendant les 6 mois de suivi. Les participants du groupe LFTD ont reçu des instructions sur la manière de réintroduire les FODMAPs, et les participants recevant un traitement pharmacologique se sont vu proposer des conseils diététiques et de continuer à prendre leurs médicaments. 

Des résultats en 4 semaines : avantage à la diététique

Entre 2017 et 2021, 304 patients ont été assignés de manière aléatoire et 294 ont été inclus dans la population en intention de traiter modifiée (96 assignés au régime LFTD, 97 au régime pauvre en glucides et 101 au traitement médicamenteux). Parmi eux, 241 (82 %) participants étaient des femmes, et l'âge moyen était de 38 ans (SD 13). 

Le critère d'évaluation principal était la proportion de participants ayant répondu à l'intervention de 4 semaines, réponse définie comme une réduction de 50 ou plus de l'IBS-SSS par rapport à l'état initial. La réponse et la sécurité, ont été analysées en intention de traiter modifiée (c'est-à-dire tous les participants qui ont commencé l'intervention). 

Après 4 semaines, 73 (76 %) des 96 participants du groupe régime LFTD, 69 (71 %) des participants du groupe régime pauvre en glucides et 59 (58 %) de ceux du groupe traitement médical optimisé avaient une réponse à l'intervention, avec une différence significative entre les groupes en faveur des interventions diététiques (p = 0,023).

La majorité des participants ont terminé les 4 semaines d'intervention : 95 % pour les régimes LFTD et pauvre en glucides, et 90 % des participants du groupe à traitement médical optimisé. Deux personnes dans chacun des groupes d'intervention diététique ont déclaré que les événements indésirables étaient la raison pour laquelle elles avaient interrompu l'intervention. Cinq (5 %) des 91 participants du groupe de traitement médical optimisé ont arrêté le traitement prématurément en raison d'effets secondaires. Aucun événement indésirable grave lié au traitement n'a été noté.

Des pistes simples de traitement

Deux interventions diététiques de 4 semaines et un traitement médical optimisé ont réduit la sévérité des symptômes du syndrome de l'intestin irritable, avec une taille d'effet plus importante dans les groupes diététiques. Les interventions diététiques peuvent être considérées comme un traitement initial pour les patients souffrant du SII. D'autres études s'avèrent nécessaires afin de dégager des stratégies de traitement personnalisées.

Source :

Nybacka S, Törnblom H, Josefsson A, et al. A low FODMAP diet plus traditional dietary advice versus a low-carbohydrate diet versus pharmacological treatment in irritable bowel syndrome (CARIBS): a single-centre, single-blind, randomised controlled trial. Lancet Gastroenterol Hepatol. 2024 Jun;9(6):507-520. doi: 10.1016/S2468-1253(24)00045-1. Epub 2024 Apr 18. Erratum in: Lancet Gastroenterol Hepatol. 2024 Jun;9(6):e9.
 
Cet article a été initialement publié sur le site de JIM.fr qui, comme MediQuality, fait partie du groupe Medscape.
A low FODMAP diet plus traditional dietary advice versus a low-carbohydrate diet versus pharmacological treatment in irritable bowel syndrome (CARIBS): a single-centre, single-blind, randomised controlled trial
Syndrome de l'intestin irritable : privilégier la diététique

Dr Bernard-Alex Gauzere • MediQuality/JIM